Scandale aux US : Jill Ellis vire la moitié de l’USWNT

(Photo by Kevin C. Cox/Getty Images)

OH MON DIEU UN TITRE CLICKBAIT.

On plaisante. Le dernier roster de l’USWNT appelé pour l’amical international qui se tiendra à la fin du mois contre la Suisse – la quatrième rencontre entre les US et nos voisins helvètes – fait du bruit, parce que bien des figures familières sont absentes. Tabula rasa pour l’USWNT, et le déchirement entre les fans et les analystes.

C’est parti pour le debrief. Prenons le roster de l’USWNT pendant la finale de la World Cup 2015, passé au crible de l’année 2016, avant la sortie de la liste officielle. SPOILER : Ca va faire mal.

Sortez les mouchoirs.

 

STARTING XI – USA – WWC Final 

Solo; Klingenberg, Sauerbrunn, Johnston, Krieger; Brian, Lloyd, Rapinoe, Heath; Morgan, Holiday

SUBSTITUTES AVAILABLE – USA

Harris, Naeher, Leroux, Rampone, O’Hara, Engen, Boxx, Rodriguez, O’Reilly, Chalupny, Wambach, Press

OLYMPIC ALTERNATES AND POST WORLD CUP ADDITIONS AVAILABLE – USA

Horan, Pugh, Mewis, Long, Sonnett, Dunn

 

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Photo : Getty Images

 

Retraites, grossesses et éliminations successives ont fait place nette dans le roster des stars and stripes. Si on fait le compte, les vétérans des JO et des précédentes World Cups (minus 2015), ne sont pas si nombreuses : Sauerbrunn, O’Hara, Krieger, Lloyd, Heath, Rapinoe, Morgan. Klingenberg était alternate aux JO de Londres, à l’époque où les réservistes ne faisaient pas le voyage avec l’équipe nationale.

Prenons ensuite le temps d’adaptation entre une grosse génération et une autre – et quand on dit “grosse génération”, on entend génération gagnante en World Cup et bulldozer, comme celle d’Ham et Foudy, et l’émergence d’une nouvelle génération, celle de Wambach et Solo, avec les “gueules”, les leaders, qui au-delà des performances, incarnaient l’USWNT pour le meilleur comme pour le pire – : c’est un minimum de quatre ans, après des campagnes catastrophiques. Souvenez-vous du fiasco de la World Cup en 2007 – 3 ans après le départ à la retraite des géantes de 99 -. Il a fallut attendre 2011 avant que le vent tourne – on n’a pas dit la roue, merci -. Puis, la montée en puissance de celles qui étaient des rookies à ce moment-là, Solo, Wambach, Lloyd. Jusqu’à 2015.

Phase II

Puis, la dégringolade. L’humiliation. Rio, même pas de ticket pour les demi-finales. Même le Canada a fait mieux – et connaissant les velléités américaines contre les canadiennes et vice-versa, ce n’est pas peu dire -. Une série de mauvais choix, de manque de bol, d’occasions ratées et d’expérimentations foireuses. On reconnait la stratégie d’Ellis, qui jusqu’au bout lors de la World Cup, a expérimenté les joueuses à des positions qui n’étaient pas les leurs. Rebelotte à Rio, sauf que ça ne fonctionne pas.

On ne peut pas apprendre au vieux singe à faire la grimace. Le plan d’Ellis est clair à ce moment de la campagne US : il faut évoluer, ne plus compter sur le physique pur et apporter de la technique. Des joueuses de qualité comme Lloyd, qui ont déjà une décennie de service dans les jambes, ne peuvent s’adapter et ça n’a pas fonctionné. Alors, il faut passer à la seconde partie du plan. Nous sommes en août 2016.

Flash forward, 6 octobre 2016, Jill Ellis prend tout le monde par surprise et balance un roster constitué à près de 70% de nouvelles têtes. Les internets sont choqués et déçus. Mais est-ce bien justifié ?

