NWSL – In the Name of the Spirit

Germantown, Maryland. A une heure de Washington DC, un petit patelin tranquille, typique des US. Home of the Washington Spirit. En général, entre les cris des jeunes qui s’entraînent au foot et les oiseaux qui piaillent, c’est plutôt calme. Il y a bien de temps en temps des bruits assourdissants de tambours et des chants hurlés des tribunes pour soutenir l’équipe locale, mais franchement, on est loin de la fièvre de Portland. Et pourtant, un drame est en train de se dérouler, sur la pelouse du Maryland SoccerPlex.

Dans nos colonnes, il y a presque un an maintenant, Ali Krieger, l’emblématique capitaine des rouges et bleus, nous confiait sa fierté d’appartenir à l’équipe du Spirit. De pouvoir jouer devant sa famille et ses amis. On imagine le bien que cela doit faire, après avoir passé plus de 5 ans dans un pays étranger, l’Allemagne, où la défenseure de l’USWNT a décroché des titres prestigieux. On se souvient de sa fierté, pour chacune de ses coéquipières, l’honneur de pouvoir évoluer avec elles. Et surtout l’honneur de pouvoir jouer pour les fans du Spirit, à commencer par le Spirit Squadron.

Et quelle saison. Capitaine Krieger a beau s’être absentée pour les JO – en même temps que Diana Matheson, Stéphanie Labbé, Shelina Zadorsky, ses équipières canadiennes, et Crystal Dunn -, c’est la première à se précipiter sur le terrain pour mener son équipe à la victoire, contre le Houston Dash, peu de temps après la catastrophique campagne olympique de l’USWNT. On se souvient aussi de sa joie, authentique, lorsqu’elle marque contre le Chicago Red Stars, en demi-finale de la NWSL, rapprochant de plus en plus les filles en rouge d’une qualification historique en finale du championnat. Elle qui avait dû s’excuser de manquer les play-offs l’année passée, pour raisons personnelles, elle qui avait regardé son équipe s’éteindre contre le Seattle Reign, avec une Ashlyn Harris majestueuse mais néanmoins impuissante, allait couronner ses joueuses du plus beau titre du championnat, alors que quelques matches avant, le bouclier de la NWSL leur avait échappé. C’était presque écrit, le beau conte de fée. D’ailleurs, Krieger n’hésite pas à confier à qui veut l’entendre qu’elle prend le titre de la NWSL avec autant de sérieux qu’un titre olympique voire mondial. C’est ce qui manque à sa collection.

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Mais horreur et damnation, le Western New York Flash dérobe, dans une finale frustrante à défaut d’être haletante, le titre tant convoité que Krieger touchait du doigt. La capitaine du Spirit tombe sur la pelouse, en larmes, tandis que Diana Matheson, la solide midfielder, et Kelsey Wys, la malheureuse gardienne, tentent de la consoler. L’image est rude. Elle laisse le Spirit Squadron sans voix, auprès des Portland Riveters, qui les ont rejoint au BBVA Compass Stadium.

Pour être honnête, le Washington Spirit a montré une grande solidité, abordant un jeu presque plus européen, moins axé sur le physique et la rapidité d’exécution que ce que le Flash a opposé. Alors que la saison précédente avait été catastrophique, il était plaisant de voir comment les joueuses étaient désormais connectées en symbiose, entre les rookies et les vétérans. Tout allait pour le mieux. Et on imaginait fort aisément Krieger raccrocher les crampons d’ici quelques années à DC. C’était écrit, bordel.

Et là coup de théâtre. Alors que l’offseason débute – laborieuse période de 6 mois où les transferts vont bon train pour préparer les différentes drafts et la reprise du championnat -, Dan Lauletta balance une bombe : Krieger serait en train d’être trade à l’intérieur même du championnat.

D’une, on se dit que ce n’est pas possible : le seul véritable transfert valable – et presque attendu – serait en Frauen Bundesliga pendant l’offseason. Et de deux, on se dit que c’est Dan Lauletta, sorte de Dieu à la parole performative de la NWSL, et que s’il dit un truc, c’est que malheureusement, ça finit par se confirmer. On a très envie que ça ne se produise pas. Ce serait en fait, une trahison. Krieger ne s’est jamais cachée d’être quelqu’un de fidèle, qui ne partirait sous aucun prétexte. Elle sait aussi qu’au-delà d’être le moteur de l’équipe, elle est un argument marketing qui brasse énormément de fans dans le SoccerPlex, qui est un endroit difficile d’accès pour tous ceux qui habitent DC et là – cette blague est désormais interdite par la convention de Genève -.

