Mallory Pugh and Coach/GM Jim Gabarra. (By Tony Quinn)

Mallory Pugh au Spirit – fin d’une saga printanière

C’est la fin d’une saga printanière qui aura secoué la NWSL et l’US Soccer : Mallory Pugh, la gemme américaine, jouera bel et bien pour le Washington Spirit.

Avant toute chose, petit rappel : le nom de famille de Pugh se prononce « Pi-you ». Comme la caricature du cri d’un oiseau. Et non « Peugue ». Un Pug, c’est ça :

Un pug. Qui s’appelle peut-être Mallory. Mais qui n’est pas Mallory Pugh.

Bref, retournons à nos moutons.

Que faisiez-vous quand vous aviez 19 ans ? Quand la plupart d’entre nous était en train de gentiment glander sur les bancs du lycée ou post-lycée, elle foulait du pied les plus grandes scènes internationales, entre son intronisation officielle pendant le Victory Tour de 2016 et à Rio, où elle apparaît comme la plus jeune américaine à jamais marquer un but aux JO. Pour enchaîner sur la coupe du monde U20. Elle s’apprêtait également, chaperonnée par Alyssa Naeher, à intégrer la prestigieuse université de UCLA – université qui a formé Jack Black, James Franco, mais surtout Lauren Holiday et Sydney Leroux -, après avoir décalé un semestre entier pour la préparation de la Coupe du Monde U20.

Rappelons que le système universitaire américain est à mille lieues du système français : chez nos amis américains, une année dans une université prestigieuse peut se monnayer près de 60k dollars. Une année. Et le benchmark n’est pas complet – on parle ici de Tulane University, la fac de la Nouvelle-Orléans, Harvard est du même acabit, il faut également rajouter les frais supplémentaires de vie, évidemment, et les différentes taxes qui s’appliquent aux étudiants qui sont natifs d’autres états et compagnie -. Les étudiants américains qui ne décident pas de se rendre dans des community colleges n’hésitent pas à s’endetter sur plusieurs décennies pour pouvoir bénéficier d’une éducation prestigieuse. Pour offrir leur chance à des étudiantes qui n’ont pas forcément les fonds nécessaires, les universités peuvent attribuer des bourses scolaires en fonction du résultat et du potentiel sportif, complètes ou partielles.

21 February 2016: USA Forward Mallory Pugh (2) during the Women’s Olympic qualifying soccer final match between Canada and USA at BBVA Compass Stadium in Houston, Texas. (Photograph by Leslie Plaza Johnson/Icon Sportswire)

Rappelons également un point commun à toutes les joueuses de football féminin : la situation économique actuelle, même si elle évolue, est clairement en défaveur des athlètes. A la fin de leur carrière, que ce soit une retraite bien méritée ou suite à des blessures, elles sont obligées de penser à un second business plan. D’où l’intérêt d’avoir une éducation avant de rêver de Coupes du Monde. C’était donc le chemin que semblait s’apprêter à emprunter Mallory Pugh.

3 mois plus tard, coup de théâtre : Mallory Pugh quitte les Bruins pour devenir pro. Scandale : le seul vague précédent est Lindsey Horan, qui a décidé de ne pas suivre de cursus universitaire pour directement switcher pro au Paris-Saint-Germain. La nuance était là : la NWSL n’a rien de la D1F et les salaires – quand il y en a – ne sont pas les mêmes. L’expérience non plus, notamment en UWCL, qu’Horan a pu expérimenter avec le PSG.

La décision n’est pas simple à prendre et n’est pas le résultat d’un coup de tête : Pugh consulte ses proches, sa famille, ses coaches, mais aussi Jill Ellis. Personne ne l’a poussée à prendre la décision. « Jill Ellis m’a dit : « écoute Mal, c’est TA décision. Peu importe celle que tu prends, au final : nous sommes là pour t’aider de la meilleure façon que l’on peut. ». C’est ce genre de soutien qui aide à prendre les plus grosses décisions, à mon sens. ». Elle a même demandé ses impressions à Lindsey Horan, qui a été visiblement très honnête avec elle sur son expérience au sein du PSG et du paysage footbalistique si différent en France et en Europe.

La NWSL est différente, désormais. La ligue vient de se doter d’un syndicat des joueuses : jusqu’ici, même si la dernière convention collective a affecté les conditions de travail des joueuses de la NWSL, notamment en matière de salaires et de transport, l’Union des joueuses de l’USWNT se concentre sur le statut des membres de l’USWNT. Ce qui laisse un sacré paquet de joueuses sur le carreau. C’est chose corrigée : les joueuses de la NWSL ont désormais une voix au chapitre, grâce au lancement, la semaine passée, de la NWSLPA, la National Women’s Soccer League Players Association. Chacune des équipes de la NWSL a deux représentantes au sein de l’Association – dont Yael Averbuch pour le FC Kansas City – et les postes clés restent à être déterminés. Les salaires ont largement augmenté : des 6k$ par saison en 2013 en salaire minimal, on peut désormais compter sur 15k$. Pour les salaires les plus élevés, on part de 30k$ en 2013 à 41,7k$ en 2017. Ce bond n’est pas négligeable. Sans compter les joueuses « allocated », qui perçoivent environ 200k$ par an hors contrats avec les marques.

