Hope Solo v USSF : une histoire à l’américaine

Hope Solo, l’indomptable gardienne. Celle qui a fait de l’adversité son excellence. Qui a su se nourrir de chacun des obstacles pour rebondir, toujours plus haut, toujours plus loin, jusqu’à devenir la meilleure gardienne du monde. Hope Solo, la seule gardienne au monde à avoir atteint les 100 shutouts dans sa carrière. Hope Solo, rescapée d’une ère de l’USWNT glorieuse, porteuse d’une équipe et de sa backline. Hope Solo, l’icône de provocation. Hope Solo, 35 ans, 100 shutouts, 202 caps pour l’USWNT. Et 6 mois de suspension pour mauvaise conduite, assortis d’une rupture de contrat.

Est-ce la fin pour la portière du Seattle Rein FC ? Tout le laisse à penser. Récapitulatif des charges et tentative d’analyse.

Spoilers Alerts : nous ne détenons pas la vérité sur Solo, nous ne faisons qu’explorer les hypothèses que les dernières années et les derniers matches nous offrent.

Ueslei Marcelino / REUTERS
Ueslei Marcelino / REUTERS

12 août 2016 – la débâcle.

Les quarts de finale les plus catastrophiques de l’histoire de l’USWNT. Bon, on se la joue dramatique, mais il aura tout de même fallu une séance de PK après les prolongations pour déterminer qui, des US ou de la Suède, pourrait poursuivre sa course à la médaille d’or. Une séance particulièrement ratée pour l’USWNT, avec un tir arrêté par Alex Morgan dès le premier passage – de quoi déstabiliser une équipe déjà vacillante – et un tir bien au-dessus de la transversale pour l’infortunée Christen Press. Solo paye ses erreurs mais se rattrape en arrêtant un PK. Mais cela ne suffit pas.

La suite de l’histoire, malheureusement, on la connaît. Sorties prématurément du tournoi, les américaines sont à l’image de Lloyd, abattues et en pleurs. On tend un micro à Solo – chose qu’on ne devrait plus faire depuis 2007 à la suite d’une défaite amère -. Et là, la mauvaise sortie de la gardienne. Dans sa vision plutôt réaliste du jeu, elle ne peut s’empêcher de dire les mots qui fâchent.

Grand silence dans l’USWNT et au niveau de l’US Soccer, qui doit déjà souligner que la défaite ne signifiait pas une éviction de Jill Ellis. La sortie de Solo est embarrassante. Embarrassante, mais pas surprenante : ce sang chaud, ces sorties à brûle-pourpoint, ça fait partie aussi de sa personnalité, qui s’est forgée à la dure dans une histoire personnelle qui n’est pas drôle. En ce sens, nous vous renvoyons à la biographie d’Hope Solo, A Memoirs of Hope. Sans entrer dans les détails, rien ne lui a jamais été donné, et sa sortie de 2007 lui a valu un ostracisme qui était encore pire qu’une suspension. Il aura fallu attendre Beijing en 2008, puis l’arrivée de Pia Sundhage, pour que les tensions s’apaisent entre Solo et ses coéquipières.

Puis, les langues se délient. Sans condamner ouvertement, les coéquipières d’Hope Solo, comme Megan Rapinoe, qui non seulement compte sur elle comme gardienne en équipe nationale mais aussi au Seattle Reign, qui se dit « très déçue » de ses mots. L’affaire Solo v. Sweden permettra aussi à l’USSF de se débarrasser du délicat sujet qu’est Jill Ellis, en braquant les projecteurs médiatiques sur la gardienne.

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Shutout.

Et le 24 août au soir, c’est le drame : l’US Soccer se fend d’un communiqué de presse signifiant le congés d’Hope Solo et la rupture de son contrat en USWNT. Coup dur pour la gardienne et pour l’équipe : quoiqu’on en pense, elle restait un des piliers de la grandeur américaine. Pour ce faire, Jill Ellis, la head coach, et Dan Flynn, CEO et secrétaire général de l’US Soccer Federation, se sont déplacés à Seattle, où Solo devait report au Reign pour poursuivre la saison de NWSL. Ils lui ont remis en main propre la lettre signifiant qu’elle ne serait plus éligible à la sélection jusqu’en février 2017 et le fait qu’elle ne percevrait que 3 mois de salaires avant de dire adieu à ses subventions venant de la fédération.

