She Believes Cup, épisode 2 – Bilan et déceptions

On l’a attendue, cette SheBelieves Cup, dès le moment où les US ont annoncé qu’elles ne participeraient pas au traditionnel tournoi de l’Algarve. Et comme on aime les belles histoires sur Women’s Soccer France, on n’a pu qu’aimer celle de la création de ce tournoi et on a vraiment essayé de faire abstraction des interrogations sur le branding pour n’y voir que le positif, à savoir ce passage de flambeau entre la génération Cheney et celle des jeunes qui étaient au fantasy camp. On a essayé de n’y voir que les belles promesses de voir s’affronter en un tournoi amical la fine fleur des sélections nationales.

Oui. Mais non. Et il y a encore – malheureusement – beaucoup à dire.

Commençons par les performances constatées lors de cette SheBelieves Cup : quatre des meilleures équipes du monde se sont affrontées dans 3 rencontres avec 3 jours de creux entre chaque match. Sauf que la SheBelieves Cup se déroulait dans trois sites différents, en Floride et dans le Tennessee. Autrement dit, chaque équipe passait une journée à passer d’un état à l’autre, à peine remise de son match, prenait possession des lieux, s’entraînait et jouait, avec finalement peu de temps pour prendre leur souffle. On rappelle enfin que les opposantes des américaines viennent toutes d’Europe. On peut donc estimer le décalage horaire à environ 5 à 7 heures. A cela s’ajoute un vol de 10 bonnes heures. Résultat des courses ? Les joueuses sont exténuées lors de la dernière journée de tournoi. Les jambes sont lourdes, les fautes grossières – on préfère sincèrement mettre certaines sur le compte de la fatigue -, les efforts difficiles à soutenir pendant 90 minutes.

FRAvENG, la déception

Les Lionnesses ont été remarquables tout au long du tournoi. Physiquement présente, elles ont donné du fil à retordre aux US et à l’Allemagne. Pour ce match final, inaugurant le terrain – atroce – du FAU Stadium de Boca Raton, la confrontation avec les françaises est décevante. La fatigue se fait sentir et elles offriront aux françaises de nombreuses occasions de percer vers les cages de Bardsley. Elodie Thomis se retrouvera dès les premières minutes seule derrière la défense anglaise et ratera par deux fois l’immanquable. Délie aussi. Avoir la vitesse ne suffit pas, il faut désormais avoir une réelle envie de finition. Claire Lavogez aurait pu ouvrir le score mais son tir retourné – magnifique – trouve malheureusement la transversale. Ce sera le seul acte héroïque du match. Shit happens. Mais trop souvent pour les françaises, qui encore une fois hésitent, se rendent compte à la dernière seconde qu’une passe maladroite leur était adressée, et baissent les bras beaucoup trop vite ou font des tentatives précipitées. Julie Foudy, ex-capitaine de l’USWNT et désormais commentatrice sur ESPN, s’étonne du manque de fitness français. Le forward est en difficulté. Eugénie Le Sommer poursuit sa série frustrante d’occasions en or ratées. Kheira Hamraoui rate un contrôle qui aurait pu coûter très cher à la France, sur une frappe de Chapman. Celle qui fera son job pendant ce match est indéniablement Méline Gérard, même si elle commet une faute en hésitant un peu à la relance, manquant de se faire prendre le ballon. Bergerôo change en effet de gardienne contrairement à certain(e)s. On pourrait l’applaudir jusqu’à ce qu’on se souvienne que substituer Méline Gérard à Sarah Bouhaddi a un caractère beaucoup plus urgent que faire rentrer Alyssa Naeher ou Ashlyn Harris à la place d’Hope Solo.

Les françaises font des efforts de construction que l’on doit saluer après deux matches plutôt linéaires. Mais entre la fatigue et les approximations, les Bleues ne pourront au mieux que s’arrêter sur un nul. Malheureusement, après avoir perdu leurs deux premiers matches, elles terminent dernières du classement. Il y a encore du boulot avant Rio. A noter que la France n’aura marqué aucun but du tournoi. Son match contre les US était du même acabit, laissant le goût amer de la frustration au coup de sifflet final.

USAvGER : confirmation

A l’issue d’un match palpitant contre l’Allemagne, les Etats-Unis s’imposent comme premières championnes de la SheBelieves Cup. Whitney Engen, qui revient de loin – pour USAvFRA, elle aura joué 30 secondes montre en main – aura l’occasion de prouver qu’elle est aussi une – très – bonne centerback. Et la backline aura été très occupée pendant ce match, autant en support offensif habituel qu’en défense pure. Encore une fois, le duo Morgan-Lloyd sera très actif et, en l’absence de Mallory Pugh dans le XI de départ, donnera la couleur de l’attaque US. Les allemandes opposent une pression permanente et physique et c’est parfois très très juste. Krieger montrera encore une fois que l’aile droite est son territoire tandis que Klingenberg montre une qualité de jeu bien meilleure que ses derniers matches. Pour autant, Mittag et sa frappe de loin surprendront Solo. La parisienne ouvre le score à la 29e minute. Coup de pression supplémentaire pour les Stars and Stripes.

