Journal de bord #FIFAWWC : voir le trophée de la World Cup et mourir (ou pas)

Toronto. C’est dans la seconde plus grande ville de la province de l’Ontario, la terre mère des Raptors et des Maple Leafs, et évidemment du Toronto FC, que le Canada Soccer a décidé d’offrir à ses joueuses leur dernier match à domicile avant que les choses sérieuses ne commencent en Europe. Et nous y étions. Première étape, la dernière visite du trophée de la Coupe du Monde !

On le sait, le Canada a une culture soccer complètement différente de la nôtre, principalement due à l’impact direct du système sportif universitaire et au voisinage de la NCAA chez nos amis Américains. Alors quand on sait que l’équipe nationale joue à domicile, on sait d’avance que ce sera une fête. Certes, le match a lieu pendant un long week-end, et pas mal de familles seront elles-mêmes en tournois à ce moment là. Mais après tout, cela reste un match exceptionnel : pour tous ceux qui attendent la Coupe du Monde en France, c’est le point d’orgue, le dernier match avant que les joueuses n’embarquent pour le Vieux Continent. Le send-off game. D’autant plus unique que c’est – sans doute – le dernier de celle qui a su porter l’équipe sur ses épaules, Christine Sinclair. 

Mais avant les festivités finales, il y a ce passement symbolique entre nos deux pays : le trophée de la FIFA Women’s World Cup fait halte à Toronto. L’occasion de retrouver Karina LeBlanc et Carmelina Moscato, ainsi que les joueuses du programme régional Excel, le REX, mis en place notamment sous l’impulsion de John Herdman, l’ancien coach des féminines parti entraîner l’équipe première masculine. L’évènement, malheureusement en plein milieu de semaine, ne permet pas à tout le monde d’aller voir le précieux trophée. Des officiels de la FIFA sont aussi ici, dont la grande cheffe du football féminin, Sarai Bareman, que j’avais déjà croisée au siège à Zurich, près de trois ans auparavant. Comme le paysage a changé en trois ans : plus de moyens, plus de licenciées, plus de personnes, hommes et femmes, engagés autour du football au féminin, un niveau plus challengeant… C’est le même sourire et la même chaleur de la Néo-Zélandaise qui m’accueillent à Toronto, en dépit de la fatigue : des dizaines de villes différentes visitées, des fuseaux horaires à vous dérégler l’horloge interne. Mon jet-lag et moi, on ravale notre fierté et on admire le trophée. La légende dit qu’il a son propre passeport et qu’il ne voyage qu’en première classe, avec une personne entièrement dédiée à son transport et sa sécurité. Et si c’est Karina LeBlanc elle-même qui se charge de le mettre sur son piédestal, elle porte des gants : le trophée ne peut qu’être touché par les vainqueures de la Coupe du Monde Féminine. 

Il existe plusieurs versions du trophée : l’un repose à Zurich la plupart du temps et voyage un peu, les autres sont des reproductions où le nom des finalistes est gravé sur le socle. Le trophée original est né en 1998, sur un design de William Sawaya, réalisé par des artisans milanais Sawaya et Moroni. On estime sa valeur à 30 000 dollars – contre 150 000 pour les hommes, mais sommes-nous réellement surpris du double standard -. Dans l’esprit du trophée, on retrouve l’idée de Sawaya de l’élégance et du mouvement presque dansant que représente le football féminin. Son essence est principalement de l’argent pur, puis de l’or 23 carats et de l’or blanc. Et en réalité, il est beau.

Et ce n’est ni son élégance ni son mouvement ni l’idée de son père qui lui confèrent cette beauté. Mais tout ce que le trophée représente : les sacrifices, l’abnégation, le combat de ces femmes qui revêtent fièrement les couleurs de leur pays, envers et contre tous, des pays les plus ouverts à ceux qui sont les plus réfractaires à un football pratiqué par les femmes. Ce trophée, c’est le Graal, la promesse d’un merveilleux combat d’un mois qui se déroulera en France. Chez nous. 

L’évènement attire les jeunes des clubs environnant – Brahms United y était venu avec de nombreuses représentantes, très jeunes et très timides -. Avec les athlètes du programme Excel, qui fera le futur de l’équipe Canadienne, face aux vétérans partie à la retraite, il y a cette communion qui me fait croire à un avenir formidable. 

C’est aussi l’occasion de rencontrer Mona, la team reporter de la FIFA, qui suivra l’équipe pendant toute sa campagne. Ce dispositif est inédit pour les femmes. Sportive, droite dans ses bottes et directe, son rôle lui va comme un gant. Je deviendrai en fait sa compagne camerawoman pendant ces quelques jours de travail avec le Canada Soccer. C’est un peu ma façon d’apporter mon petit caillou à l’édifice. 

Karina Leblanc et Carmelina Moscato, les anciennes qui ont fait les beaux jours de la génération Sinclair, sont là et se font une joie de se connecter avec les jeunes qui sont là, avec l’énergie et la complicité qui leur sont caractéristiques. Les joueuses du REX sont aussi de la partie. Elles sont incroyablement à l’aise avec la caméra – et évidemment balle au pied. Le futur est brillant pour toutes ces jeunes filles Canadiennes, à n’en pas douter.

ABOUT THE AUTHOR: Lisa Durel

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n'écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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