6 mois. Alors que les fans réclamaient la tête de Solo quelques semaines auparavant, c’est le choc. Pour simplement avoir sorti « cowards », qui n’est certes pas un très beau mot, mais certainement pas à la hauteur de ce que certains joueurs masculins peuvent sortir à la suite de matches, Solo écope d’une grosse sanction. Sans compter sa rupture de contrat qui la précipite directement au rang de paria.

« Les propos tenus par Hope Solo suite au match contre la Suède sont inadmissibles et ne rencontrent pas les exigences de conduite inhérentes au statut de joueuse internationale », souligne Sunil Gulati, le président de l’USSF. « Au-delà du plan athlétique et des résultats, les JO sont aussi la célébration et la représentation des idéaux de fair-play et de respect. Nous attendons de chacun de nos représentants d’honorer ces idéaux. » Et de conclure : « Suite aux précédents incidents impliquants Hope Solo et les discussions avec elle qui ont été menées, afin qu’elle se conduise d’une manière cohérente avec les attentes de l’USWNT, l’US Soccer en a conclu que cette sanction disciplinaire était appropriée. »

“Voici la lettre qui a informé Hope Solo que son contrat était révoqué”

Le communiqué de presse est aussi lapidaire que la lettre adressée à Solo. Bien sûr, il ne s’agit pas simplement du « cowards », qui a joué le rôle de déclencheur. Mais, en tout cas sur papier, les raisons officielles impliquent les autres incidents qui ont clairsemés la carrière chaotique et glorieuse de Solo : 2007 et sa sortie contre son coach, la conduite en état d’ivresse de son mari au volant du van de l’USWNT, ses accusations de violence domestique qui l’ont conduite à une première suspension d’un mois juste avant la Coupe du Monde – une affaire qui n’est pas encore classée, puisque les plaignants ne se sont jamais présentés au tribunal, ce qui l’avait classée dans un premier temps, puis, après un appel, renvoyée devant une autre cour de justice -, entre autres. D’après Jenny Taft, qui a interrogé un porte-parole de l’USWNT, si la sortie contre les suédoises avait été faite par quelqu’un d’autre dans l’équipe, la sanction n’aurait pas été la même.

Tout porte à croire, à travers le prisme officiel de l’USWNT, qu’Hope Solo est la bad girl et que l’USSF a fait le bon choix. Mais en réalité, cette exclusion arrive à point nommée pour l’USSF. Faire de Solo un exemple est peut-être leur idée de base. Mais ils en ont fait un martyr.

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Penalty Kick

Hope Solo est plus qu’une bad girl. Les fans du monde entier ont adoré la détester, lui siffler après, l’insulter, tout en lui vouant une grande admiration. Elle s’est forgée dans les flammes et c’est ces mêmes flammes qui auront sa perte. Ses sommets, elle ne les aurait jamais atteints sans ses blessures et l’adversité. Mais au-delà de Solo la scandaleuse, il ne faut pas oublier que c’est une lanceuse d’alerte. Non seulement elle fait partie des 5 joueuses – avec Alex Morgan, Pinoe, Carli Lloyd et Becky Sauerbrunn – qui ont décidé de déposer une plainte contre l’USSF concernant les inégalités de traitement, lançant au passage le mouvement #EqualPlayEqualPay. C’est elle qui s’indigne sur Twitter et sur Instagram du mauvais état de la pelouse synthétique sur laquelle l’USSF fait jouer l’USWNT – notamment celle qui aura raison des ligaments croisés de Rapinoe. C’est elle qui va faire un long poste sur son blog sur l’état de la NWSL, entre les hôtels miteux, les conditions désastreuses, l’irrespect des clubs qui tient les joueuses en suspens pendant qu’on décide si oui ou non on va poursuivre le weather delay. Solo, pour le meilleur comme le pire, utilise sa plateforme pour s’exprimer.

This is a common sight for @nwsl_soccer players. My new blog on why things have to change. Link in bio.

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La sanction est irrévocable. Et pourtant, les voix qui protestent ne sont pas toutes pro-Solo : elles s’indignent également de l’inégalité de traitement. 6 mois de suspension, alors que les homologues masculins font pire. A peu de choses près, quand Solo insulte les adversaires, c’est la même sanction que pour un autre américain, Ryan Lochte, médaillé d’or olympique de natation, qui a inventé une agression et qui a détruit du matériel et menacé des gens. Deux poids deux mesures ? Pas dans ce cas. Aurait-on suspendu aussi sévèrement un joueur masculin ? Question mark.