 

ROSTER AGAINST SWITZERLAND – USA (by positions)

GK : Jane Campbell* (Stanford Cardinals), Ashlyn Harris (ORL Pride), Alyssa Naeher (CRS)

DEFENDERS : Abby Dahlkemper* (WNY Flash), Arin Gililand* (CRS), Merritt Mathias* (Seattle Reign), Kelley O’Hara (Sky Blue FC), Becky Sauerbrunn (FC Kansas City), Casey Short* (CRS), Emily Sonnett (Portland Thorns)

MIDFIELDERS : Morgan Brian (Houston Dash), Danielle Colaprico* (CRS), Tobin Heath (Portland Thorns), Lindsey Horan (Portland Thorns), Carli Lloyd (Houston Dash), Allie Long (Portland Thorns), Samantha Mewis (WNY Flash), Andi Sullivan* (Stanford Cardinals)

FORWARDS : Crystal Dunn (Washington Spirit), Shea Groom* (FC Kansas City), Ashley Hatch* (BYU Cougars), Kealia Ohai* (Houston Dash), Christen Press (CRS), Lynn Williams* (WNY Flash)

 

En gras, les joueuses qui sont issues du roster olympique (+ Mewis, alternate), avec une astérisque, les joueuses avec une first cap potentielle. Colaprico a déjà été appelée dans des précédents camps, mais n’a jamais été sur le terrain. On voit que la défense et le forward sont remplis de nouveaux visages, tandis que le midfield devrait rester peu ou prou le même – il ne faudrait quand même pas trop perdre la face, même en phase d’expérimentation.

Photo : Michael Ciaglo
Photo : Michael Ciaglo

Place à la jeunesse et aux espoirs. Kealia Ohai fait partie de celles qui sont en vue depuis un moment, du moins par les journalistes, suite à une excellente saison avec le Dash (même si ce dernier n’a même pas accédé aux playoffs). Ce sont des joueuses qui ont fait la différence dans leur équipe respective en NWSL et à l’université et sont aussi des figures connues de l’USWNT U17 et U20. Des espoirs. Le futur. De la vitesse, de la technique, mais aussi et surtout de la jeunesse, capable de se plier et de s’adapter beaucoup plus vite que les vétérans.

Pourquoi un tel revirement de situation ? Si Jill Ellis est extrêmement discrète dans les médias, elle s’est récemment exprimée sur ses choix.

“Deux priorités sont ressorties des résultats des JO : trouver des adversaires de qualité et de nouvelles joueuses. Le message pour les joueuses qui sont avec nous est le suivant : ce n’est plus tant une question de caps ou de ce qu’elles ont fait par le passé, que de performances et de ce qu’elles sont prêtes à faire pour le futur. Cela va nous permettre de les challenger et les pousser hors de leur zone de confort pour qu’elles repoussent leurs limites”, déclare-t-elle sur le site de l’US Soccer. “Si Mallory Pugh atteint les 200 caps, c’est que nous ne faisons pas notre travail. Quand j’étais au recrutement universitaire, mon unique job était de virer mes joueuses. Et c’est en faisant ça que j’avais la certitude que nous allions grandir. Si nous cherchons purement le développement de notre jeu, le défi est de n’avoir aucune joueuse à 200 caps”, confie Ellis à ESPN. Et il est vrai que le développement du programme vient d’un large choix de joueuses de qualité égale – et excellente – pour un maximum de solutions et combinaisons possibles, au lieu d’un roster qui ne change pas et qui deviendra impossible à renouveler. A cela s’ajoute bien sûr l’indispensable alchimie et c’est dans la NWSL qu’elle peut se reposer : les nouvelles joueuses appelées ont passé leur saison à se confronter, à se connaître et s’apprivoiser.

D’après un leak récent, les joueuses régulières de l’USWNT ont toute reçu un mail de ce type, contenant ces informations, un peu plus durement : au-delà des compétences ou de leur potentiel, il y est aussi question de ce qu’elles peuvent apporter en termes de leadership et de comportement – oh hi Megan Rapinoe – dans l’équipe. Ce qui aurait précipité la décision de certaines de la quitter peut-être prématurément. De plus, il est à rappeler que le fait de ne pas être appelée pour ces camps et ces amicaux ne signifie en aucun cas la fin d’une carrière. En voulant évaluer de nouvelles individualités, Ellis est en train de mettre en place une nouvelle formation qui mettra un certain temps avant de trouver son rythme de croisière, sa symbiose et surtout son délicat équilibre entre les cadres et les rookies.

