Rio 2016 – Jour 2 : Hello darkness my old friend

Deuxième journée de compétition olympique à Rio avec des rencontres au sommet, une énorme claque, une balade un peu trop modeste et une frustration habituelle. Compte-rendu made in WoSo France.

NB : nous n’avons pas assisté à tous les matches.

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Canada – Zimbabwe

Les canadiennes avaient tout donné contre l’Australie, dans un match haletant qui avait vu les rouges de John Herdman s’en sortir 2-0 à la dernière minute sur un magnifique geste de Christine Sinclair à la 80′, s’envolant seule et battant avec sa nonchalance caractéristique la gardienne australienne et sa défense. Contre le Zimbabwe, qui s’était fait corriger par les allemandes de Silvia Neid, les canadiennes ne se sont pas foulées, sécurisant sans problème les trois points nécessaires à la qualification en quart de finale. Stéphanie Labbé, victime d’un claquage au match d’ouverture, s’est vue préservée par Herdman, cédant sa place à Sabrina D’Angelo, la gardienne du Western New York Flash. On attendait un affrontement physique à la limite du dangereux – le match d’ouverture du Zimbabwe avait vu la sortie en première période de l’allemande Simone Laudehr, sanctionnée par une déchirure d’un ligament à la cheville -. Le Zimbabwe reste dans un jeu beaucoup plus propre et posé que contre l’ogre allemand mais ne parvient pas à faire craquer la défense canadienne, encore une fois dominée par la patronne Buchanan, 20 ans au compteur.

Les canadiennes s’amusent. On sent que l’enjeu est tout à fait différent, Sinclair et Matheson viennent trouver le fond des filets mais sont signalées hors-jeu, et gardent le sourire. Les filles de Sinclair prennent leur pied, comme une dernière rencontre simple avant de passer aux choses sérieuses. Sur une très mauvaise sortie de la gardienne zimbabwéenne, DMath vient arracher le penalty, tiré cette fois par Christine Sinclair – les canadiennes préférant jouer la carte de la prudence, le dernier PK tiré par Beckie avait été raté -, qui vient creuser l’écart, déjà entamé par la jeune Janine Beckie, détenant le record du but inscrit le plus rapidement dans un tournoi olympique, et qui marque encore une fois sous la barre des 10 minutes de jeu. Elle inscrira d’ailleurs un doublé dans cette rencontre. Les combinaisons fonctionnent bien et la forme de Sinclair met au défi toutes les autres forwards de plus de 30 ans. Suivez mon regard.

Encore une fois, le Canada est au rendez-vous sans pour autant s’impliquer plus que cela – les allemandes avaient sanctionné bien plus lourdement le Zimbabwe, en entrant dans la compétition de manière éclatante. La seconde période est d’ailleurs marquée par une performance correcte quoique poussive de la part des canadiennes et une fébrilité zimbabwéenne qui ne parvient pas à conclure. Quelques cartons sont décernés, dont un pour Jessie Fleming, et un autre pour Kadeisha Buchanan. Le Canada devra donc se passer des services de la tourelle de défense pour le prochain match contre l’Allemagne, mais ce n’est pas grave, puisque les canadiennes sont d’ores et déjà qualifiées, ce qui permettra à Buchanan d’attaquer la seconde phase de Rio en toute sérénité.

Et le running gag du Zimbabwe, qui parvient à marquer sur une grossière erreur de D’Angelo, avec une très mauvaise sortie laissant le champ libre à l’outsider africain qui n’hésite pas et vient trouver le fond des filets. C’est Chirandu qui sera couronnée ce soir-là, dans un stade conquis par les zimbabwéenne, à la 86e minute.

Score final : Canada 3 – 1 Zimbabwe (Beckie 7′ 35′, Sinclair (PK 19′), Chirandu, 86′)


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Chine – Afrique du Sud

Les deux outsiders du groupe E. La Chine de Bruno Bini s’était pris une veste contre le Brésil, qui profite d’une lancée et d’une motivation à domicile plus que précieuse. Contre les sud-africaines, elles mettent le paquet. Les Banyana Banyana souffrent encore et toujours de ce même souci de vide offensif. Et pourtant elles restent courageuses. Ce sont deux équipes avec un fort potentiel défensif. L’une des deux a pu s’imposer avec ses efforts offensifs travaillés depuis septembre dernier, sous la houlette de l’entraîneur français, à la seconde période. En s’échauffant contre les plus grosses nations du monde et les clubs de D1F et de D2, la Chine a pu faire la différence. Et c’est sans compter l’extraordinaire but de Tan Ruyin, à la 86′, qui achèvera les sud-africaines. Au midfield, la chinoise tente sa chance. La balle s’envole et vient trouver le fond des cages, juste sous la transversale, devant une Roxanne Barker impuissante. Ca vous rappelle quelque chose ? Carli Lloyd a fait la même chose en finale de la World Cup. C’est toujours spectaculaire.

