Légendes du True North – Marie-Ève Nault

4 février 2017. Au BC Place Stadium, là où s’est tenue la grande finale de la FIFA Women’s World Cup 2015, elles sont trois à avoir raccroché les crampons, dans un dernier match qui célèbre la médaille de bronze olympique, mais aussi leur carrière. Trois légendes canadiennes qui ont laissé leur empreinte chez les Canucks. Parmi elles, celle qui aura porté le brassard de capitaine. Marie-Ève Nault. Elle nous a accordé un long entretien, avant de jouer son dernier match.

La légende de Trois-Rivières.

Tout commence à Trois-Rivières, en Mauricie, près du Saint-Maurice, où Marie-Ève nait. Dès qu’elle a su marcher, tout ce qui se trouvait dans son passage trouvait un nouveau sens dans ses pieds. Ses parents le remarquent et l’inscrivent à 7 ans dans un club de soccer. C’est une belle histoire qui restera canadienne jusqu’à ses 18 ans, où elle évoluera avec des clubs québécois, qu’elle représentera au championnat canadien. Le chapitre suivant est américain : elle obtient une bourse complète pour faire ses études à l’université du Tennessee, en 2000. Avec les Volunteers du Tennessee, elle jouera 83 matches – dont 72 starts -, pour marquer 9 buts et obtenir 9 assists, tout en poursuivant des études en activité physique, pendant 5 ans.

Avec l'université du Tennessee.
Avec l’université du Tennessee.

Raviver les souvenirs des Vols fait sourire la défenseure : « Quand j’ai accepté la bourse, je n’avais que le soccer en tête, j’avais complètement oublié que je ne parlais pas un mot d’anglais. Ça quand même été un choc, de passer de ma petite ville de Trois-Rivières pour m’installer dans le sud des États-Unis. » Mais elle ne se démonte pas, même si les premiers mois sont difficiles : les Vols la soutiennent et l’aident à apprendre sur le tas. Et puis chez les Vols, il y a une autre canadienne, qui ne la quittera plus : Rhian Wilkinson. « On ne se connaissait pas beaucoup, on avait juste joué l’une contre l’autre, je ne savais même pas qu’elle avait signé. Puis, on s’est retrouvées dans les mêmes dortoirs. » Et le reste, on le connaît : elles deviennent coéquipières sur le terrain, mais aussi à l’université, avec des cours communs. Wilkinson tirera aussi sa révérence au BC Place, avec Marie-Ève et Melissa Tancredi.

En janvier 2004, en Chine, pendant le Tournoi des Quatre Nations, Marie-Ève fera ses premiers pas en équipe senior, 20 minutes avant la fin du match, dans un match qu’elles perdent 2-1. A cette époque, les Canucks sont loin de leur quatrième place au classement FIFA : elles ne parviennent pas à se qualifier pour Athènes en 2004, en perdant au tournoi de qualification de la CONCACAF contre le Mexique. « J’avais joué que 20 minutes mais j’étais fatiguée comme si j’avais joué 90. Mentalement, c’était marquant. C’est du stress, puis quand on court sur le terrain, c’est les instincts qui reviennent. »

Pendant 5 ans, Marie-Ève Nault n’aura que très peu de nouvelles de l’équipe nationale, sous la direction du norvégien Even Pellerud. « Je ne devais pas trop correspondre à ses attentes. A l’époque, c’était encore du bon vieux kick and run. » La grande époque des numéros 9 massives et physiques, à la Wambach. Marie-Ève, elle, est plus technique que physique. Difficile de trouver le bon rythme dans un tel programme. Il faut attendre l’arrivée, en 2009, de Carolina Morace, la snipeuse italienne, pour que Marie-Ève réintègre l’effectif national.

En 2011, c’est la débâcle. Les canadiennes ne sortent pas des phases de groupe et ne marquent qu’un but, celui de Sinclair sur coup franc, contre l’Allemagne. « On avait  peut-être besoin de ce moment-là. Je pense que Carolina avait tout misé sur le match d’ouverture contre l’Allemagne, on ne savait rien de la France ni du Nigéria. Et là on joue contre la France, un match qu’on perd 4-0. C’est à ce moment que la photo avec Sincy a été prise. C’est un peu comme si notre pire cauchemar s’était réalisé. La Coupe du Monde, t’en rêves. Avec cette équipe, on avait eu beaucoup de succès dans les tournois précédents, donc il y avait de l’attente. Et nous, on sort pas des phases de groupe. » C’est sûr. C’est une blessure gravée dans la mémoire de bien des canadiennes. Ce fiasco a été la raison de la démission de Carolina Morace.