Photo : Wilf Thorne/Houston Dash
Photo : Wilf Thorne/Houston Dash

Carli Lloyd, la co-capitaine de l’USWNT, s’est également exprimée chez espnW, sur les futures décisions de Jill Ellis  : “Je soutiens à 100% ce plan. Lorsque Jill a pris les rênes de l’équipe en 2015, ce n’était pas simple, il y avait beaucoup de pression sur nos épaules et sur les siennes. Il y avait ces vétérans, Abby, Rampone, Boxxy et ça a été un plaisir de pouvoir les saluer avec un titre de championnes du monde. Nous sommes concentrées sur l’échéance de la prochaine World Cup et les qualifications en 2018. Jill va devoir prendre des décisions difficiles. Si on se rend compte qu’une joueuse, peu importe son nombre de caps ou de buts inscrits, ne pourra pas être dans les rangs en 2019, elle ne fera pas la route avec nous. Ce qui importe, c’est la performance sur le terrain et pas le nombre de médailles accumulées. Jill a été claire avec moi : si je ne suis pas dans la performance, alors je serais benchée. J’ai beau être capitaine, ça ne change pas la manière dont je vais être traitée. Ca ne va pas être facile, loin de là.”

Tout le monde est logé à la même enseigne : à l’heure actuelle, ce qui ressort est qu’aucune joueuse de champ ne sera épargnée (le gestion des GK est encore quelque chose de différent suite au renvoi manu militari de Solo). On peut compter sur les américaines pour être reboostées par ce genre de propos, ce qui n’est pas le cas de tout le monde : si on prend Dunn et Long, elles aussi éloignées du groupe, leur retour et leur position presque inconstestable montrent que la détermination, notamment en ligue, ne compte pas pour du beurre. Et le grand ménage automnal a commencé :

Les poussées vers la sortie

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Photo : Isi Photo

Septembre 2016. Heather O’Reilly l’a compris. Celle qui a fait les beaux jours de l’USWNT, qui connaît Ellis depuis un moment – Ellis ne sort pas de nulle part, elle a le nez dans les affaires de l’USWNT, d’abord U21 puis U20 avant d’attaquer les seniors, depuis 2000 -, comprend qu’elle est éliminée. Poussée à être réserviste pendant les JO, capable de tenir encore 90 minutes et offrir des opportunités superbes à l’équipe nationale comme elle nous le prouve dans son match d’adieu, HAO préfère tirer sa révérence par elle-même plutôt qu’être virée. Elle faisait partie des dernières grandes vétérans.

Il est possible qu’Ali Krieger, FB starting de la World Cup, subisse le même sort, en dépit de ses performances régulières et sa mobilité jusqu’en milieu de terrain – et ses crosses. Entre le fait qu’elle n’ait pas été appelée pour ce camp et ses dernières déclarations concernant la NWSL – “Remporter un titre en NWSL avec le Spirit serait un des plus grands achèvements de ma carrière. Je prends le Spirit avec autant de sérieux que l’équipe nationale et elle compte autant pour moi que la WNT”, confie la capitaine rouge pendant la journée média de la finale du championnat – semblent aller dans cette direction.

Les effacées

Ce ne sera pas le sort de Whitney Engen. La center back des Boston Breakers a été remerciée le 2 octobre dernier, sur un coup de fil de Jill Ellis. C’est dur, c’est vrai. Quoiqu’on pense de la forme et du fond, c’est dur. Mais d’un point de vue très pragmatique, qu’avons-nous ? Une paire de center backs qui règnent sur le terrain, Sauerbrunn et Julie Johnston. Une autre center back frappe à la porte, et c’est Emily Sonnett, des Thorns, qui a su gagner en maturité et en confiance pendant toute sa saison avec les Thorns.

Whitney Engen, qui a publié une lettre déchirante à l’attention de ses fans, met sa carrière en suspend – et qui du coup, perd son allocation USSF, ce qui réduit comme peau de chagrin son salaire -, est une bosseuse. Elle qui avait récemment gagné du galon et des minutes au sein de l’USWNT ne semble pas faire partie, du moins pour le moment, du grand plan de Jill Ellis. En toute logique, c’est la partie “leadership” qui semble ici faire défaut à la défenseure. Trop humble et discrète, Whitney n’a pas su s’imposer au bon timing – c’est aussi le cas de Naeher et Harris durant l’ère Solo.

