Lauren Holiday – La main sur le coeur et la tête haute

FIFA Women’s World Cup 2015

5 juillet. L’heure de la revanche. L’USWNT a beau avoir survécu au groupe de la mort, composé de trois équipes appartenant au top 10, elle a beau avoir vaincu la Colombie, la Chine et enfin l’Allemagne, le plus dur reste à faire : effacer pour de bon l’amertume de la défaite de 2011 contre le Japon. Les deux équipes se connaissent à force de s’affronter, et même si l’USWNT a triomphé de sa rivale aux Jeux Olympiques de 2012, rien n’est joué, elles le savent. Jusqu’ici, les américaines ont fait leur job avec des scores corrects sans pour autant éclater. Et pourtant.

Lauren Holiday, “Cheney” pour tous les fans, est juste derrière Ali Krieger, lorsque les deux équipes font leur entrée sur le terrain. Un léger sourire aux lèvres, elle doit confusément entendre les acclamations des milliers de supporters qui remplissent le stade. Carli Lloyd, la capitaine, ouvre la marche et se mord la lèvre en avançant, la tête haute, le regard sévère. La main sur le coeur, Holiday entonne l’hymne américain avec ses compagnes. Sait-elle qu’elle aidera son équipe à définitivement enterrer leurs rivales ? Sûrement. Mais peut-être pas avec ce brio.

Ce 5 juillet, sur la pelouse synthétique du stade de Vancouver, elles font des miracles. Carli Lloyd livre une performance extraordinaire – et ne volera pas son Soulier d’Or à la fin de la compétition – et les filles de Jill Ellis mènent déjà 2 à 0. C’est d’ailleurs Holiday qui servira le coup franc pour Carli LLoyd, permettant aux Etats-Unis de creuser l’écart dès la quatrième minute en un coup de génie, sifflé sur une faute sur Tobin Heath, tout près de la zone de pénalty. La défense US n’a jamais été aussi dure : chaque perte de ballon est lourdement sanctionnée. A 13 minutes 30, Morgan Brian récupère la balle, l’envoie à Tobin Heath qui tente un cross vers Alex Morgan, bien positionnée devant les buts japonais. La passe est interceptée et maladroitement dégagée par la défense japonaise, qui renvoie la balle dans une tête improbable, très haute.

Le temps s’arrête.  Alex Morgan lève les yeux vers le ballon, la défense japonaise cherche le point de chute. Il n’y en aura pas.

Sortie de nulle part, Cheney s’élance. A 13 minutes 40, c’est bouclé : sa reprise de volée foudroie la goal japonaise, la balle n’aura pas touché le sol qu’elle se retrouve dans la cage. 3-0 pour les Etats-Unis, il ne manquera plus que le midfield goal extraordinaire de Lloyd et le but de Tobin Heath pour achever d’écrire l’histoire. Rapinoe étreint Holiday tandis qu’elle envoie un baiser vers le public. Vers Jrue, son époux ? A cet instant, a-t-elle déjà prévenu ses coéquipières qu’elle se retirerait du paysage footballistique ? Savent-elles qu’il s’agit là d’un ultime coup d’éclat avant de raccrocher les crampons ? Si c’est le cas, ce but doit avoir un goût superbe.

Le reste a été vu par des millions de personnes. L’USWNT remporte la Coupe du Monde 2015, sur un score implacable de 5-2, et part pour une série de 10 matches d’exhibition pour le Victory Tour, qui s’achèvera en décembre. Lauren Holiday, 27 ans, 8 ans en équipe nationale avec 131 caps et 24 buts, est entrée dans l’histoire, ainsi que les 22 autres joueuses et Jill Ellis. Mais le 7 juillet 2015, le coeur de l’Amérique se brise un peu : elle annonce sa retraite à Grant Wahl, de Sports Illustrated, qui offrira 23 couvertures différentes aux héroïnes de la coupe du monde, en larmes. C’est la première, bientôt suivie par Shannon Boxx, 37 ans, et poursuivie par les incertitudes concernant la légende Abby Wambach.

Holiday Celebration

Le numéro 12, gravé dans les coeurs

Le FC Kansas City, club où elle évolue au sein de la National Women’s Soccer League, lui accorde les honneurs, tout aussi déchirants que ceux des Thorns pour Nadine Angerer et Rachel “The Buehldozer” Von Hoellebecke, qui se retire pour reprendre des études de médecine : le numéro 12 sera désormais à jamais celui de Lauren Holiday et une bannière flottera pour toujours sur le stade du Sporting Park Kansas City, en son honneur.