Puis, John Herdman est arrivé. Le petit anglais qui avait coaché les néo-zélandaises et qui débarque au Canada, la terreur de la sideline, si passionné que ses hurlements font partie des incontournables quand les Canucks disputent un match. Le début d’une nouvelle ère, basée sur ce fameux cliché et la promesse de ne jamais laisser tomber ni ses coéquipières ni son équipe. « Je pense que si l’équipe a autant de succès aujourd’hui, c’est en partie grâce à John et tout son travail sur l’image et l’identité, la véritable fierté d’être canadiennes. On a une identité à sauvegarder à chaque fois qu’on est sur le terrain. » John Herdman, ce coach qui prend l’hymne national de son pays d’adoption et une image pour tout changer. Celle de Sinclair, en larmes, son masque à côté de ses pieds. « On dit qu’une image vaut mille mots, mais là, on ressentait l’émotion à travers la photo. On était vraiment cassées, on n’avait plus d’esprit, puis il est arrivé et il a rechargé tout le monde. », nous confirme Marie-Ève. « C’est une des personnes les plus inspirantes que je connais. Je pourrais l’écouter toute la journée et il sait utiliser ce talent. Il va dire beaucoup de choses, mais à chaque meeting, il est capable de trouver les petites choses qui vont faire écho en toi pour que tu donnes le meilleur. » Une pensée partagée par les canadiennes. « La personne qui prendra sa suite aura du mal à remplir ses souliers », sourit Nault.

Une nouvelle ère donc. Que Marie-Ève ne disputera pas, du moins, au début. Encore une fois, c’est son sourire qu’on entend à l’autre bout de la ligne. « J’étais en train de jouer au soccer avec un chien. Du coup, j’ai glissé sur le ballon et en tombant, je me suis cassée la cheville. » Elle se marre, et nous aussi, ça nous fait marrer. Parce qu’on connaît la suite, une légende un peu particulière. Mais manque de chance, c’était exactement au moment où Herdman prenait l’équipe. Marie-Ève Nault fait deux camps et pense qu’elle a de bonnes chances d’être appelée dans l’équipe qui participera aux qualifications aux JO de Londres, en janvier 2012. Malheureusement, John estime qu’elle n’est pas encore prête. Alors, Marie-Ève travaille d’arrache-pied pour revenir dans l’équipe.

Mais en 2012, elle n’est « que » réserviste. La Trifluvienne gagne quand même son billet pour le Royaume-Uni à la suite d’une blessure canadienne dès le premier match. Le Canada a une très belle carrière, offrant ce que beaucoup estiment être le meilleur – en tout cas le plus fervent – match de l’histoire du soccer féminin, contre les USA. « C’est presque un film à la hollywodienne, en tout cas pour moi. C’est sûr qu’on a jamais envie de prendre la place de ses coéquipières sur blessure. C’était une expérience incroyable. » Sinclair a son regard de tueuse. Malgré son hat-trick, malgré toute l’énergie canadienne, ce sont les USA qui s’envoleront vers la finale. Mais qu’à cela tienne. Sinclair, elle n’est peut-être pas très vocale, mais quand il faut dire des choses, elle le dit. « C’était le silence total dans les vestiaires. Elle nous a réunies et a dit : « écoutez les filles, je vous aime, je suis fière de cette équipe là. On a encore une chance d’aller chercher une médaille pour le Canada, et cette chance, je ne veux pas la manquer. » Tout le monde s’est regardé, puis c’était acquis pour nous. »

Ca reste un de ses meilleurs souvenirs. « J’étais même pas sur le banc avant de partir et j’ai pu jouer 4 matches. Je m’en souviendrai toute ma vie. » Puis d’enchaîner avec un autre beau souvenir : « La Coupe du Monde, à la maison. Voir ces stades remplis de canadiens. C’était un beau moment, même si on ne s’est pas rendues où on voulait. Et puis au Commonwealth Stadium pour le premier match, chanter O Canada, avec tous les canadiens autour qui chantent, serrées avec les coéquipières. Tu te dis « woah, je suis en train de chanter avec 50 autres milles personnes. », c’est vraiment fort ». Beaucoup de fierté, mêlée à beaucoup de frustrations, avec l’élimination contre l’Angleterre, alors que les canadiennes savaient qu’elles pouvaient les battre.

