USWNT – Forbes Under 30 summit – 1 : Alex Morgan, Shannon Boxx et Julie Johnston à propos de l’égalité

Une route longue…

Plus de 20 millions de personnes ont suivi la dernière Coupe du Monde Féminine de la FIFA. 20 millions de témoins du sacre de l’USWNT. C’est un record, aux USA comme dans le monde pour le football, et pas seulement féminin. Pour comparer, la seconde étoile de l’USWNT, gagnée en 1999, avait fasciné 13 millions de personnes.  Quelque chose a vraisemblablement changé dans le sport. “Ca fonctionne par cycle : en 2012, un réel engouement a pu être observé pendant les Jeux Olympiques de Londres, puis trois ans de battement jusqu’à la Coupe du Monde, donc il y a des périodes de creux. Pour nous, c’était le moment de prouver qu’on pouvait rallier tous les américains, pendant cette Coupe du Monde. Mais on ne pensait pas qu’on aurait un tel impact sur notre pays : pendant tout ce mois de compétition, on était vraiment dans notre bulle. Jamais New York n’avait ainsi honoré une équipe féminine jusqu’à présent, et la dernière équipe sportive l’a été dans les années 60“, souligne Alex Morgan. Et c’est vrai : la ticker-tape parade de New York a atteint des proportions dantesques, réunissant des milliers d’américains dans les rues, et plusieurs générations, peu importe le genre, dans une célébration littéralement inouïe pour une équipe féminine.

Il faut encourager les initiatives qui permettent aux jeunes filles d’accéder au sport, et un bon point de départ serait pour la FIFA de continuer à dire “c’est normal et c’est possible”

Alex Morgan

Mais est-ce une raison pour totalement se réjouir ? Entendons-nous bien : cette vague d’enthousiasme sans précédent à travers le monde est bien évidemment très positive pour la visibilité du sport et la condition féminine, il n’en reste pas moins que le gap entre le traitement masculin et féminin est vertigineux. A titre de comparaison, les membres de l’USWNT évoluant dans la National Women’s Soccer League – la division d’élite de la ligue américaine féminine – toucheront cette année 300 000 $ et des primes, élevant le prix de la Coupe du Monde à 2 millions de dollars, quand leurs homologues masculins sont rétribués à hauteur de 35 millions de dollars en cas de victoire en Coupe du Monde. Une joueuse de NWSL touchera 11 fois moins qu’un joueur de la Major Soccer League – MSL -.On a bien vu qu’on a réussi à fasciner toute une nation cet été. Les Portland Thorns ont une fanbase de plus de 14 000 personnes, ce qui est plutôt pas mal pour une équipe féminine. On fait de la promotion de produits, etc. Et nous – les joueuses en général – souhaitons être rémunérées à hauteur des efforts que nous fournissons sur le terrain.  La MSL termine sa 20e saison, tandis que la NWSL fête sa troisième cette année. Ca prendra du temps mais nous allons dans la bonne direction. Et les efforts financiers doivent commencer par la FIFA“, appuie Alex Morgan. “Tout ce qu’ils font, en termes de réglementation par exemple, nous affecte. Il faut qu’ils poursuivent leurs efforts pour aider les fédérations qui n’ont pas les moyens de soutenir l’égalité entre les joueurs et les joueuses. Par exemple, dans les pays africains, ils ne sont pas habitués culturellement à voir des femmes comme des athlètes. Il faut encourager les initiatives qui permettent aux jeunes filles d’accéder au sport, et un bon point de départ serait pour la FIFA de continuer à dire “c’est normal et c’est possible”“.

… Et semée d’embûches

La FIFA, ses déboires, ses tentatives de réformes : le mouvement s’accélère du côté des têtes pensantes de la superpuissance du foot mondial, avec la convocation récente de la Task Force sur la question féminine. Morgan poursuit : “Il faut mettre plus de femmes dans le Comité Exécutif de la FIFA. Là aussi, il faudra attendre l’implication de nombreuses personnes et ça prendra du temps, mais les choses commencent à changer.” Julie Johnston, défenseur de l’USWNT et joueuse des Chicago Red Stars, de renchérir : “Je suis absolument persuadée que ce gap entre les hommes et les femmes peut être supprimé. On fait tout ce qu’on peut, en tant qu’équipe, pour faire avancer les choses, grâce à nos victoires et notre volonté de tirer le jeu vers le haut. C’est aussi à nous d’encourager la FIFA à encore aller plus loin dans ses résolutions.