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Krieger contre-attaque dans un tweet lapidaire à l’attention de ceux qui mettraient en doute la bonne foi de la jeune femme, tandis que tout l’internet du soccer féminin pète un plomb et commence à l’insulter et surtout à spéculer sur l’équipe où elle va partir – parce qu’au fond, tout le monde pense que c’est de son plein grès et qu’elle a demandé à quitter le DMV. L’équipe qui s’impose dans toutes les spéculations est bien sûr l’Orlando Pride, pour des raisons qui sont évidentes aux yeux des fans.

Les esprits s’échauffent, le Spirit Squadron se sent lésé et toujours rien du côté du Spirit. Les jours passent jusqu’à ce que – surprise – l’Orlando Pride annonce l’acquisition de la capitaine du Spirit. Toujours rien du côté du Spirit ni du côté de Krieger. Il se murmure, cette fois via les grands médias comme l’Orlando Sentinel, que Krieger n’a pas été prévenue par le Spirit mais par la Pride (!).

Les théories s’effondrent, on peut presque sentir un instant de soulagement, court répit avant la réalisation : le Washington Spirit vient de trade sa capitaine, olympienne, championne du monde et allocated player phare, Alexandra Blaire Krieger. Qui pour la remplacer ? Quels sont les termes de l’échange ? Le vide est vertigineux.

La réponse arrive bien vite : contre rien. Contre un pick pour la draft des agents libres de la NWSL, celui de l’Orlando Pride, une draft qui n’a profité à pas grand monde la saison passée. Et… Et c’est tout. Incompréhension au Plex. Peu de joueuses s’expriment, si ce n’est Christine Nairn, qui semble déjà ailleurs, mais nous y reviendrons.

Krieger brise la glace, dans un article classy et professionnel as usual. Elle y remercie ses fans, le Spirit Squadron, tous ceux qui l’ont soutenue pendant la grande aventure dans le Maryland. C’est déchirant, c’est du grand Krieger, c’est quand même prévisible. Ce qui reste imprévisible, c’est la mention finale, qui fait état de la surprise de Krieger elle-même, face à cette nouvelle. La défenseure de 32 ans n’a donc pas été prévenue de son trade. Nouveau coup de théâtre. Elle n’est que l’objet de la volonté du club. Qui a donc décidé de l’échanger contre du grand rien, on le rappelle.

Ever since I was a little girl, I have dreamed of playing professional football for my city and my hometown in front of my friends and family, and possibly retiring in Washington, D.C. I have always wanted to grow the game and ultimately bring a Championship to the city that I call home. Despite falling short of that goal, I gave this city and club everything and I have no regrets. Although the Washington Spirit’s decision to trade me comes as a surprise, I remain very grateful for the opportunity to play professional soccer in my hometown for the past four years, and I want to thank the Washington Spirit organization for that chance. I do think change can be a good thing, especially at this point in my football career. Being too consistent and comfortable in a certain space can be detrimental to personal growth so I must embrace this next opportunity. To all of my wonderful fans, I truly appreciate your continuous love and support in following my football career. Specifically to the Washington Spirit fans, especially the Spirit Squadron — Thank You! I will always hold a special place in my heart for each of you and please keep crushing the game! I sincerely appreciate the efforts of the Washington Spirit staff and volunteers who put in countless hours to support the team. Thank you to each of my coaches during my time in Washington. I wish you all the best and carry your lessons with me. Most importantly, I want to thank all of the teammates I had during my time here. You are all incredible women and deserve nothing but the best. Thank you to this year’s team for an unforgettable winning season and an undeniable team chemistry that I will cherish forever. I will miss you all tremendously, and I respect each and every one of you! #BOAB #AnklesWoke Finally, to the DMV, this is not the end. I will stay very engaged in the DC soccer community to continue to grow the beautiful game in my hometown. I’m very excited for my new journey! Ali