Si tu vas à Rio…

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En 2016, elle fait encore partie des réservistes. Mais c’est aussi un très beau souvenir. « C’était différent, on est allées avec les filles à Rio, mais on avait du mal à sentir l’impact qu’on a eu sur les matches. Mais on l’a vu autrement, notamment pendant les entraînements. Même si on a été bien préparées, mentalement, c’était dur. Mais il y avait un vrai esprit d’équipe. Le lien qui a uni les filles était unique. Mais je me souviendrai toute ma vie du moment où on allait se rendre à la cérémonie de clôture et où les filles nous ont remis une médaille de bronze. » Elle nous raconte, comment ça s’est passé, cette cérémonie surprise. Et sa voix se brise un peu. Encore de l’émotion. « J’étais à la cafétéria, le soir de la cérémonie de clôture, avec Rhian et Diana. On n’était pas sûres de pouvoir participer à la cérémonie en tant que réservistes. Et là je reçois un texto du manager de l’équipe, qui demande à nous voir, avec Gabby et Kailen. Donc là je pense tout de suite au pire. Je laisse Rhian et Diana, la cafét était à 15 minutes à pieds. Le manager nous dit de nous retrouver dans une chambre. On ouvre la porte et toutes les filles sont là. Le manager arrive avec Sincy et John est au téléphone, parce qu’il avait dû partir. Ils nous disent « écoutez les filles, on ne peut pas dire que vous ne faites pas partie de cette équipe. Vous êtes aussi importantes que les 18 filles sur le terrain. On veut vous remettre les médailles de bronze olympiques. On s’y attendait pas du tout. Là, les larmes coulent, beaucoup trop d’émotions. Sincy nous a passé les médailles et on s’est toutes étreintes. C’était quelque chose, de pouvoir partager ça avec toutes les filles. On voulait profiter de ce moment-là, parce qu’ils ont pris le temps de préparer ça. C’était vraiment beau. »

Enfin, un autre souvenir. Orëbrö. Se qualifier pour l’UWCL. « Les JO et la Coupe du Monde, c’est bien sûr quelque chose, mais c’est beaucoup plus court. Se qualifier pour la Champions League, c’est la récompense ultime après toute une saison. C’est très fort. » Ce sont elles qui ont foulé pour la première fois la terre parisienne, juste après les terribles attentats. « On a attendu jusqu’à tard la confirmation du déroulement du match. On est arrivées une journée avant le match. Et de l’extérieur, ça a toujours l’air pire. Et puis quand on est arrivées à Paris, il y avait bien sûr les soldats et la police, mais dans la rue, rien n’y paraissait. Bon à part les 70 personnes dans les tribunes. On ne s’attendait pas à grand chose d’ailleurs, on imaginait mal des gens se déplacer au stade pour voir du soccer féminin. Et puis, il y a eu la minute de silence, où les deux équipes étaient mélangées. Puis, une fois que le coup de sifflet retentit, on y va, on n’y pense plus. Jusqu’à ce que le match s’arrête. » On l’a vécu aussi comme ça.

Avec Orebrö pour la qualification en UWCL
Avec Orebrö pour la qualification en UWCL

Raconte-moi ton Canada.

Au Canada, il y a beaucoup de jeunes filles. Elles ont un vrai rêve, celui d’intégrer l’équipe nationale. Contrairement à la Suède, où Marie-Ève évoluait, au sein du Kif Orebrö : en Europe, définitivement, les supporters viennent du football masculin. Et c’est un paysage qui a évolué depuis qu’elle est partie du Canada – Marie-Ève a pas mal bourlingué, en W-League et en Europe, notamment grâce à la Coupe du Monde. « Mais ce que je vois, ce qu’il y a de plus en plus de filles, qui ont un vrai rêve. Elles ont des héroïnes auxquelles elles peuvent s’attacher. Depuis Londres, j’ai fait pas mal de conférences dans les écoles et les universités, et rien que de montrer la médaille de bronze, on sent qu’il y a comme un déclic. Comme si elles se disaient « si quelqu’un de Trois-Rivières est capable de faire ça, alors moi aussi. ». Il y a de plus en plus d’opportunités, notamment pour vivre du soccer ou s’exporter en Europe. Avant, il n’y avait pas de bourses canadiennes pour jouer. Il y en a de plus en plus maintenant, pour retenir les jeunes au Canada. La seule chose qui nous manque, aujourd’hui, c’est une ligue professionnelle canadienne. Ca prend de l’argent et des gens qui y croient, en premier. Avoir une nouvelle culture, par exemple en allant chercher une équipe européenne, qui apporte plus de technique, c’est très important. Moi, ça m’a aidée en tant que joueuse. Donc quand une fille a une opportunité, je lui dis d’y aller. Mais c’est important aussi de garder des canadiennes au Canada, avec une équipe en NWSL par exemple. »

