[Portrait du Grand Nord] Geneviève Richard, un peu de Belle Province en Provence

On parle souvent des internationales qui viennent jouer en France. Il y a aussi des joueuses qui ne sont pas nécessairement en équipe nationale mais qui tente toutefois l’aventure, à la recherche de nouveaux challenges pour faire progresser leur carrière et enrichir leur culture. Geneviève Richard fait partie de ces joueuses.

Une canadienne à l’OM

Venue tout droit de la Belle Province, le Québec, après avoir passé quelques temps au Japon, Geneviève Richard a choisi les couleurs de l’OM pour ses débuts en France. Après le départ de Pauline Peyraud-Magnin à l’OL, c’est elle qui prend la suite et chausse les gants.

Tout a commencé dans la banlieue de Montréal. Geneviève commence le soccer à l’âge de 4 ans, avec une volonté parentale de découvrir le sport. A l’époque, elle fait aussi du basketball. Comme beaucoup de gardiennes, comme Hope Solo ou Nadine Angerer, elle est d’abord joueuse de champ avant de s’essayer aux cages. “J’étais visiblement meilleure dans les buts”, s’amuse Geneviève. Mais en réalité, ce n’est pas tant son manque de compétences en tant que joueuse de champ que ses grandes qualités en tant que goalkeeper qui la destinent à ce poste. Elle finit par se concentrer uniquement sur le soccer, à cause d’un emploi du temps incompatible avec ses études.

Elle progresse dans les équipes québécoises pour finalement décrocher un billet à l’université du Wisconsin. Mais la culture physique américaine ne convient pas à Richard, alors que la plupart de ses compatriotes choisissent soit d’abandonner leur carrière de soccer une fois leurs études universitaires achevées pour pouvoir sécuriser une qualité de vie, ou, pour les meilleures, restent aux USA en NWSL. Elle décide de s’envoler au Japon, où elle sera baignée dans une culture différente, empreinte d’une discipline de fer. C’est la saison dernière qu’elle reçoit une offre pour la Provence. “Ce qui est à savoir c’est que le Québec, contrairement aux autres provinces anglophones du Canada, a conservé un football plus technique, à la Française.” Cela demande un certain apprentissage, mais en sortant d’un challenge asiatique, Geneviève est prête. “Pendant toute cette saison, en dépit du résultat, j’ai énormément appris. Auprès du club, des joueuses, je pense que c’est important d’aller chercher de l’expérience pour ensuite la ramener au Canada. Des joueuses comme Ashley Lawrence et Kadeisha Buchanan ont eu raison de venir après l’université en France pour se confronter au niveau de la D1 Féminine : leur impact en équipe national a été vite remarqué.” En dépit des kilomètres, Geneviève a toujours les yeux sur le Canada. D’ailleurs, son meilleur souvenir – jusqu’à présent, à 24 ans, la gardienne québécoise a encore de beaux jours devant elle -, c’est entendre pour la première fois l’hymne canadien en tant que titulaire, avec la foule, l’ambiance, les maillots écarlates sur leurs épaules. Parmi les joueuses qu’elle admire, on retrouve Erin McLeod, Stéphanie Labbé, Christine Sinclair, bien sûr, mais aussi Dzsenifer Maroszan, avec qui elle a pu jouer, étant plus jeune.

Un oeil sur le développement canadien

Mais au-delà d’une joueuse qui s’entraîne chaque jour à repousser ses limites, la québécoise garde un oeil sur le développement du football féminin, notamment sur le territoire national. “La Coupe du Monde 2015 a été un succès pour le Canada et cela a montré qu’il y avait un véritable engouement pour le football féminin. Et pourtant, il n’existe aucune ligue élite féminine domestique. Le problème du pays n’est pas de manquer de talents, bien au contraire.” Le Canada, comme les Etats-Unis, encourage la pratique de plusieurs sports dès le plus jeune âge. Des campagnes publicitaires sont d’ailleurs menées pour mettre l’accent sur la pratique sportive et ses bénéfices, en termes de leadership et de confiance en soi. Et même si les universités sont bien plus abordables qu’aux Etats-Unis, le sport est une clé pour accéder à l’éducation supérieure. La pratique du football au haut-niveau est un incontournable pour accéder aux plus prestigieuses universités sur le sol américain – quand on sait que les tarifs peuvent monter jusqu’à 60 000 dollars à l’année – et c’est en effet quelque chose de fortement encourageant pour les jeunes filles. “De plus, le programme EXCEL porte ses fruits et le soccer progresse à travers le pays”. D’ailleurs, l’Ontario est le premier vivier de joueuses d’exception, sur l’immense territoire canadien. “Le véritable problème, c’est que les filles pratiquent le football pour atteindre un certain degré  d’éducation et qu’il est difficile de poursuivre une carrière sportive de front. C’est compréhensible de vouloir sécuriser un avenir et de devoir mettre de côté le soccer, même si c’est un choix difficile. On ne parvient pas à capitaliser et retenir les joueuses au Canada et c’est impérativement une chose sur laquelle on se doit de travailler, sans quoi on ne pourra pas progresser au niveau de l’équipe nationale.” Et cela commence par créer une ligue élite au Canada ou faire entrer des équipes existantes en NWSL. Les Vancouver Whitecaps, le Toronto FC et l’Impact de Montréal feraient sens et ce serait un début. On l’a vu avec la Coupe du Monde 2015 qui a battu tous les records : il y a un vrai engouement au Canada pour le soccer féminin.” Et on aurait hâte de voir des joueuses canadiennes évoluer sur la pelouse du BMO Field.

Merci à Geneviève Richard et Simon Richard pour leur disponibilité.

Crédits Images : Olympique de Marseille

 

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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