Journal de #FIFAWWC : USA : le drama leur va si bien

Les Américaines de Jill Ellis feront face aux Oranjes qui poursuivent leur incroyable épopée après leur titre Européen. Une finale en plein milieu d’après midi au Groupama Stadium, un peu une finale rêvée quand on voit la ferveur des deux camps. La vague oranje qui a pris d’assaut la France et la folie des American Outlaws, les trompettes et les tambours, c’est la promesse fébrile d’un rendez-vous unique. Et quelle fierté d’héberger cet évènement en France. 

Le parcours des Américaines aura été chaotique. Les craintes principales d’un échec en finale de Coupe du Monde du côté des Oranjes sont de perdre cet engouement collectif autour de cette équipe qui monte, qui monte… Mais ne perdons pas de vue qu’il y a aussi les JO, dont la préparation commencera dès la fin de la Coupe du Monde – et dont la France et l’Allemagne, les poids lourds européens incontournables, devront se passer – puis l’Euro. Mais quel parcours pour les Oranjes, qui ont échoué en huitième en 2015 et se sont retrouvées sur les toits de l’Europe en 2017. Une finale, disputée contre les tenantes du titre ? Et pourquoi pas ? 

Mais du côté des USA, il y a quelque chose de plus que conquérir des coeurs. Il ne s’agit pas d’un match de football, mais bien d’un sujet social dont elles se sont emparées dès la victoire en 2015. Pendant une Coupe du Monde, on parle en effet des qualifiées, parfois des non-qualifiées surprenantes, on parle volontiers des petits poucets et des grandes nations. Mais on oublie assez souvent toutes les nations qui ne sont pas là, non parce qu’elles ne sont pas qualifiées, mais parce qu’une qualification est tout simplement hors de question. Parce qu’être une femme qui pratique le football dans ces pays est passible de l’exil. De la mort. Parce que faire accepter que l’on puisse valoir autant qu’un homme ne fait pas partie des meurs. Parce que la violence domestique est une normalité. Il faut bien se rendre compte et accepter que, déjà en retard, le football féminin est aussi à vitesses divergentes. Mais pour les fédérations des pays développés, qui se targuent de baser leurs programmes sur l’égalité et le féminisme, les USA sont un moteur de changement incontournable.

Ainsi, on va dissimuler derrière de l’arrogance leur véritable combat. On va les taxer d’avoir le melon, de ne plus être à la hauteur et d’en faire des caisses. Sauf qu’elles nous ont prouvé, à travers leur campagne, qu’à défaut d’être humbles elles étaient à la hauteur de leur arrogance. 

Le cas Thaïlande vs USA : là où il faut chercher l’arrogance

Ce match de tous les records est l’exemple même de l’arrogance à l’Américaine, qui va prétexter vouloir faire avancer les choses alors qu’en faire des caisses sur leurs célébrations était déplacé. On leur a reproché de marquer trop de buts et c’est bien là une erreur fondamentale : non, marquer autant de buts qu’elles le souhaitent et qu’elles le peuvent n’est pas une faute en soi. Cela fait d’ailleurs partie du tempérament à l’Américaine : les joueuses ont traité les malheureuses thaïlandaises comme n’importe quel adversaire, peu importe le niveau. C’est en soi une marque de respect de ne pas avoir de merci pour son opposant. Pas de pitié, pas de tendresse, vous connaissez la suite. En revanche, les célébrations étaient clairement over the top. Le festival de la décadence. Célébrer en phase de poule contre un adversaire telle que la Thaïlande, c’est embarrassant. Autant, les jeunes, qui n’ont jamais joué une seule Coupe du Monde, cela fait sens. Mais pour les vétérans comme Rapinoe et Morgan, c’est très malaisant. Heureusement que les réseaux sociaux ont permis « d’éclaircir » la situation avec des compliments offerts par les légendes Américaines aux infortunées Thaïlandaises. Mais bon, soyons honnête : se faire humilier 13-0 sur la plus grande plateforme compétitive du monde, peu importe les excuses, les câlins et les selfies, cela fait beaucoup de mal.

Rapinoe, en conférence de presse, aura tout de même à coeur de rappeler que toutes les équipes méritaient un programme de qualité.

L’Angleterre vs les USA : la goutte de thé en trop ?

On donnait les Anglaises plus difficiles à dominer que les autres matches, la vérité c’est que même pas forcément à 100%, les Américaines leur ont donné une bonne leçon, les forçant à embrasser un jeu dont elles n’étaient pas les maîtresses, à savoir un tempo physique endiablé qui a fini par sécher les joueuses de Sa Majesté. Si le but de Christen Press a provoqué de l’enthousiasme, la célébration d’Alex Morgan, où elle boit dans une tasse de thé – ou fume un gros pétard, au choix -, a déchaîné les passions, outrant les Anglaises et les Anglais, trouvant cela déplacé et provocant. 