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Pour la Trifluvienne, avoir des role-models est important. « On a une certaine responsabilité inhérente à notre statut de célébrité. Par exemple, quand tu t’attaques au harcèlement, tu t’attaques aussi au sexisme et à l’homophobie dans les vestiaires. Quand tu as une Ali Krieger ou une Ashlyn Harris, il y a une répercussion très forte quand elles prennent la parole. C’est de notre responsabilité de nous exprimer, parce que si on change une personne, ça fera au moins une personne de plus. » Et c’est aussi grâce à cette compréhension des role-models que l’équipe du Canada est parvenue à faire un lien très fort entre les vétérans comme Nault et Sinclair et la jeune garde, extrêmement talentueuse : Lawrence, qui évolue désormais au PSG, Buchanan, à Lyon, Fleming, Beckie… Les légendes n’ont plus rien à prouver et servent volontiers ses héritières, on l’a vu à Rio et au match de célébration, où Sinclair va servir Beckie, et vice versa. Le respect mutuel est une clé, et l’avenir semble si brillant pour les jeunes Canucks. « Sinclair est comme ça. Elle n’est pas très vocale, mais c’est un vrai role-model, sur et en-dehors du terrain. Elle ne parle pas souvent mais quand elle parle, c’est toujours on point. C’est aussi elle qui arrive en premier et qui repart en dernier de l’entrainement. Tancredi a aussi ça. Une vraie passion et son côté comique, elle sait détendre l’atmosphère. Et parmi les jeunes, celle qui m’a impressionnée, c’est Ashley Lawrence. Elle m’étonne par sa vitesse et sa créativité. Elle fait confiance en ses instincts et c’est si beau à voir. Jessie aussi, elle est toute petite, mais elle a tout d’une grande. » Et c’est une transition très réussie. « Les jeunes, quand elles sont arrivées, on les a prises sous nos ailes, il n’y a jamais eu un instant de test ou de défiance. Ca leur a permis de s’exprimer et s’épanouir. Et puis, quand tu vieillis, tu oublis un peu le plaisir de jouer pour jouer, tu vois ? Puis, quand les jeunes arrivent, on le voit dans l’attitude qu’elles ont sur le terrain, elles ont un grand sourire, c’est vraiment rafraîchissant. »

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Match pour la médaille de Bronze contre le Brésil, saluant les fans canadiens.

Le Canada, c’est aussi une ambiance. Tanc qui fait des blagues à Herdman pour son anniversaire, en France, avec Chappie. Le Carpool Karaoke. Karina qui danse, Tancredi qui enchaîne. Puis, The Power of Love, par Céline Dion, « notre trésor national », comme on dit dans les films de Xavier Dolan. Chanté, tout le temps, après les belles victoires, comme à Londres. Comme à Rio. Une sorte d’hymne à la CanWNT. Nault nous raconte : « Ca devait être à la fin d’un tournoi. On avait gagné, et on s’est mise à chanter. On ne savait pas pourquoi précisément. Et c’est devenu une tradition. ». Et le Canada, c’est de la joie, c’est un sourire sur le visage, même quand on se trompe, même quand on est offside. Le Canada, c’est se faire éliminer en demi-finales mais donner autant que si on jouait une finale.

C’est vrai, les canadiennes n’ont pas beaucoup de matches à la maison et à l’extérieur. « Tu sais, le Canada Soccer et John ont investi beaucoup d’argent pour remettre l’équipe en selle. Il a engagé les meilleurs entraineurs, les meilleurs médecins, la technologie aussi est nouvelle. C’est des choix à faire : est-ce qu’on veut faire plus de matches chez nous ou leur offrir les meilleurs soutiens logistiques pour les préparer aux plus grands tournois. Ce n’est pas pareil qu’avec Carolina, mais c’était aussi différent : elle se serait battue pour qu’on nous traite d’une manière égalitaire. On n’a pas envie de partir en croisade contre le CSA, du coup. Ils sont transparents. Et peut-être que ça va changer, qu’on aura plus de matches, qui sait ? »

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et elle ne sera pas là pour voir les améliorations. Enfin. En tout cas sur le terrain. Elle sera sans doute dans les gradins, ou chez nous, pour voir les Canucks tout tenter pour passer numéro 1, parce que c’est ça, le nouvel objectif. En attendant, Marie-Ève a pris la direction du CREEM, le Centre Régional d’Entraînement et d’évènements de la Mauricie. Retour aux sources, mais toujours dans le sport, pour donner le meilleur environnement possible aux athlètes pour qu’ils réussissent. « J’ai peur de m’ennuyer de jouer, mais je sais que mes parents et mes amis m’ont soutenue peu importe ce que j’ai fait dans ma carrière. Donc je garde la même attitude. Et on y va ! C’est un projet excitant ! ». Et encore un sourire. Le même qu’elle avait quand elle a quitté le terrain, dimanche 4 février, sous les applaudissements nourris des 20 000 fans réunis au BC Place Stadium.

Merci à Captain Marie-Ève Nault pour sa bonne humeur et son sourire. Et surtout ses beaux souvenirs. On lui souhaite le meilleur. Go, Canada.

Toutes les photos sont publiées avec l’aimable autorisation de Marie-Ève Nault.

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A la cérémonie d’ouverture, Rio 2016
Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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