Stoppage time : 4 questions de plus à Joanna Lohman

StoppageTime_JoJoLohmanTu as suivi une route parfois douloureuse et difficile : si tu pouvais remonter le temps, est-ce que tu changerais quoi que ce soit ?

Je ne pense pas. Si jouer en junior et à l’université est compliqué maintenant, c’était beaucoup plus simple quand j’étais plus jeune. J’ai joué pendant 10 ans dans le même club, le coach était le père d’une des joueuses. On m’a appris que si je travaillais dur, je m’améliorerais de plus en plus. J’ai eu droit au meilleur comme au pire, comme les blessures, mais tout ça fait partie de ce qu’on doit traverser. En arriver à cet instant de ma carrière et regarder en arrière est assez cool. Je ne le fais pas vraiment souvent, parce que je suis plus concentrée sur l’entraînement quotidien. Je n’ai jamais été le genre de joueuse pour qui tout était acquis. J’ai dû me battre pour chaque minute que l’on m’a accordées sur le terrain. Et je n’aurais jamais voulu que ça soit autrement : parce que tous ces obstacles et cette adversité ont fait la joueuse et la personne que je suis aujourd’hui et m’ont apporté tant de force. Je sais que je peux survivre à tout. Maintenant que je suis à la fin de ma carrière, je peux faire plus attention. Rétrospectivement, ça me rend vraiment fière. Parce que je n’étais pas la seule impliquée : mes amis et ma famille m’ont apporté un soutien inconditionnel. Ce n’était pas juste pour moi que j’ai accompli toutes ces choses, mais aussi pour eux. J’aime tant ce sport que je pourrais jouer jusqu’au jour où je rendrais l’âme (rires).

Quelles sont les prochaines étapes pour le soccer féminin ?

Tu sais, ce qu’il s’est passé avec l’USWNT est vraiment important, parce que ça a porté à l’attention des gens ces problèmes. Parler des discriminations salariales qui existent au sein même de l’équipe, c’est quelque chose de nouveau, et finalement peu de gens étaient vraiment au courant de ça. Donc au-delà de cette égalité que l’on recherche, les prochaines étapes pour moi ce serait d’avoir une ligue stable et durable. Quelques individus – comme les joueuses américaines qui sont allées aider à la fondation de l’Afghanistan WNT – feront des choses pour améliorer la situation à travers le monde, mais pour moi, la ligue doit se concentrer sur sa durabilité. A la question “est-ce que les hommes devraient ou non soutenir la cause et en parler, il pourrait surtout y avoir un problème de vocabulaire avec le mot “devoir”. C’est leur décision. S’ils croient à cette cause, ce serait un soutien monstrueux et elle avancerait pour sûr. Ensuite, on devra continuer de grandir pour que toutes les jeunes filles à travers le monde puissent jouer et être tout ce qu’elles veulent, sans avoir à subir le regard des autres. Et ensuite, bien sûr, plus de femmes à la FIFA, plus de représentantes à des postes clés. Et là, on aura atteint une étape importante.

Oh et dernière chose : les gens devraient aussi arrêter de comparer le football féminin et masculin. On ne sera peut-être jamais aussi rapides ni physiques que nos homologues masculins, mais ça n’empêche pas d’y trouver de la beauté et surtout de l’apprécier. Le soccer féminin a cette si précieuse capacité de rassembler les gens et c’est beau. Nous avons beaucoup de fans qui ont été confrontés à l’adversité dans leurs vies, qu’ils soient LGBTQ ou non et savoir qu’ils peuvent prendre part à cette aventure et avoir un rôle est très important. Il te fait comprendre que tu as un endroit où tu es chez toi. Ca peut changer des vies et je l’ai vu avec les fans et les Spirits, dans l’amour qu’on a pour chacune et à quel point on s’apprécie lorsque l’on joue.

Dans quelle ville as-tu tes meilleurs souvenirs ?

Honnêtement, je crois que c’était à la fin de la dernière saison avec le Spirit, à Washington. Quand tu sors du terrain, tu es épuisée et pleine de sueur, et tu as tout donné pour ta ville. J’ai grandi à DC et je l’adore. Dans chaque fibre de mon corps, il y a mon amour pour cette ville, pour ces joueuses et pour cette équipe. Pouvoir jouer en face de mes amis, mes parents et ma famille, pouvoir les serrer dans mes bras à la fin des matches… Ces gens m’ont aidée à devenir celle que je suis aujourd’hui. Les voir aux matches et être de retour à la maison, c’est tellement grisant.

Qu’est-ce que tu dirais à une fille à qui on aurait dit que le soccer est un sport de mecs ?

(elle rit) Je lui dirais qu’il n’y a rien de moins vrai. Le soccer féminin est un sport très important en Amérique et jouer dès mon plus jeune âge m’a forgée. J’ai appris tant de choses, et des choses importantes, en jouant à des sports d’équipe. Des choses qui ne te quittent jamais. Donc tu peux avoir l’impression que tu n’es pas acceptée, tu peux avoir l’impression qu’on te juge, mais tu dois essayer de faire ce que tu aimes. Jouer au soccer apporte réellement du bonheur et je veux que tout le monde puisse sentir ce bonheur.

Lire : Halftime With : Joanna Lohman

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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