Alors il est important d’empêcher la fuite des talents vers l’Europe, dont les titres font toujours rêver les joueuses américaines, qui choisissent de jouer outre-Atlantique pour trouver un nouveau challenge et des conditions différentes. Et peu importe la position ou l’importance de la joueuse : si on a bien sûr été bombardés de médiatisation avec les transferts des joueuses internationales comme Heather O’Reilly, Carli Lloyd, Crystal Dunn – en FA WSL – ou encore Alex Morgan en D1 Féminine, les joueuses qui sortent de la fac et qui n’ont pas été draftées par la NWSL émettent également ce choix. C’est le cas pour Madison Krauser – ex Chicago Red Stars et ex ASJ Soyaux -, Lindsey Horan, Haley Rosen – ex Spirit Reserve et désormais à Glasgow City – ou encore Ashley Lawrence.

C’est ce à quoi se sont attelés et la NWSL et l’US Soccer Federation, en la personne de Sunil Gulati, qui était pourtant en déplacement pour le Congrès de la FIFA.

Mallory Pugh and Coach/GM Jim Gabarra. (By Tony Quinn)

Le Washington Spirit – de qui on dit bien du mal depuis l’hémorragie historique de son solide roster – détenait les droits de Mallory Pugh. Les rumeurs ont enflé dès l’annonce de son départ des Bruins : l’adolescente est intéressée par la NWSL, mais souhaiterait jouer pour les Portland Thorns. On fait également état de différentes offres des gros clubs français, l’OL et le PSG. Quand on sait que le départ d’Alex Morgan, la Fiancée de l’Amérique, pour Lyon a suscité un tollé parmi ses fans et ceux de la Pride – elle est notamment taxée de « Traîtresse » par certains, qui s’ébrouent face à de nouvelles rumeurs de reconduction de contrat, savamment orchestrée par le grand maître Jean-Michel Aulas -, la possibilité de l’expatriation du plus précieux espoir américain avait soulevé le coeur de la foule.

Et pourtant, après un suspens insoutenable, c’est l’US Soccer qui annonce la signature de Mallory Pugh en NWSL et le Washington Spirit qui accomplit son premier coup de maître dans une saison mitigée en officialisant l’entrée du jeune prodige dans son roster. Il en fallait pour tenter de pallier la baisse de fréquentation au Maryland SoccerPlex, dont la population est morose après le départ de Krieger, Nairn, Oyster et Matheson. D’autant que Lifetime a récemment communiqué sur le peu de matches lives rediffusés à partir de Boyd : la configuration du Plex ne permet pas l’installation des équipes de tournages, notamment parce qu’il y a d’autres événements souvent prévus dans le complexe couvert à côté du Maureen Hendricks Field, où les joueuses du Spirit évoluent. Evidemment que cela ne sera pas suffisant pour relancer entièrement l’équipe, qui peine à inscrire ses trois points à chaque rencontre. Jim Gabarra, le coach du Spirit, le souligne : il n’a pas en ligne de mire la construction d’une équipe autour de Pugh. Comme un dernier coup de grâce, la jeune américaine endossera le numéro 11, l’ancien numéro du capitaine Ali Krieger.

Si Gabarra et les hautes instances du football américain estiment que ce type de décision – zapper la fac pour directement débuter une carrière professionnelle – pourrait se voir de plus en plus à l’avenir, Pugh elle-même ne partage pas forcément cet avis : « je suis quelqu’un qui a besoin d’expériences. L’année dernière, j’avais 18 ans, je venais d’avoir mon diplôme lycéen. Les JO approchaient. C’était vraiment dingue. Aller à UCLA était à 100% la meilleure décision. Mais toute l’année passée, je n’avais qu’une idée en tête : « qu’est-ce qui se serait passé si j’étais devenue pro ? ». Je suis ravie de mon expérience à l’université : elle m’a fait grandir. Mais elle m’a également fait comprendre que j’avais besoin d’expérimenter autre chose. »

Anson Dorrance, légendaire coach des Tar Heels et de la première génération de l’USWNT, enfonce le clou : « ce genre d’événement sera aussi fréquent que l’immersion d’un talent comme Mallory Pugh, c’est-à-dire irrégulier ».

Pugh devrait faire sa première apparition ce samedi contre le FC Kansas City.

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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