Rio 2016 : Jour 1 – des records, une veste et une blague qui ne passe pas

On y est. Rio, sa ferveur. L’âme brésilienne qui vibre pour le foot. Elles sont là, les heureuses élues, qui défendront leurs couleurs et se battront pour l’or Olympique si convoité. Trois groupes, trois sites différents. Rio, Sao Paulo et Belo Horizonte, où les américaines affrontent leurs concurrentes pendant la phase de groupe. Fun fact, le tournoi olympique permettra à quelques vieilles connaissances de NWSL de se retrouver, le temps d’une rencontre. Résumé de cette première journée de compétition.

Note : nous n’avons pas assisté à tous les matches, notamment celui de la France.

Le but de Fischer sur une erreur de la GK sud-africaine (FIFA)
Le but de Fischer sur une erreur de la GK sud-africaine (FIFA)

Olympic Stadium, Rio de Janeiro, 18h00 heure française : Suède v. Afrique du Sud

Les Banyana Banyana, sous la houlette de Janine Van Wyk, 28 ans, joueuse la plus capée d’Afrique du Sud, hommes et femmes confondus, avaient créé la surprise contre les USA, dans le dernier match de préparation pour Rio. A la sélection étoilée, elles avaient opposé une farouche résistance, n’octroyant qu’un seul but durant toute la rencontre. Certes, les américaines avaient une petite forme ce jour-là, assez inquiétante à la veille de la compétition, mais il n’en reste pas moins que l’outsider africain n’a pas démérité. En guise d’inauguration du tournoi olympique, elles affrontent des vétérans du football mondial, chaperonnés par une coach rodée à l’exercice, Pia Sundhage, qui avait mené les américaines à la victoire à Londres, en 2012. Des suédoises qui se font les dents dans leur propre ligue pro, en Angleterre mais également en France. Et pour une introduction, on a pu assister à un match désagréablement surprenant de la part des suédoises : les sud-africaines confirment ce qu’on avait vu aux US, à savoir une excellente défense mais une ligne de front très faible, incapable de mettre en danger la portière suédoise. Encore une fois, Van Wyk et sa backline brillent, tandis qu’il faudra une erreur de la gardienne, Roxanne Barker, pour que le ballon trouve le filet. Il faudra attendre pour cela une deuxième mi-temps poussive pour que Nilla Fischer parvienne à finaliser l’action. Les suédoises sont à la ramasse et se montrent bien moins combatives que prévu.

Une défaite n’est pas significative à ce stade du jeu, d’autant que l’écart accordé n’est que d’un but. Les sud-africaines, qui n’ont évidemment pas le même objectif que les suédoises avec leur deuxième qualification dans un tournoi olympique, peuvent repartir la tête haute et se préparer pour le reste de l’affrontement, tandis que les suédoises devront se mettre au travail pour être capable de rivaliser avec les plus grandes nations.

Score final : Suède 1 – 0 Afrique du Sud (Fischer, 76′)

Beckie s'offre le but le plus rapidement marqué de l'histoire du tournoi olympique (FIFA)
Beckie s’offre le but le plus rapidement marqué de l’histoire du tournoi olympique (FIFA)

Arena Corinthians, Sao Paulo, 20h00 heure française : Canada v. Australie

Les Matildas reviennent de loin : en grève en fin d’année pour protester contre leur fédération, elles n’avaient pas pu participer au Victory Tour américain, remplacées au pied levé par les haïtiennes. Après avoir trouvé un compromis, elles retournent abattre leur travail et la tâche est grande : remporter un ticket pour Rio lors du tournoi de qualification de l’AFC. Il faut se frotter à l’élite des équipes asiatiques, les ex-championnes du monde japonaises en tête. Et pourtant, les australiennes – dont certaines partagent leur temps entre la NWSL et la W-League nationale – offrent leur meilleur jour, écrasant toutes les nations jusqu’à défaire en finale la Chine de Bruno Bini, autre question mark du tournoi olympique. On le sait, les australiennes ont faim et disposent de joueuses talentueuses qui leur donnent les moyens de leurs ambitions.

John Herdman, CANWNT head coach (FIFA/FIFA Getty Images)
John Herdman, CANWNT head coach (FIFA/FIFA Getty Images)

En face, les canadiennes de l’anglais John Herdman, menées par Christine Sinclair. Une squad équilibrée, faites des vétérans comme Sinclair, Schmidt ou encore Matheson, du Washington Spirit, des valeurs sûres sur le terrain, mais aussi de petites jeunes comme Janine Beckie, la talentueuse Jessie Fleming, 18 ans, Kadeisha Buchanan, 21 ans, Ashley Lawrence ou encore Rebecca Quinn, 20 ans au compteur. Si Buchanan aura été une vraie taulière dans la défense, confirmant sans forcer son statut de tourelle défensive, Quinn sera sa sentinelle.

