SheBelieves Cup, Episode 1 – une histoire de coq triste et de lionnes

On y est. La première édition de la SheBelieves Cup, qui se réclame clairement d’un tournoi international incontournable dès son coup d’envoi, a débuté hier soir sous le soleil de Floride. Sauf qu’avec des tribunes vides et la diffusion exclusive des matches nationaux au détriment des autres rencontres, on se rend très vite compte que le tournoi n’est qu’un entraînement qui servira à forger les rookies américaines dans les flammes des meilleures équipes mondiales. Mais ne boudons pas notre plaisir : en France, nous pouvons assister à l’intégralité du tournoi grâce à D17 et Canal + Sports.

Allemagne – France : l’envie aux abonnés absents

En inaguration ce soir, l’épique rematch du quart de finale de la Coupe du Monde, très attendu par les françaises tout comme nos amis américains : de leur aveu même, la France aurait dû gagner, tant elle avait dominé le match. On ne refait pas l’histoire : Nadine Angerer, l’une des meilleures gardiennes du monde, arrête le tir de Claire Lavogez et met fin aux ambitions des françaises. Oui, mais c’est le jeu des tirs au but, le match était beau, intense, passionné. Et oui, la France méritait de l’emporter.

Entre ce quart de final à la fois glorieux et tragique et le match inaugural de la SheBelieves Cup, quelques mois se sont écoulés. Quelques mois où les performances françaises oscillent entre victoires ternes et dominations stériles, arrachant à leurs opposantes des scores peu brillants, suffisants pour conserver sa place de leader dans le classement pour les qualifs de l’Euro 2017, mais extrêmement frustrants pour les fans, habitués à voir une équipe plus passionnée. On rappelle au passage que la France a comme adversaires dans son groupe la Roumanie, l’Albanie, l’Ukraine et la Grèce. Simple rappel.

Et puis il y a les blessées. Les absentes. Celles que l’on veut à tout prix préserver pour Rio. C’est vrai, la France a déjà son ticket. Forcément, ça fait un trou dans le roster. Des trous, plus précisément. Exit Wendie Renard. Exit Amandine Henry qui n’a pas l’air de se remettre de ses blessures. Exit Laure Boulleau et sa remplaçante montpelliéraine, Sakina Karchaoui, elle aussi blessée en Coupe de France la veille du départ pour la Floride. Dommage pour Laure Boulleau : c’était elle qui fournissait les efforts les plus judicieux sur les derniers matches français. Le jeu des chaises musicales aura été prenant jusqu’à la fin. Et du coup, beaucoup d’absentes. Comme signalé dès que la France flanchait et jusqu’à la défaite par les commentateurs sur D17. Alors oui, beaucoup d’absentes, beaucoup de jeunes inexpérimentées – c’est vrai, certaines inauguraient leurs premières caps -. Mais Mallory Pugh aussi n’a pas d’expérience. Sauf qu’elle a une chose qui a cruellement fait défaut à l’équipe française hier soir : l’envie.

C’est un jeu de domination entre les deux équipes. Oui la France tient la route face à l’Allemagne, d’un point de vue technique. Oui, il y a du potentiel. Mais pourquoi s’acharner à jouer sur l’aile gauche pendant 45 minutes alors que clairement, ça ne fonctionne pas ? Les allemandes ne feront aucun cadeau aux françaises. Elles remontent très vite en défense, forment un bloc en milieu de terrain qui oblige les Bleues à se détacher. Elles ne trouvent pas le bon rythme, c’est un fait : chaque ralentissement est précieux pour les allemandes qui peuvent se replacer et gentiment défendre les buts de Schult. D’un autre côté, malgré les quelques occasions allemandes, Bouhaddi ne sera finalement pas trop menacée. L’énorme chantier se situe au milieu de terrain, où les Bleues perdent systématiquement leurs balles.

Et soudain, la délivrance. En tout cas les tentatives de délivrance. Ca se jouera entre Marie-Laure Délie et Eugénie Le Sommer. La première parviendra à se détacher de la zone dangereuse dans une belle cavalcade. Pour centrer sur le vide, puisque ses coéquipières ont passivement assisté à la remontée et traînent pour proposer des solutions. Quant à Le Sommer, qui, fait surprenant, n’a que très peu touché la balle, elle se retrouve seule face à Schult et rate son tir. Frustration. Et globalement, face à un adversaire aussi tenace que l’Allemagne, il ne fait pas bon être en bleu, puisque, dans le feu de la bataille, personne ne viendra vous sauver. Personne. Aucune solution. Des joueuses qui marchent en regardant leurs coéquipières se débattre contre trois défenseures allemandes – pauvre Majri, elle aura fait ce qu’elle pouvait. Des Bleues qui se contentent de regarder passer le ballon, en réalisant, parfois trop tard, que la passe maladroite était pour elles. On notera que Thomis et Abily n’auront fait aucune différence en dépit de leur entrée. On les aura d’ailleurs à peine vues sur le terrain.