En quoi est-ce que cette annonce a de quoi foudroyer tous les fans de soccer féminin ? Contrairement à Boxx, Wambach ou encore Rampone – qui ne s’est pas encore prononcée -, Holiday est au top de sa carrière. A 27 ans, elle a encore bien des choses à donner à son équipe. Ce but génial le prouve. Et pourtant : Holiday rappelle que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Chacune de ces femmes est mariée avec le sport, qui passe avant leur famille. Chaque heure éveillée est passée à l’entraînement, sur les routes, avec les coéquipières. A raison de 260 jours par an auprès de l’équipe nationale, il ne reste que peu de temps pour la famille. Et même si les compagnons, les compagnes, les amis et la famille acceptent ces sacrifices, rien ne saurait atténuer la souffrance d’être tenue loin des siens et de devoir adapter ses plans familiaux en fonction de l’équipe. Lauren Holiday le confirme : si Jrue Holiday, son mari, excellent joueur de basket, a été présent à chacun de ses matches, elle n’a jamais pu lui rendre la pareille. C’est ce choix qu’elle a formulé, le 7 juillet dernier : pouvoir l’accompagner et être là pour ses victoires comme ses défaites, et fonder une famille.

Espérer un retour d’une joueuse au niveau national après avoir eu des enfants n’est pas fou : Christie Rampone a deux enfants, Shannon Box et A-Rod ont également leur famille. Mais l’enjeu émotionnel et physique est intense, et c’est en partie la structure de la ligue américaine actuelle qui empêche Holiday de rempiler : “On passe une grande partie de l’année avec l’équipe nationale, puis on rentre dans nos clubs respectifs et on joue quand on peut. Je vis avec Amy Rodriguez, et elle fait un job phénoménal. Christie, on le voit quand elle est avec ses enfants, c’est Superwoman. Mais c’est épuisant, émotionnellement et physiquement“, avoue-t-elle à Vice Sports. “Et tant que nos équipes ne peuvent nous fournir un environnement favorable, capable de repousser nos limites actuelles, il est impossible de concilier nos vies familiales avec nos carrières“. Ce qui implique de parvenir à préparer les joueuses aux compétitions internationales et olympiques et leur assurer une stabilité de domiciliation. Ainsi qu’un salaire assez confortable pour subvenir aux besoins de leur famille : si les joueuses de l’USWNT toucheront cette année 300 000 dollars accompagnés de bonus grâce à leur victoire, le salaire des joueuses de la NWSL oscille entre 6 300 et 37 000$ par an, ce qui est clairement insuffisant pour ne pas accumuler plusieurs jobs – surtout quand on connait la situation US concernant l’accès aux soins ou à l’éducation, et le salaire des joueurs masculins. Et c’est cette égalité que demandent Holiday, Rampone et bien d’autres joueuses.

Ces retraites anticipées doivent être prises au sérieux par la ligue : des départs de joueuses n’appartenant pas à l’équipe nationale affaibliront le niveau de la ligue et empêchera la constitution d’un roster solide pour les prochaines années, surtout que le turn over risque d’être terrible – Wambach, Holiday, Boxx, Rampone, ou encore Solo et Rapinoe laisseront un vide difficile à combler, même pour des joueuses du calibre d’Ashlyn Harris ou de Crystal Dunn.

Image NBC Sport
Image NBC Sport

Cheney, à jamais.

Cheney part la tête haute, sur un titre de championne du monde et une double médaille d’or olympique, gagnée en 2008 et 2012. Débutant sa carrière dans l’USWNT U-20, elle a été sacrée All American par quatre fois, Most Valuable Player of the Year et Golden Boot de la NWSL en 2013, par deux fois nommée dans le Best Starting XI de la NWSL (2013 et 2014), US Soccer female athlete of the year en 2014, et a remporté la NWSL la saison passée avec le FC Kansas City. Plus que ses records, c’est son engagement que l’on retiendra de sa carrière, notamment pour la visibilité féminine dans le sport – elle est à l’origine de la campagne “She Believes” sur les réseaux sociaux – et contre les malformations cardiaques, dont elle a été victime, subissant très jeune une opération à coeur ouvert, réunissant des fonds destinés à la recherche. Et ses coéquipières se souviendront de sa joie de vivre, son sourire communicatif et ses coups de génie. Elle jouera son dernier match pour la finale de la NWSL, dans un rematch contre le Seattle Reign FC, juste après avoir fêté ses 28 ans. Le FC Kansas City, sur une tête d’A-Rod, lui offrira son second titre de championne de la NWSL, une première pour le championnat féminin américain. Le 12 octobre, l’US Soccer annonce que Shannon Boxx, Lori Chalupny et Lauren Holiday joueraient leurs derniers matches en octobre, sans terminer le Victory Tour. Rendez-vous le 25 octobre à 20h00 heure française, sur Fox Soccer, pour le dernier coup de chapeau de Cheney.

Edit : cet article a été édité pour refléter le départ anticipé de Lauren Holiday du Victory Tour (12 octobre 2015)

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.