A photo posted by Ali Krieger (@akrieger11) on

Une semaine plus tard – on a à peine le temps de sécher nos larmes – que Christine Nairn, l’autre capitaine, fait ses valises et reprend sa place au sein du Seattle Reign. Une autre joueuse du Spirit, Madalyn Schiffel, GK qui évolue en Toppserien, a également vu ses droits récupérés par le Reign. On apprend également que Crystal Dunn chercherait à jouer à l’étranger, et on constate également les déménagements des deux superstars canadiennes, Diana Matheson et Stéphanie Labbé, au Canada, sans plus de précision sur leur statut au sein du Spirit – quand on estime que Labbé a été benchée lors des derniers matches – en fait juste après son retour de Rio -, il n’y a pas trop de doute quant à un départ imminent. Le Spirit récupère une midfielder du Reign, Havana Solaun, et trois picks à différentes drafts. Havana Solaun, milieu de terrain offensive, qui commence la saison en se blessant à la cheville et qui n’aura pas beaucoup de temps de jeu. Encore une fois, le Spirit trade une joueuse importante pour des hypothèses qui pourraient très bien se retourner contre le club du Maryland.

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Les fans sont désemparés. Ils encaissent ensuite l’élection de Donald Trump en tant que président des USA, et ont à peine le temps de se remettre de cette gueule de bois que le Spirit assène un nouveau coup à la fanbase épuisée : Megan Oyster, la rookie prometteuse en prêt en W-League australienne, est trade aux Boston Breakers, en échange de Kristie Mewis et Kassey Kallman, respectivement midfielder et defender.

Le Squadron en est à publier une lettre ouverte pour assurer son soutien à celles qui restent. Et de la formation initiale, il y a un vrai trou, quand on se souvient des blessures de Dydasco et Farquharson en fin de saison, celle de Wys, qui vient de se déchirer les ACL en Australie, et le départ d’Estefania Banini pour la ligue espagnole. Sans compter qu’il reste encore quelques temps avant la reprise du championnat et les premières drafts, et l’annonce du roster engagé dans le championnat.

Mais au-delà du soutien affiché, l’amertume est grande chez les fans du Spirit, qui se sentent clairement trahis par l’organisation. Il y a des vents de sécession, avec des tweets évasifs mais peu positifs de la part du staff et du DC Spirit Crews, les bénévoles qui sont aussi les poumons du Spirit, ces petites mains qui font en sorte que tout le monde passe un bon moment au Maryland SoccerPlex. Certains fans n’hésitent pas à afficher leur mécontentement et on sait d’ores et déjà que le nombre de propriétaires de pass saisonniers va faiblir. Jim Gabarra et l’organisation ont publié une lettre ouverte à l’attention des fans, où il se dit rien à part du vent. C’est irrespectueux pour ceux qui sont capables de hurler pendant 90 minutes pour offrir l’une des meilleures ambiances du championnat américain. C’est irrespectueux pour ceux qui payent pour du merchandising hors de prix. C’est irrespectueux pour les gamines qui vont voir les joueuses après leurs propres matches dans l’espoir de récolter un sourire et un selfie de Krieger, Dunn, ou n’importe quelle joueuse. Et on sait qu’en grattant un peu le vernis, on ne trouverait rien de beau.

LIRE : Le propriétaire du Spirit prive les joueuses d’hymne national

Beaucoup accusent le propriétaire du Spirit de n’avoir aucune considération pour ses fans. Mais en réalité, les rumeurs vont bon train, et semblent accuser le nouveau coach, parachuté de Sky Blue FC à la saison dernière pour remplacer le brillant Mark Parsons, parti entrainer les Thorns. Et d’un autre côté, on se souvient de la virulence du propriétaire du Spirit concernant le Pinoe Gate, que nous vous avions rapporté de Washington en live. Krieger avait été mené ses joueuses, parmi d’autres “dissidentes”, à poliment exprimer leur désaccord. Se pourrait-il que Nairn et Oyster aient aussi eu leur mot à dire ? En tous les cas, en faisant table rase du roster et de ses têtes de file, Gabarra et Lynch envoient un très mauvais message : il n’y a rien de pire que tromper la confiance de ses fans, et nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi ils supportent encore le Spirit. Comme on dit, on peut tromper une fois mille personnes, mais on ne peut pas tromper mille fois une personne.

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

One comment

  1. It’s about time sooenme wrote about this.

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