Les indésirables

1498542_630x354On n’ira pas par quatre chemins. Megan Rapinoe a été coupée du roster et cela n’a rien d’étonnant. Lloyd et Ellis se sont longuement entretenues avec elle, concernant ses “coups d’éclats” pendant l’hymne national. S’il y a une compréhension du problème soulevé par Pinoe par ce geste, il n’en reste pas moins que ce dernier est considéré comme une “distraction” par Lloyd. Et même si elles sont habituées à faire face à ce genre de situation – “nous sommes des pros, nous avons déjà fait face à ce genre de problème”, souligne Carli Lloyd -, l’équation se complique quand les fans et l’USSF s’en mêlent : ils sont nombreux à critiquer le geste et à critiquer la place de Pinoe au sein de l’équipe, avec ce geste qui est considéré comme une insulte au drapeau. En se concentrant sur ce geste – et les médias s’en donnent à coeur joie -, les fans ont sans doute précipité la décision d’Ellis.

Et c’est aussi logique d’un point de vue pragmatique, vu comme le retour de Pinoe pendant les JO suite à une longue blessure aux ACL n’a finalement pas apporté grand chose à l’équipe – HAO aurait été un meilleur choix.

C’est pour cela que nous ne verrons sans doute pas d’autres joueuses de l’USWNT ni de la NWSL prendre part aux protestations.

Les dépassées

On n’ira pas non plus par quatre chemins. Meghan Klingenberg et Alex Morgan sont sur le déclin depuis un moment. Morgan n’a plus sa finition clinique qui avait fait ses beaux jours en 2012, et c’est frustrant. Klingenberg a beau avoir des qualités offensives et défensives, elle est perdue dans la course – et ça a été criant lors de la demi-finale de la NWSL, pour ne citer qu’elle, battue à plate couture par l’attaque du WNY Flash -. Ca a coûté cher à Portland, et ça a coûté cher à l’USWNT.

On mise aussi sur une envie de se concentrer sur sa vie privée, concernant Alex Morgan. Ou un possible départ en Europe.

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Les interrogations

Et puis il y a celles qui sont absentes depuis un moment, Amy Rodriguez et Sydney Leroux. On ignore encore si elles souhaitent se battre à nouveau pour un spot, mais il est assez difficile de leur trouver une place dans le plan de Jill, surtout si ses essais sont concluants. Il reste trois ans avant France 2019. Leroux aura 29 ans, A-Rod 32. Le futur est incertain.

Johnston n’a plus grand chose à prouver et semble faire partie du plan “on expérimente de nouvelles individualités”. Son retour ne fait quasiment aucun doute, sauf si Sonnett lui vole son spot.

Le plus gros point d’interrogation réside dans Ali Krieger. Si cette dernière n’a aucune envie de raccrocher les crampons, qu’elle est capable de mener son équipe jusqu’à la finale de la NWSL, et qu’elle est aussi assez physique pour se fendre de sprints culminants à 37km/h, elle a été pas mal écartée pendant les JO – ce qui l’a motivée à se remettre le plus tôt possible au service du Spirit. Connaîtra-t-elle le même sort que Whitney Engen ? A suivre dans les prochains mois.

Conclusion

Ce nouveau roster rééquilibre le line up en fournissant des joueuses des Red Stars, du Dash et du Flash en masse. Ellis tient ses promesses de se nourrir de la NWSL ET des équipes universitaires, U17 et U21. L’heure du projet a sonné et il y a fort à penser que les prochains mois slash années seront riches en rebondissements de ce genre. Ainsi, le Spirit, plutôt désoeuvré dans ce roster avec comme unique représentante Crystal Dunn, pourrait avoir sa chance lorsque ses deux espoirs américains, Cali Farquharson et Cheyna Williams, blessées récemment, seront de retour. On se pose également la question de Christine Nairn, MVP du Spirit pour cette saison.

Cette équipe sera bancale, pendant un moment. Mais peut-être moins que 4 ans. Des joueuses devront partir. Le coeur des fans sera mis à l’épreuve, mais parfois, le changement a du bon. Mais comme on dit… Jill Ellis a un plan.

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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