Le match Canada v Australie est de loin le plus haletant des rencontres auxquelles nous avons pu assister ce jour-là, et même depuis un certain temps. Si la squad à la feuille d’érable n’avait pas été concluante pendant son excursion en France, offrant un match plutôt pauvre contre la Chine et une courte défaite pour une meilleure performance contre la France, elle s’est largement rattrapée pendant ce match, rappelant la mentalité nord-américaine typique : on ne lâche rien, peu importe les obstacles, peu importe le prix à payer. Et si tout commençait de la meilleure des manières pour le Canada, le match n’a pas été tout rose. Dès les premières secondes, les canadiennes volent l’engagement de l’Australie grâce au talent de Sinclair, plus à l’aise dans un rôle de midfielder officieuse que de forward, qui sert parfaitement la jeune Beckie et ouvre le score à 1′ de jeu. Plus précisément à la 20e seconde, sacrant Beckie comme la buteuse la plus rapide de l’histoire des Jeux Olympiques – elle succède à un record de 30 secondes -.

Mais le Canada et l’Australie souffrent d’un syndrome “à l’américaine” : si elles sont extrêmement physiques, elles sont en revanche très pauvres techniquement. Et c’est là le danger. Les fautes pleuvent dans des endroits dangereux et dès la 18e minute, la défenseure du Spirit Shelina Zadorsky se voit décerner un très – trop – sévère carton rouge sur un foul sur la très agressive forward Michelle Heyman, réduisant l’équipe à 10 joueuses sur le terrain. Les Australiennes ne se font pas prier pour renverser la vapeur et Labbé, la portière du Spirit, donne quelques frayeurs aux canadiennes. Heureusement, Buchanan veille, bientôt rejointe par Rebecca Quinn pour soulager la perte de Zadorsky dans la backline, quitte à se défaire de Mélissa Tancredi et perdre de la force en attaque. Elles se feront patiente, sans jamais perdre leur aspect agressif, là où d’autres se seraient contenter d’accepter le but d’avance pour garer la défense et tenter de tenir le coup jusqu’à le coup de sifflet final. Les commentateurs sur France 4 s’enflamment pour l’Australie, qui attaque sans relâche, sous une Michelle Heyman en feu : “ça va rentrer, ça va finir par rentrer”. En attendant, ce n’est pas cadré et si certains gestes défensifs relèvent du sacrifice chez les canadiennes, elles tiennent le coup.

Et le miracle canadien opère à la seconde mi-temps. Matheson, la milieu du Washington Spirit, couvre toute la surface de sa présence, tandis que la backline se réorganise. Ashley Lawrence, la talentueuse 10 d’Herdman, jouera en rightback. Les canadiennes ne lâchent pas un centimètre de terrain, vont presser haut, déconcertant les australiennes. Puis, elles finissent par reprendre la main et ratent plusieurs belles occasions, dont un PK arrêté par Lydia Williams, tiré par Beckie. La lutte est farouche, les corps à corps passionnés, les cartons pleuvent et les esprits s’échauffent, notamment chez les australiennes.

La libération canadienne et une Sinclair hors d'elle (FIFA/Getty Images)
La libération canadienne et une Sinclair hors d’elle (FIFA/Getty Images)

Puis, le véritable miracle. Buchanan intercepte en se jetant à genoux la cavalcade australienne et c’est Jessie Fleming qui vient servir le forward. Christine Sinclair, 33 ans, l’âge du Christ. Mais c’est en Moïse qu’elle va fendre la défense australienne dans un sprint majestueux qui laisse Lydia Williams sur le carreau et deux défenseures pour tenter de stopper la machine infernale, deuxième meilleure buteuse du monde. Il y a des éclairs dans le regard de Sincy – qui a vu les JO de Londres ne peut que se souvenir de cette rage, cet état de possession, quand Sincy est sur l’affaire -. Il y a presque une certaine nonchalance dans le lobe qu’elle met à la défenseure australienne. Mais ce n’est rien comparé à l’explosion de joie de la capitaine rouge. 167 buts pour Sincy, à la 80′ minute et de la plus élégante des façons.

A la conclusion de ce match, un affrontement passionné et ardent, stressant jusqu’à la 80′ minute. Si la réorganisation a été solide du côté canadien, les australiennes avaient largement les moyens d’égaliser voire de s’envoler. Reste qu’à 10 sur le terrain, les canadiennes entrent en compétition de manière éclatante.