Score final : Chine 2 – 0 Afrique du Sud (Gu Yasha (46′), Tan Ruyin (86′))


13920011_1172656316110564_3444711094954652880_oAustralie – Allemagne (match non suivi)

Score final : Australie 2 – 2 Allemagne (Kerr (6′), Foord (45′) Daebritz (46′) Bartusiak (88′)


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Colombie – Nouvelle Zélande (match non suivi)

Score final : Colombie 0 – 1 Nouvelle-Zélande (Hearn, 31′)

Note : la capitaine et défenseure de la Nouvelle-Zélande (et du Western New York Flash) Abby Erceg s’est vu attribuer un carton rouge assez sévère et a fait appel. La FIFA a examiné son cas et a annulé sa suspension. Elle sera donc disponible pour le match contre la France.


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Brésil – Suède

On le savait, que les brésiliennes feraient tout pour exploiter la fièvre de ses propres supporters. On savait que Marta ferait tout pour briller, elle qui fait partie du panthéon des meilleures joueuses mondiales à encore fouler le terrain. On savait que la sélection brésilienne aborderait chaque match avec le même sérieux, face à des nations mineures comme des concurrentes majeures. Et elles l’ont prouvé contre la Chine. Mais contre la Suède de Pia Sundhage ? Celle que l’on pensait solide, disposant de bonnes joueuses qui ont su briller dans leur championnat respectif, avec une coach pourtant rompue à l’exercice olympique.

Et là, c’est la Bérézina. Des erreurs, une GK suédoise qui a dû compter les minutes jusqu’à la fin, impuissante derrière sa défense, encaissant assaut après assaut des brésiliennes, qui construisent bien, prennent le temps de mettre dans le vent quatre défenseures jaunes puis trouver tranquillement les filets. Cristiane en profite pour inscrire son 19e but olympique, ce qui fait d’elle une recordwoman, tandis que Beatriz et Marta s’offrent toutes deux un doublé paisible. Au-delà de la domination brésilienne, la grande interrogation porte sur la forme suédoise : après une victoire timide sur de farouches sud-africaines, la descente aux enfers débute pour les suédoises. Avec cette défaite cuisante – il faut attendre que la reine Lotta Schelin vienne sauver in extremis l’honneur à 86′ – elles sont troisième de leur groupe, derrière la Chine, qui a le même quota de résultat mais un goal average plus confortable. Se pourrait-il que les suédoises doivent faire leurs valises prématurément ? Réponse mardi prochain, contre la Chine.

Score final : Brésil 5 – 1 Suède (Béatriz (21′, 86′), Marta (PK , 44′, 80′) , Cristiane (24′))


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USA – France

On l’attendait cette rencontre. On l’attendait comme le messie. D’un côté, les championnes du monde, menées par Jill Ellis, qui nous ont habitués à une lente montée en puissance, offrant des matches sans grand attrait jusqu’au point d’orgue où elles explosent tout. Une équipe qui a subi un important turn over dans son effectif, perdant des joueuses au mental typiquement américain, capables de faire la différence sur le terrain comme du banc, et qui a lentement commencé une étrange transition, entre le pur physique traditionnel des stars and stripes et qui a fait les beaux jours de l’équipe et un aspect plus technique, que l’USWNT est allée piocher en Europe, en particulier en Allemagne et en France, un peu en Suède, et améliorant l’expérience des joueuses avec un staff européanisé, comme la préparatrice physique Dawn Scott – qui a travaillé notamment avec les Lionnesses – et le suédois Tony Gustavsson, et un environnement NWSL techniquement très varié. Et de l’autre, les reines incontestées de la technique, revenues in-extremis au top niveau juste avant Rio.