Et si on renversait le problème ? La fameuse loi de l’offre et de la demande, aka “on met plus de billes chez les hommes, parce qu’ils sont plus suivis.”, terrible et implacable. Shannon Boxx, midfielder vétéran de l’USWNT et coéquipière de JJ chez les Chicago Red Stars, prend la parole : “C’est vrai que le football féminin est beaucoup plus suivi aux Etats-Unis que dans les autres pays, et même chez nous, nous devons continuer à tirer le jeu vers le haut. Les hommes rapportent plus d’argent alors que l’USWNT en rapporte qu’une fois tous les quatre ans, pragmatiquement. Et on fait tout ce qu’on peut pour réduire cet écart, mais si vous regardez sur les réseaux sociaux, on gagne du terrain. Ca nous aide beaucoup dans notre mission : maintenant, on est suivies et remarquées sur les réseaux sociaux, par des milliers de personnes à travers le monde. Il faut qu’on continue à nous voir, sur internet comme dans des émissions télévisées.” “Et c’est vrai, par exemple, pendant la Coupe du Monde, des membres de ma famille n’ont pas réussi à trouver de produits dérivés.“, raconte Alex Morgan. “Peut-être que le Canada ou la FIFA n’étaient pas préparés à autant d’engouement, après tout, tous nos matches étaient complets et nos fans ont traversé le pays pour venir nous voir et il y avait deux heures de queue pour rentrer dans les stades, mais c’est révélateur. Alors certes, les hommes rapportent plus d’argent à la FIFA, mais ils doivent aussi se préparer au moment où nous atteindrons la prochaine étape.

Aucun homme n’aurait accepté de jouer sur de la pelouse synthétique

Shannon Boxx

La question de l’honnêteté de la maison mère est toujours difficile pour des joueuses qui sont déjà dans une situation délicate, avec un équilibre fragile – la National Women’s Soccer League est la troisième tentative américaine de pérenniser une ligue féminine -, mais elles abordent tout de même le sujet, revenant sur la suspicion de corruption qui occupe actuellement les hautes instances de la FIFA ou encore le scandale de la pelouse artificielle qui a secoué Twitter, sous la bannière flamboyante d’Abby Wambach : “Même si c’est notre corps gouvernant, on s’est battues avec eux concernant l’égalité. La FIFA devrait vraiment se pencher sur la question des femmes. Je pense qu’aucun homme n’aurait accepté de jouer sur de la pelouse synthétique.“, regrette Shannon Boxx. Pour mémoire, si la FIFA “vend” ce type de terrain en prônant un jeu plus rapide, les blessures inhérentes peuvent être graves, surtout dans une compétition de longue durée comme la Coupe du Monde : Hope Solo, à trois jours de disputer la finale de la Coupe du Monde, ne pouvait plus marcher suite à une blessure au genou dont elle ne récupérera qu’après avoir manqué quelques matches de la NWSL avec le Seattle Reign. “Mon mari joue pour Orlando Soccer Club et un joueur d’une équipe adverse a refusé de jouer sur de la pelouse synthétique. Il a 37 ans, il n’a jamais joué sur du synthétique de sa vie, et nous, on nous fait jouer dessus pour la Coupe du Monde.“, martèle Morgan. Pourtant, il y avait bien des entreprises qui se portaient volontaires pour installer la pelouse naturelle qui aurait permis un autre confort de jeu pendant cette Coupe du Monde. Gratuitement. La FIFA n’en a rien fait et nombreux s’accordent sur le fait que cela n’aurait jamais été le cas pour une coupe masculine, à commencer par Boxx, Morgan et Johnston.

Et pour la corruption ? Il y a eu beaucoup trop de condamnations pour du blanchiment d’argent pour fermer les yeux. “S’il y a des condamnations aujourd’hui, cela ne nous affectera sans doute que peu, parce que les féminines sont secondaires pour eux. Mais peut-être que dans cinq ou dix ans, ce sera différent.“, souligne Alex Morgan.

Photo : Mehrunnisa Wani for FORBES

A voir sur le site de Forbes

Lisez la seconde partie du Forbes Under 30 Summit, consacrée à la vision des Role Models par l’USWNT

ABOUT THE AUTHOR: Lisa Durel

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n'écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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