Sounds and Sights : a game of sorrow and unity (Washington Spirit v. Orlando Pride)

Faisons pour une fois l’exception à la règle. D’ordinaire, les sounds and sights sont des témoignages d’ambiance vécue au coeur des stades, pour vous faire vibrer là où le soccer vit. Dans les acclamations. Les respirations retenues. L’angoisse. Les applaudissements et les chants. Mais pour cet épisode, nous n’étions pas au Maryland SoccerPlex, home of the Washington Spirit. Et pourtant, on vous parlera moins de soccer que de cette ambiance si particulière qui a étreint les joueuses en rouge et celles en violet.

Le premier affrontement historique entre l’Orlando Pride et le Washington Spirit était attendu comme le messie – comme le prophète, pas comme Leo -. La raison étant assez simple : les fans piaffaient d’impatience à l’idée de la confrontation entre la capitaine du Spirit, Ali Krieger, et l’ancienne GK en rouge, Ashlyn Harris, revenue sur ses terres natales, pour aider à la construction de l’équipe d’Orlando. Et nous l’avouerons volontiers : nous aussi, nous étions impatients. C’était aussi l’occasion de voir le gratin floridien – parce qu’en dehors des Thorns, c’est quand même l’équipe qui faisait rêver sur le papier – se mesurer au roster désormais bien établi du Spirit. Ce soir promettait d’être une fête, fébrile, où le Spirit Squadron aurait défié la Crown dans une ambiance bonne enfant. En tout cas plus bonne enfant que lors du match électrique où le Spirit recevait les Portland Thorns, et avec eux, leur ancien coach, Mark Parsons. Et pour l’occasion, le Plex annonçait complet.

Rien de tout cela ne s’est passé. Ce qui ne veut pas dire que c’était mieux. Ou moins bien. Parce que ce jour-là, Alex Morgan portait un brassard noir. Ashlyn Harris portait un brassard noir. Ali Krieger portait un brassard noir. Ce jour-là, sur la pelouse du Plex, il y avait inscrit “We stand with Orlando”, encadrant un ruban où la Bannière Etoilée était liée au rainbow flag. Et ce jour-là, toutes les joueuses, des deux équipes, portaient le même tee-shirt. “Orlando United”, pouvait-on lire sur leur poitrine. Seule Ashlyn Harris avait un tee-shirt différent, floqué avec 49 noms. Ceux des 49 victimes du Pulse. La tuerie d’Orlando a meurtri l’Amérique. Alors, la franchise floridienne, elle-aussi affectée, prend à coeur d’aider à le reconstruction. Elles se placent en ligne et voilà l’hymne américain, chanté par une chorale à en faire chialer le plus insensible d’entre nous. Et les paroles de la Star Spangled Banner trouvent encore une fois un écho douloureux : “gave proof through the night that our flag was still there”. La bannière flotte toujours au vent, malgré la déchirure. La main sur un coeur plus lourd. Une minute de silence est respectée. Puis, elles prennent une photo. Les deux équipes mélangées. Ce soir, ce ne serait pas un match comme les autres.

Les fans du Spirit et de la Pride portent les mêmes pancartes. Les mêmes messages. Ceux qui prônent l’unité.

Le match est beau du côté de Washington. Les filles d’Ali Krieger communiquent bien, se trouvent même lorsque la balle est interceptée par la défense floridienne. Banini marque le premier but, puis ce sera Ordega, à la 40′, qui creusera l’écart. La backline floridienne inquiète, et les quelques occasions violettes se solderont par des échecs, repoussées par la gardienne canadienne, Stéphanie Labbé, ou simplement un coup de malchance. On sent qu’il manque quelque chose. Et ce qui s’est passé au Pulse ne sera pas une excuse, pour Ashlyn Harris, qui se confie en post-game : “Nous avons fait ce que nous avons pu. Jamais je n’utiliserais ce qui s’est passé comme une excuse. Et au fond, vous savez quoi ? DC a une superbe équipe.” Encore un geste très classe de la part d’Harris, qui aura vécu un match particulier, dans les cages adverses. Ca n’a rien enlevé à l’amour que les fans du Spirit portent à la portière, qui ont su l’accueillir à bras ouverts. Ce soir-là, même si la blessure saigne encore, elle aura puisé sa force auprès de ses deux familles. La sienne, la vraie, celle d’Orlando, et sa famille d’adoption, celle du Spirit.

Encore une fois, même si c’était un match de championnat, le résultat n’était pas l’essentiel. L’essentiel se trouvait à la 49′. 49, comme le nombre de ceux qui sont tombés au Pulse. Krieger est à la relance, au moment où les premières secondes s’égrènent. Le début des applaudissements, des sifflets. Le jeu ralentit. Ashlyn Harris tente de l’arrêter, elle qui donnera tout pendant ce match, cette brickwall vaillante, sauveuse de la Pride. Gabarra fait signe à Edmonds, en possession du ballon, de tout arrêter. Diana Matheson, la midfielder canadienne, la pousse à rendre le ballon à Harris. Krieger reprend son souffle sur le sigle tracé sur la pelouse. Et tout se suspend. Tous les fans présents, gays, hétéros, queers, sont debout et applaudissent désormais. C’est beau. C’est tonitruant. C’est surréaliste.

Harris porte le gant à sa bouche, l’embrasse, et vient frapper son blason. Elle voit les secondes passer et les officiels lui rappeler de ne pas s’éterniser. Elle attend, encore un peu. Juste ce qu’il faut. Parce que c’est un instant historique, un instant où les battements de son coeur viennent douloureusement répondre aux applaudissements de la foule. Un instant qu’on aurait tous voulu ne pas avoir à honorer. Dans la posture d’Harris, il y a de la douleur, mais aussi de la fierté. De la reconnaissance. Puis, elle lève le bras. Vient frapper la balle. C’est fait. La douleur n’est pas partie, mais nous savons que nous ne sommes pas seuls.

C’était un beau match que celui qui a envoûté le Plex, ce samedi 18 juin 2016. Un match qui a célébré l’unité, entre les joueuses, mais aussi entre les fans et les joueuses. Un moment à ne pas oublier.

Le football a ça de beau qu’il permet d’unir toutes les personnes“, soufflera Ashlyn Harris au micro de CSN. “C’est pour ça qu’on fait ça. Ce soir, quand on regardait la foule, il n’y avait pas des supporters du Spirit d’un côté et de supporters de la Pride de l’autre. Ce soir, nous n’étions qu’un seul groupe qui s’est formé pour célébrer et honorer la vie des gens qui n’ont pas pu s’en sortir au Pulse et les familles des victimes. Cet hommage était ce qui comptait aujourd’hui. Prendre quelques moments en dehors du match pour faire ça. Et être aussi reconnaissantes d’être encore là et de pouvoir faire ce qu’on aime faire tous les jours.” Et aussi être qui l’on veut.

Score final :

Washington Spirit 2 – 0 (Banini 9′, Ordega 40′)

 

 

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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