Avant toute chose, n’oublions pas que chez WoSo France, en regardant les différents matches, entre les amicaux, la SheBelieves Cup ou encore les matches de qualifications pour l’UEFA Euro 2017, on n’aurait pas donné ses chances aux Bleues comme on leur donne volontiers aujourd’hui. Mais les derniers matches, notamment contre l’Ukraine, la Chine et le Canada, ont largement renversé la vapeur. On en est presque à oublier notre méfiance concernant la domination PSG/OL dans l’effectif – enfin, surtout OL -. Ou à oublier l’absence de Gaetane Thiney. Ainsi que celles de Laure Boulleau et Laura Georges dans la défense. Et on doit l’admettre : les françaises ont les épaules pour aller décrocher au moins une médaille, si ce n’est l’or olympique, à Rio. Parce qu’elles sont techniques et que jusqu’ici, la technique avait plus de chance de triompher du physique que l’inverse. Parce qu’elles ont aussi Camille Abily et Amel Majri. Et Abily, dès qu’il faut être présente pour tirer un coup franc de l’enfer, elle est présente. Et elles ont Thomis, qui court plus vite que n’importe qui sur le terrain – sauf Ali Krieger peut-être. Alors, pour USA v. France, on n’était pas sûr du pronostic. On se serait volontiers avancé sur un 1-0 en faveur des USA.

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Parce qu’en dépit de toutes ces qualités, de ce sens du collectif retrouvé à la dernière seconde et au plaisir de regarder les Bleues jouer, il y a toujours ce potentiel problème, qui a été celui de la France depuis l’éviction de Thiney – et peut-être le match même, ce terrible quart de finale contre l’Allemagne dont plus personne ne veut parler -, de ne pas parvenir à finir les actions. D’avoir une sorte de poisse, une sorte de moment de flottement devant les buts, alors qu’il faudrait simplement laisser son cerveau de côté et tirer. La volonté aussi de ne rien lâcher et se battre. Jusqu’au bout. D’avoir cette mentalité d’acier d’y croire jusqu’à la dernière seconde et avoir assez de réalisme pour aller jusqu’au bout. “All it takes is one“, comme disait Abby. Il suffit d’un seul but. Et souvent, l’unique but, il est américain.

Et encore une fois, le scénario reste le même, comme un énième réchauffé au goût désagréable, même si on est super excité à l’idée de déguster le plat. C’est exactement pareil. La France est exemplaire. La France est dominatrice, farouche, agressive, elle mène le jeu pendant la première période, écrasant des américaines qui se laissent manger sur les ailes. Whitney Engen, qui a remplacé Julie Johnston, souffrant de blessure mineure, se couple avec Sauerbrunn pour tenir la backline et gagne ses galons ce soir-là.

Pendant un long moment, le match pourrait se résumer par “France v. Hope Solo”, tant la portière américaine livre une performance impeccable – et quand elle “rate” sa sortie, elle se remet directement en place. Encore une fois sous les huées de la foule, la meilleure gardienne du monde démontre encore à qui en aurait besoin pourquoi on l’appelle ainsi. Et il y en a des duels. Des occasions tricolores. Solo reste ce mur imperturbable, qui fonctionne très bien avec la transversale et les poteaux, de quoi rendre folle n’importe quelle joueuse de l’équipe de France, à commencer par Marie-Laure Délie, en grande forme ce soir-là, sans parvenir à marquer.

13938443_10154154731983941_3214965994111991039_nPuis vient la mi-temps. On ignore ce qui s’est dit pendant la mi-temps. Mais cela a été suffisant pour que les US reprennent gentiment la main et imposent leur loi, saisissant les françaises par un changement de rythme. Certes, elles se reprendront. Mais il aura fallu de longues minutes. Ce qui est suffisant pour les US.

Trois noms à retenir du côté US, ce soir-là. Hope Solo, Carli Lloyd, et Tobin Heath. 

On a déjà parlé de la portière américaine, Hope Solo l’imperturbable et sa resting pitch face. Mais parlons de Tobin Heath. Tobin la sous-évaluée. Tobin la génie américaine, qui a pris beaucoup de galon en très peu de temps, notamment chez les Thorns, qu’elle a capitainé pendant l’absence de la reine Sinclair. Tobs et sa magie. Ses mouvements défensifs, son génie pour trouver sa place et surtout s’en ménager une dans un mouchoir de poche, elle n’a fait que briller contre la France, tenant le milieu de terrain à elle seule et ménageant des occasions. Un problème avec des défenseures ? Appelez Heath. Besoin de poser le jeu et le relancer ? Call Tobs. Son habilité à être imprévisible a rendu folles les Bleues. Jusqu’à la 46′. Et c’est là où intervient la dernière actrice de cette pièce dramatique haletante.

Tobs profite d’un trou dans la défense française et s’y engouffre sans aucune seconde pensée. Elle tire, un beau tir enroulé qui aurait pu finir dans les filets. Sarah Bouhaddi veille et dévie le tir en catastrophe, mais sur le poteau. Et là, devinez qui arrive. Le renard des surfaces, toujours à l’affût. Les japonaises lui avaient donné deux grosses occasions. Elle ne les a jamais laissées passer. Carli Lloyd était là, celle qui s’est fait oublier avec une performance moyenne en midfield tout le long du match. Mais quand il faut saisir sa chance et tirer, elle est là. Que ça rentre ou non. 1-0. On a gagné 10 balles avec nous-mêmes. C’est frustrant mais pas étonnant.

Et c’est là toute la différence entre les USA et la France. Certains boudent sur Twitter en accusant Lloyd d’avoir eu de la chance. Certes, le dégagement dans l’axe n’est jamais une bonne idée. Mais le fait de se retrouver au bon endroit et au bon moment, ce n’est pas de la chance. Voir un ballon arriver et ne pas se poser de question avant de l’envoyer au fond des filets, ce n’est pas de la chance. C’est avoir la bonne position et le bon instinct au bon moment. Ce n’est pas de la chance. C’est une mentalité. Evaluer en quelques secondes s’il y a trop de défenseures ou non, s’il est possible de tenter quelque chose, ce n’est pas de la chance, c’est de la volonté d’y croire, même si parfois, le tir passe à 40 mètres au-dessus de la transversale.

13880257_10154154731853941_6024515791013814591_nAlors oui, c’est dur pour les Bleues, qui se sont battues comme des diables ce soir-là, tandis que les USA ont livré une performance moyenne. C’est dur parce qu’elles méritaient d’arracher le nul. Les deux équipes le méritaient. Elles se valent. Parce qu’on a certes trouvé le point d’équilibre parfait entre la technique et le physique et que l’issue du match a été floue jusqu’à ce que le mental américain fasse la différence. Mais c’est aussi une éducation française à revoir. Douter, se remettre en question, quelques secondes de confusion suffisent pour que l’occasion passe – un peu comme lorsqu’Alex Morgan a centré après que Sarah Bouhaddi a fait sa sortie plus que maladroite et dangereuse, désertant ses cages dans l’espoir de dribler l’américaine, qui en a vu d’autre. Les USA sont restées pantoises et n’ont pas creusé l’écart en dépit de cette occasion en platine orné d’or -. Cette mentalité de ne pas partir gagnantes jusqu’à ce qu’on soit sûres à 100%, on nous l’apprend dès l’école. On a atteint la limite de la technique.

Pour autant, Jill Ellis reste pragmatique : elle sait que l’USWNT n’a pas joué son meilleur football ce soir-là. Là où les journalistes lui parlent de la finale, elle reprend la bride en soulignant que c’est encore beaucoup trop tôt pour se prononcer. Qu’elles sont encore en train de tester des choses. C’est un peu compliqué quand on sait que les quarts de finale, c’est ce vendredi. Les US sont qualifiés grâce à ce match

Ce soir-là à Belo Horizonte, c’était la guerre. Et s’il y a bien une chose que l’on doit retenir de la guerre, c’est qu’elle ne change jamais.

Side notes : 2,9 millions de spectateurs étaient branchés sur NBCSN pour assister à la victoire des USA.

Ali Krieger et Whitney Engen ont fait leurs débuts olympiques pendant ce match.

Score final : USA 1 – 0 France (Lloyd, 46′)


Prochain rendez-vous mardi pour Canada – Allemagne, à suivre sur Twitter !

Photos : FIFA/Getty Images

Photos : US Soccer Federation/Getty Images

Photos : Robert Cianflone – FIFA/FIFA via Getty Images

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