Score final : Canada 2 – 0 Australie (Beckie, 1′, Sinclair, 80′)

La Chine de Bini juste avant le coup d'envoi (FIFA)
La Chine de Bini juste avant le coup d’envoi (FIFA)

Estadio Joao Havelange, Rio De Janeiro, 21h00 heure française : Brésil v. Chine (non suivi)

Score final : Brésil 3 – 0 Chine (Monica, 36′, Andressa Alves 59′, Christiane, 90′)

La punition infligée par l'Allemagne au Zimbabwe restera mémorable (FIFA)
La punition infligée par l’Allemagne au Zimbabwe restera mémorable (FIFA)

Arena Corinthians, Sao Paulo, 22h00 heure française : Zimbabwe v. Allemagne (non suivi)

Score final : Zimbabwe 1 – 6 Allemagne (Basopo, 50′; Daebritz, 22′, Popp, 36′, Behringer, 53′, 78′, Leupolz, 83′, Chibanda, 90′ (OG))

Injury report : grande question sur l’état de la cheville de Simone Laudehr, violemment taclée en première mi-temps. D’après Die Welt, la midfielder s’est déchiré un ligament. La DFB se prononcera dans les prochains jours, selon le processus de guérison – ou non – de Laudehr.

Carli Lloyd célébrant son but (Getty Images)
Carli Lloyd célébrant son but (Getty Images)

Estadio Mineirao, Belo Horizonte, 00h00 heure française : USA v Nouvelle-Zélande

On les connait, ces affrontements physiques. Et on attend Jill Ellis au tournant, bien sûr. Avec son habituel détachement, la coach de l’USWNT poursuit ses expérimentations et se repose sur ses acquis. Les américaines se sont améliorées sur le point de vue technique sans pour autant pouvoir rivaliser avec les grosses nations européennes. En alignant Tobin Heath et Morgan Brian, toutes deux préservées récemment suite à des blessures mineures, Ellis fait un pari. Un pari gagnant, surtout pour Tobin Heath, qui ne cesse de prendre de l’assurance et de l’importance au sein de l’équipe. Ses compétences de dribble sont décisives pour l’USWNT et c’est elle qui brillera, autant offensivement que défensivement. Si Carli Lloyd ouvre le score à la 9′ sur une belle tête et un joli petit filet, elle s’éteindra pendant la suite du match. Les néo-zélandaises sont très physiques, très dans la provocation, sans pour autant parvenir à renverser la vapeur. Bourré de fautes, le match offre un rythme haché, qui permet à chaque bloc de se replacer tranquillement. La construction américaine, beaucoup plus lente qu’à l’accoutumée, ne parvient pourtant pas à se créer de réelles occasions.

Il faut attendre la seconde période pour que la situation se débloque, avec un but à la 46′ inscrit à une Morgan qui se réveille et vient chercher l’ouverture dans un mouchoir de poche. Avec ce 2-0 confortable, le jeu ne se réveille pas plus, d’un côté comme de l’autre, engendrant la frustration. L’arrivée de Lindsey Horan dans le midfield, apportant une technique plus audacieuse que ses comparses, fera une légère différence sans que cela ne soit décisif. Déception du côté de Mallory Pugh (aka Mallory Peug pour les intimes français) qui ne se montre pas sous son meilleur jour alors que bien des espoirs offensifs reposent sur sa jeunesse et son sang-froid. Globalement, à part Tobin Heath et Press en deuxième mi-temps, il n’y a pas grand chose d’exceptionnel qui est ressorti des américaines.

Les championnes du monde ne font pas un match extraordinaire, à Belo Horizonte. Elles font le job sans parvenir à éliminer les déchets. Si la victoire compte bien sûr, ce n’est pas ce que l’on retiendra de plus. Ce que l’on retiendra plus, ce sont les sifflets, les huées, puis les chants hostiles à l’égard de la portière américaine, Hope Solo. On reviendra sur cet épisode dans un article ultérieur, mais il est clair que sa blague sur Zika – Solo a posté des photos d’une cargaison incroyable d’anti-moustiques – n’est pas très bien passé auprès des supporters brésiliens qui montrent une réelle volonté de poursuivre les insultes à l’égard de Solo. Affaire à suivre.

Score final : USA 2 – 0 Nouvelle-Zélande (Lloyd, 9′, Morgan, 46′)

France v Colombie (FIFA)
France v Colombie (FIFA)

Estadio Mineirao, Belo Horizonte, 02h00 heure française : France v Colombie (non suivi)

Score final : France 4 – 0 Colombie (Toppel (OG), 2′, Le Sommer, 14′, Abily, 42′, Majri, 82′)

 

 

 

 

 

 

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