Les forces sont ici équilibrées et il faudra une construction plus dynamique pour parvenir à tromper la gardienne Schult. Ce sera fait sur un très beau service de Kling vers Morgan. Petit coup du sombrero, reprise direct et Schult est dans les choux. Spectaculaire et surtout salvateur pour les américaines.

Juste avant la fin de la première période, Samantha Mewis profite d’un couloir vide pour s’engouffrer dans la brèche. Schult commet alors une erreur d’appréciation qui lui coûte cher. Shit happens. La seconde période reste physique, les US parviennent à poser leur jeu, mais il en faudrait plus pour creuser l’écart. Le match se termine sur un 2-1 en faveur des USA. Si la victoire est méritée, elle est loin d’être évidente.

Note : ce match marque la dernière fois où les US portent le kit actuel, version away, avec l’ancien blason de l’US Soccer. Les nouveaux kits seront dévoilés le 24 mars prochain, officiellement, même si quelques visuels ont leakés. Et ce n’est pas brillant.

Classement SheBelieves Cup 2016 :

USA

Allemagne

Angleterre

France

Récompenses individuelles :

Hope Solo : Golden Glove

Alex Morgan : Golden Boot, Golden Ball (meilleure buteuse, meilleure joueuse)

SheBelieves Cup : un bilan en demi-teinte

Mais au-delà des performances parfois décevantes, doit-on considérer que ce tournoi est une réussite ? La réponse est loin d’être positive sans être entièrement négative. Point principal : le défaut de médiatisation. D’une part, la fréquentation des stades était bien relative en fonction de l’équipe qui jouait. Les supporters se déplaçaient en nombre – sans pour autant parler de masses – pour voir les américaines et les gradins étaient désespérément vides pour l’autre match. C’est là le reflet de la culture sportive américaine, extrêmement fière et presque chauvine. Souvenons-nous d’un des chants des American Outlaws : “Where you go we follow”, où vous allez, nous vous suivons. Et c’est dommage : la SheBelieves Cup est un événement de qualité et la communication digitale a été relativement importante. Il s’agit là d’éduquer les fans à travers le monde.

De même, le mécontentement un peu général réside dans l’utilisation du nom SheBelieves, même s’il s’agit du nom du programme amorcé juste en amont de la Coupe du Monde. Trop inclusif, trop prétentieux, à l’encontre de la volonté même de l’ouverture du tournoi, il ne plait pas, même s’il a été réalisé sur mesure par les joueuses américaines. On préférerait un véritable sponsor. Même Megan Rapinoe se fait assez vocale sur le sujet. Quelque chose à changer, mais certainement pas pour l’instant la priorité absolue.

Elles est ailleurs : plus dommageable pour les supporters américains qui auraient été intéressés par voir les autres matches : aucun match autres que ceux de l’équipe nationale américaine n’a été retransmis, que ce soit sur TV ou online. Seul le premier match a eu les honneurs de Fox Sports 1. Les autres ont été diffusés par ESPN3, un service uniquement disponible sur… Internet. En France et en Angleterre, tous les matches ont été rediffusés – sur D17 et Canal + Sports en France, pour l’anecdote -. Cela n’aide clairement pas à la visibilité du football féminin, qu’il soit national ou étranger sur le territoire américain. De nombreuses voix se sont élevées, mais ont été malheureusement insuffisantes. Gageons que les prochaines éditions de la SheBelieves Cup pourront bénéficier d’une diffusion globale. L’US Soccer Federation a en effet confirmé que les US organiseront pendant encore 3 ans au minimum ce tournoi, avec les mêmes équipes.

Enfin, le dernier match a été la cerise sur le gâteau. Si les joueuses ont enfin pu évoluer sur un terrain véritable avec des belles traces d’herbe sur le maillot, était-ce vraiment judicieux de les faire jouer sur l’atroce terrain de Boca Raton ? Hope Solo s’indigne dès son arrivée pour l’entraînement de la veille.

On en revient aux mêmes problématiques. Il y a encore beaucoup de chemins à parcourir : si la fédération des championnes du monde est incapable d’accueillir les meilleures équipes dans des conditions décentes, what’s the point ? Que doit-on apprendre de l’état du football féminin à travers le monde ? Est-ce qu’une équipe nationale masculine aurait accepté de jouer sur un tel terrain ? La question est en suspend bien qu’évidemment rhétorique.

Tel que nous avons pu l’observer de Paris, la SheBelieves Cup a plutôt été un entraînement pour Rio à peine dissimulé plutôt que la grande fête promise plus tôt. La prochaine édition servira à faire le lien entre les JO et la World Cup 2019, qui se déroulera en France. Et ce lien, couplé avec les différentes coupes internationales et l’Euro 2017 aux Pays-Bas, est plus que crucial pour capitaliser sur l’engouement de la World Cup canadienne, qui commence peu à peu à s’essouffler.

 

Crédits photos et vidéo : US Soccer / Fédération Française de Football

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *