Manon Labois – le rêve américain à portée de pieds

On entend souvent parler des internationales nord-américaines qui se rendent en Europe pour y trouver l’eldorado technique. Un peu moins des françaises qui osent vivre leur rêve américain. Si Amandine Henry (Portland Thorns FC), Marinette Pichon (Philadelphia Charge) ou encore Camille Abily (FC Gold Pride) ont fait les gros titres, il est plus rare que l’on s’intéresse à nos espoirs, fraîchement bachelières, qui décident de partir en Amérique. Que viennent-ils y chercher ? Comment passe-t-on le pas ? Nous avons rencontré Manon Labois, ex-PSG, qui évoluera sous les couleurs des Pirates d’East Carolina University pendant 4 ans.

On l’appelle juste avant son départ, entre deux valises et les au-revoir à la famille et aux amis. Il y a beaucoup d’excitation mais surtout de la détermination dans la voix de la jeune défenseure de 18 ans, originaire des Yvelines. Et pour cause : partir aux USA pendant tout un cursus universitaire, ce n’est pas juste partir en vacances pour découvrir la côte est.

Son histoire avec le football remonte à ses six ans. « J’ai un jumeau et un autre frère. J’allais tout le temps les voir à l’entraînement. Puis j’ai commencé à toucher le ballon. On m’a proposé de faire des essais et ça s’est très bien passé. » Seule fille dans une équipe de garçons, elle s’illustre tant et si bien que ses coéquipiers la vannent, jaloux de son succès. Mais elle sait aussi qu’elle pouvait compter sur eux, quoi qu’il puisse arriver. Elle grandit avec le football, gagne de la vitesse. De l’assurance. Elle participe aux stages de détection, est appelée en U16, puis en U18, sous les couleurs gauloises. Une fierté immense, sourit Manon, même si elle ne participe à aucun championnat majeur. Pendant ces stages, les recruteurs du PSG veillent et lui proposent de signer en U19. Le football, elle le vit bien plus qu’en tant que passion : c’est pour elle la clé vers l’avenir. « Avec le temps, mes chances de progresser en senior avec le PSG diminuaient. Aller aux USA, c’est un rêve pour beaucoup, moi y compris. J’ai émis l’idée de partir pour poursuivre ma carrière et obtenir un bon diplôme. Il a fallu convaincre mes parents, mais aujourd’hui, ils savent que c’est la bonne décision. » C’est l’agence A&V Athletics, qui envoie régulièrement des jeunes français de tous les horizons vivre leurs rêves américains dans les plus grandes universités, qui la prend sous son aile, où elle est aiguillée par l’agent de Kadeisha Buchanan, qui s’occupe de la formation de son dossier.

Parce que du haut de ses dix-huit ans, Manon a la tête bien sur les épaules. “Même si le football féminin a beaucoup évolué, on n’est pas encore au moment où on n’aura rien à craindre de l’après-carrière. Si le football me permet d’obtenir un bon diplôme et une belle carrière par la suite, alors il n’y a pas à hésiter. Ce n’est pas encore possible en France.” Une carrière dans le sport ? Pour l’instant, la jeune parisienne aimerait faire des études d’informatiques à East Carolina. Mais surtout rester aux Etats-Unis. “Je suis aussi allée chercher le challenge là-bas : sortir de ma zone de confort, c’est mon truc. C’est nécessaire. Mon style de jeu, c’est la vitesse : techniquement, je peux être un peu en-dessous, mais cette vitesse me permet de rattraper facilement les attaquantes. Je sais qu’aux US, le jeu est basé sur le physique, je vais devoir me surpasser et bosser sans relâche pour parvenir au niveau. Mais je suis prête. Je verrais bien où tout ceci va me mener.”

Courage. Résilience. Esprit d’équipe. Challenge. C’est ce que Manon est allée chercher. Parce que la prochaine génération se prépare maintenant, parce que 2019 est déjà peut-être une échéance obsolète, mais que le futur est brillant pour toutes les joueuses qui s’accrochent à leur rêve. “Si j’avais un conseil à donner à toutes les jeunes, c’est de ne jamais abandonner. Jouer, faire des vidéos – pour maximiser leurs chances d’être repérées par un agent et les universités -.Mais de ne pas tout sacrifier au football. Il faut savoir mêler les deux.” Construire son avenir, en tant que joueuse et en tant que professionnelle, quand on n’est pas amenée à évoluer sous les couleurs nationales ou sur les plus grandes scènes. Et alors ? On reste des joueuses.

Photos: courtesy A&V Athletics // ©️ Patrice Voisin

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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