Certains vont même évoquer un clin d’oeil au Boston Tea Party, une révolte des Américains contre le Parlement Britannique, en 1773, le commencement de la guerre d’Indépendance. Alors que bon, soyons honnêtes, ce clin d’oeil est clairement trop élitiste pour tenir la route. Sorry Britts. 

Non, la véritable raison c’est que Piers Morgan, commentateur et journaliste sportif Britannique, admirateur de Donald Trump, avait ouvertement critiqué Megan Rapinoe et avait aussi tweeté à quel point il avait hâte que les Lionesses ne fassent qu’une bouchée des Américaines. 

Ce qui valait bien un peu de thé. 

Alex Morgan est sous le feu des critiques, beaucoup demandent à ce qu’elle s’excuse. Sauf que d’une part, en demi-finale, sur un beau but contre un tel adversaire, c’est clairement autorisé et légitime, et d’autre part, il y a ici un véritable double standard entre les femmes et les hommes – eh oui, ENCORE. D’ailleurs ça se voit aussi assez bien dans le traitement réservé par les journalistes français, dont nos confrères du 20 minutes, qui titrent que Morgan « ne pige pas la polémique ». Peut-être que c’est moi qui m’enfle pour tout et rien mais l’utilisation de ce vocabulaire familier fait passer Morgan pour une buse (et on n’a vraiment pas besoin de ça). De plus, sans comprendre les tenants et les aboutissants, c’est-à-dire le contexte de tension entre les anglais et les américains, chacun sur ses convictions, et les provocations de Piers Morgan, un article du genre montre aussi un manque d’informations de nos confrères. Passons. 

Le drama a encore une fois permis aux Américaines de prendre la parole sur le double-standard – en plus de performer plus que correctement contre les joueuses de Phill Neville, qui échoueront aux portes du podium contre la Suède. Au final, c’est un pari de nouveau gagné.

Megan Rapinoe vs Donald Trump : pas une question de Maison, mais de guide

« Je n’irais pas à la putain de Maison Blanche », a dit Pinoe, mettant clairement des limites aux futures invitations en cas de victoire – une tradition Américaine – de la part du Président Trump. Megan Rapinoe, la superstar de cette Coupe du Monde, ferait-elle la fine bouche ? Pas du tout, et c’est encore une fois un combat qui dépasse le football et son domaine sportif, et qui concerne la politique étatique des USA. Rapinoe, en même temps qu’Harris, Krieger, Morgan et compagnie, utilise le football comme une plateforme pour faire changer les choses. Première athlète de haut niveau à avoir décidé de ne pas chanter l’hymne national et s’agenouiller aux côtés de Colin Kaepernick, elle se positionne radicalement à l’opposé de la politique de Donald Trump, notamment sur les personnes de couleur, les femmes et les LGBTQAI. 

Alex Morgan et Ali Krieger ont également rejoint ce mutisme durant l’hymne national – pour les Américains, chanter l’hymne et respecter le drapeau, c’est aussi important que d’aller à l’Eglise, et le premier à manquer de respect à l’un des deux se peint une cible sur le dos. Blasphème, « unamerican », non patriote, les adjectifs pleuvent pour ostraciser celui qui ose manquer de respect à l’Aigle Américain. Etrangement, on parle beaucoup moins d’elles. Rapinoe centralise toute la haine, parce qu’elle a aussi osé prendre position, assumer totalement son homosexualité, et être une pionnière dans la lutte sociale. 

Et on aurait pu se dire « ouais mais bon, Trump s’en fout comme de l’an 40 ou les aéroports pendant la Guerre d’Indépendance. » Sauf que ce n’est pas le cas : le locataire de la Maison Blanche, vexé, s’est emparé de son champ d’expression favori, Twitter, pour troller la joueuse de Seattle, en lui disant grosso modo « c’est bien d’ouvrir la bouche, mais contente toi de gagner avant de décliner une invitation qui n’existe pas. » 

Au lieu de renverser la vapeur du mépris, Trump venait d’offrir sur un plateau d’argent à Pinoe une raison de plus de briller. Deux jours plus tard, la co-capitaine de l’USWNT défaisait la France avec un double propre et net. 

C’est ainsi qu’elles réagissent, les Américaines : sous la pression, elles se délectent des challenges et offrent peut-être pas les performances les plus spectaculaires, mais écrasent leurs adversaires avec leur coeur et leur motivation qui transcendent le domaine sportif. 

On pourrait également parler d’Hope Solo, toujours figée en 2016, qui s’est également permis de commenter rudement l’équipe, le coaching de Jill Ellis et ses successeures, Ashlyn Harris et Alyssa Naeher, dans une tribune publiée sur la BBC. Une autre raison de vouloir lui rabattre le caquet. Et tous les autres qui attaquent les joueuses en prétendant que le sport n’a rien à voir avec la politique.

Donnez-leur une raison de se battre et les Américaines accompliront l’exploit. L’avantage c’est que l’USWNT n’a pas qu’une seule raison de se battre : si elles remportent la victoire demain, elles auront prouvé au monde entier leur point.

ABOUT THE AUTHOR: Lisa Durel

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n'écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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