SheBelieves Cup 2017 – quand les américaines y croient moyen

Coup de théâtre aux Etats-Unis. Les championnes du monde en titre s’inclinent non seulement à domicile en ne marquant qu’un but de tout le tournoi, mais elles s’inclinent salement contre la France dans un dernier match que l’on regarde avec les yeux de l’hébétude. Que s’est-il passé ?

« JILL ELLIS DEMISSION » voit-on hurlé sur tous les réseaux sociaux et la presse spécialisée, tandis que les médias français jubilent : les Bleues ont terrassé les Stars and Stripes, avec l’art et la manière. Oui, le vent a tourné depuis un moment pour l’USWNT : on a bien voulu jouer la carte de l’incrédulité, de la malchance ou de l’expérimentation après le quart de finale concédé à Rio, signant ainsi la pire campagne olympique des américaines de toute leur Histoire. On a bien voulu masquer le tremblement quand face aux nations majeures, les américaines ont flanché. Mais ce qui s’est passé pendant la SheBelieves Cup a de quoi faire cringer les fans les plus modérés face au coaching d’Ellis.

Fusillée par l’Angleterre à quelques minutes de la fin du temps réglementaire, Ashlyn Harris ne fait pas partie du XI de départ d’Ellis pour le dernier match. La France, quant à elle, s’est donnée comme jamais, montrant un collectif rare et une technique qui nous avaient manqué depuis… Depuis un moment. Le match au sommet, à Washington D.C., laissait toutefois une chance aux américaines de remporter le tournoi.

Depuis le début de la compétition, les Stars and Stripes se montrent plutôt hésitantes, loin du collectif brillant qui les avait accompagnées à la fin de la World Cup et pendant le Victory Tour. Visiblement, le mojo américain ne réside pas dans le 3-5-2 imposé par Ellis à la SheBelieves Cup. Il ne réside pas plus dans la configuration fragile mettant Allie Long en centerback. Mais la débâcle américaine ne se réduit pas uniquement à la backline faiblarde, tenue avec beaucoup de peine par une Becky Sauerbrunn dépassée. Ni dans l’horrible erreur commise par Alyssa Naeher, qui fauche en pleine gloire Camille Abily sur la surface dès la 3e minute de jeu – d’aucuns diraient qu’Ashlyn Harris aurait gagné ce duel… Et d’aucuns auraient raison, sans doute -. Mais bien dans un effectif exploité d’une étrange manière, bien loin de sa zone de confort. D’une Carli Lloyd exigeante mais épuisée, qui offre une très bonne performance contre l’Allemagne mais qui s’éteint dans les matches suivants. D’une Mallory Pugh qui semble à des années lumières de ses premières caps. Williams, Mewis et Lavelle bombardent, mais ça ne suffit pas, notamment contre une Siobhan Chamberlain en excellente forme.

Le banc ciré est prestigieux. KO, Krieger et Press se tournent les pouces et sont appelées à des moments incongrus – quand elles sont appelées -. Et les erreurs et déchets techniques se succèdent sur le terrain, jusqu’au coup de sifflet final, qui vient sanctionner les américaines d’un retentissant 0-3 en faveur des Bleues. C’est la débâcle. Et on pleure un peu pour toutes les joueuses, mais surtout pour Heath, qui a lutté comme une lionne sur le terrain.

Chou gras dans les médias français : les Bleues défont les championnes du monde à domicile. Sans rien retirer à cette victoire brillante, collective et technique, amenée par des joueuses et un coach qui ont montré le meilleur dans cette compétition, le roster actuel de l’USWNT n’a rien à voir avec celui qui a puni le Japon, il y a 2 ans maintenant.

Si on fait le compte, du roster de 2015, il ne reste que Lloyd, Harris, Naeher, Krieger, Klingenberg, Heath, Press, O’Hara, Sauerbrunn, Johnston, Rapinoe. Certaines sont devenues des fantômes le long de la sideline.

Au-delà d’une formation qui correspond aux habitudes des joueuses, il manque une étincelle qui faisait tout – ou beaucoup – dans la 15ers gen. Une colonne vertébrale solide, d’une part : Solo, Sauerbrunn, Holiday / Lloyd / O’Reilly, Morgan / Press. Les unes sont parties, les autres sont mal utilisées ou moins brillantes qu’auparavant. Oui, Holiday et HAO manquent cruellement aux USA. Il manque également des leaders qui entraînent cette alchimie si particulière qui rappelle que les américaines sont des guerrières. Oui, quelqu’un comme Abby Wambach, même en mode cirage de banc, manque. Cette même Abby Wambach qui aurait très certainement su trouver les mots pour transformer les PK tirés pendant les JO. Il manque un couple Pinoe / Abby qui savait se trouver – et les centres splendides de Pinoe manquent également.

A la place, nous avons des jeunes qui ne savent pas se trouver, des cadres qui vieillissent et une alchimie absente. Un manque de confiance flagrant sur le terrain – et surtout frustrant. Différentes choses que les américaines vont devoir rapidement régler : l’échéance de la World Cup se rapproche de plus en plus.

Alors oui, se plaindre de l’absence des légendes est une chose, une chose qui nous limite au passé et à des regrets. La solution ? Regarder de l’avant et espérer que quelque chose se débloque. Parce que la mission d’Ellis est de sortir le plus vite possible de l’ombre des 15ers. Il faut globalement 4 bonnes années avant de s’en débarrasser, si ce n’est bien plus. L’enjeu est de feinter ces 4 ans et construire une équipe solide. La transition s’amorce, mais elle n’est pas concluante. L’indulgence était de mise début 2016. Mais mi-2017, c’est déjà plus compliqué d’y voir clair dans la stratégie d’Ellis, tant les résultats sont mitigés. A suivre, avec les amicaux contre la Russie, début avril.

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