Puis, la cerise sur le gâteau. L’erreur de Sarah Bouhaddi. En foirant un contrôle sur une passe en retrait – encore une fois bien passivement -, elle offre un corner sur un plateau d’argent à l’Allemagne – c’est dommage, elle avait fait un très joli save qui nous avait redonné de l’espoir quelques minutes plus tôt. Bon, en général, les corners, ça ne rentre pas. Goessling en prend la responsabilité. Elle tire.

Et là, c’est le drame. Dans une cacophonie enflammée, le ballon se retrouve sur Bartusiak dont le tir est dévié. Sur Maier. Qui ne se fera pas prier pour faire rentrer le ballon. Fin de l’histoire. A deux minutes de la fin du temps additionnel, Griedge Mbock se traîne les savates et offre une nouvelle touche dangereuse aux allemandes alors qu’elle aurait pu nous épargner cet énième sursaut. Heureusement non transformée.

Alors oui. Oui il y avait de nombreuses absentes. Oui l’arbitre a sifflé des choses qu’elle n’aurait pas dû. Mais mince. Donnez-nous un peu la niaque. Donnez-nous l’envie de vous soutenir contre vos détracteurs. Donnez-nous la passion. Et rendez-nous le panache du coq gaulois.

Score final : Allemagne 1 – 0 France (Maier 83′)

Prochain match : USA v FRA

USA – Angleterre : Les lionnes sont de sortie

On enchaîne sur la pelouse du stade floridien. Cette fois-ci, les US reçoivent l’Angleterre. Les Lionnesses de Mark Sampson ont crée la surprise à la dernière coupe du monde en finissant troisième sur le podium. Une belle performance pour une équipe qui a souvent été sous-estimée. La preuve dans ce match.

Starting XI USA – 

Solo; O’Hara, Sauerbrunn Sonnett, Klingenberg; Brian, Horan, Heath, Lloyd (c); Pugh, Morgan

Si les USA attaquent vite – dès la première minute, la jeune Mallory Pugh tente un centre très juste -, les anglaises opposent une pression incessante et occuperont le milieu de terrain, forçant les américaines à étendre le jeu. La distribution en milieu de terrain devient vite cruciale et malheureusement, Moe Brian et Lindsey Horan ne montreront pas leur meilleur jour, avec un manque de solution déstabilisant. Horan se reprendra pour quelques bons coups en seconde période, mais on l’a connue plus brillante. Sonnett se fait très réservée pendant ce premier match et sera souvent sauvée par l’efficacité redoutable de Becky Sauerbrunn. Une Sauerbrunn en forme mais qui aurait pu offrir un PK à l’Angleterre, suite à une main non sifflée. Klingenberg se rattrape de ses trois dernières performances plutôt moyennes, en assurant une bonne présence sur l’aile gauche.

Les Lionnesses portent bien leur nom et menaceront plusieurs fois Hope Solo sans pour autant parvenir à franchir la barrière de l’implacable – et visiblement irremplaçable – gardienne. Et la claque physique qu’elles assènent aux américaines leur rappelle un peu abruptement qu’elles ne sont plus en train de se balader dans le tournoi de qualification olympique de la CONCACAF. Bien plus qu’une simple exhibition, c’est le baptême de feu pour l’USWNT next gen. Sauf qu’on le voit, il y a encore du boulot. Alex Morgan manque de finition et on en est à regretter Carli Lloyd en forward. Une Carli Lloyd particulièrement discrète durant ce match. Heath se démène et offre quelques bons centres dont elle a le secret, mais ne trouve pas la force offensive qu’elle attend.

Et puis, il y a Pugh. Cette petite merveille. 17 ans au compteur, la vitesse, la force, la maturité et surtout l’envie – on y revient. C’était elle qui donnait le ton de l’attaque américaine hier.  Inlassablement, elle se heurtait à la défense britannique et souvent, sa vitesse l’emportait. Alors qu’elle cumule moins de 10 caps, Pugh semble déjà faire partie des meubles de l’USWNT, tout naturellement. En face, c’est Lucy Bronze qui oppose sa vitesse et sa force offensive. Les deux titans se tiennent à bras-le-corps et neutralisent le milieu de terrain. Il faut attendre l’arrivée de Crystal Dunn pour que la situation se débloque qui marque sur un très bel assist de Klingenberg. Une Kling qui aura pris le temps de poser un peu le jeu et attendre l’opportunité. Dunn trompe trois défenseures et ouvre le score, sur un seul but qui valait les cinq qu’elle a inscrit contre Porto Rico.

Les Lionnesses se battent pour remonter, et auraient pu profiter d’une erreur grossière dans la backline américaine pour égaliser. C’était sans compter la présence de Solo dans les cages.

C’était un bien beau match que ce match d’ouverture américain. Divertissant, dynamique et passionné, révélant les Lionnesses comme des adversaires redoutables – et fair play.

Score final USA 1 – 0 Angleterre (Dunn)

Prochain match USA v FRA

Vidéo / photo : US Soccer

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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