Le traitement est douteux et le fond l’est également. Et si la suspension et la révocation du contrat de Solo servaient à museler la portière, lanceuse d’alerte et porteuse d’un mouvement embarrassant pour l’US Soccer, qui a vu le Sénat Américain itself se dresser contre lui, avec une motion non contraignante donnant raison aux plaignantes ? Et aussi redonner du poids décisif à l’USSF, qui se fait allègrement marcher dessus par ses joueuses, qui sont aussi ses employées.

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Clean Sheet

Ca ne s’arrête pas là dans l’aspect très commode de la sanction prise par l’USSF. Sur le papier, Hope Solo pourra de nouveau être recrutée par Jill Ellis dès la fin de sa période de suspension, à savoir février 2017. Sachant que seulement deux matches amicaux internationaux seront programmés pendant la période, en septembre, contre la Thaïlande et les Pays-Bas, ce n’est pas « si grave ». Cependant, Solo avait prévu des choses après Rio. Dans le documentaire « Keeping Score », diffusé sur FullScreen, Solo avait annoncé sa décision de quitter Seattle pour s’installer en Caroline du Nord avec son époux Jerramy Stevens, où ils font construire une maison. Elle avait également pour projet de fonder une famille. Est-ce que c’était là l’aveu d’un départ à la retraite imminent, il n’y a qu’un pas pour en être convaincu. L’un dans l’autre, l’USWNT aurait dû composer sans la portière de Seattle, qui avait déjà décidé de son départ dans ses propres termes.

Faire de Solo un exemple dans la dureté des sanctions de l’US Soccer permettait aussi de prendre les devants et raffermir la prise de l’US Soccer sur ses joueuses, prise qui, on l’a vu, était devenue très ténue.

Mais au-delà de ça, deux autres points s’imposent :

Solo est en passe de repasser devant les tribunaux et cette fois, les plaignants devraient se retrouver dans la même pièce qu’elle. Si elle est condamnée, il est mieux, en termes d’images, d’avoir une GK qui est suspendue et plus inscrite sur les feuilles de match condamnée, plutôt qu’avoir le Numéro 1 starting de l’équipe. Ca salit moins l’image de toute une équipe. Les 6 mois peuvent aussi être justifiés ainsi, même si personne ne l’avouera.

Le problème de GK et la transition de l’USWNT : la transition est, soyons honnête, très chaotique. La perte des joueuses qui ont participé à la Coupe du Monde et qui avaient inscrit de manière indélébile leur patte dans la composition de l’équipe a été dramatique. En perdant les éléments fédérateurs, l’USWNT actuelle est très timide et ne semble pas aussi collectivement solide que la génération d’avant. Problème ? Hope Solo fait partie de cette génération, avec ses 17 ans de service et ses 202 caps. Comme Abby Wambach sur le terrain, elle avait une aura écrasante, tant et si bien qu’aucune GK n’a su prendre sa place. Ni le calme olympien de Naeher, ni le leadership d’Harris n’y sont parvenus. C’est un problème, si on considère le turnover actuel : les joueuses de champ se sont bien débrouillées grosso modo, mais la reine Solo semblait indétrônable. Quelle solution ? Impossible de la bencher ou de cesser de la sélectionner : comment justifier que l’on ne sélectionne plus la meilleure gardienne de tous les temps ? Comment oser dire : « voici Hope Solo, 202 caps, 101 shutouts, championne du monde et double championne olympique, elle ne sera pas dans l’effectif. » Impossible. Il fallait une telle décision pour définitivement l’éloigner. Sauf qu’en la jouant sale ainsi, il y a de quoi traumatiser la prochaine gardienne, qui devra hériter de l’aura Solo, qui risque de planer encore bien longtemps dans les cages américaines. C’est l’heure de changer de gardienne et il fallait que ça soit l’Apocalypse pour y parvenir. Au fond, c’est l’heure du clean sheet. Parce qu’on n’a plus besoin de Solo.

Vous vous souvenez ? C'était l'époque où l'USSF était fan de Solo. Il y a un mois.
Vous vous souvenez ? C’était l’époque où l’USSF était fan de Solo. Il y a un mois.

O Captain, my Captain.

Ce drama à l’américaine a aussi montré une chose, dans son traitement médiatique : si Hope est l’épouvantard que les médias adorent malmener, elle n’en reste pas moins un facteur révélateur du manque de leadership de cette équipe nationale. Il n’y a eu personne pour contrebalancer ses propos et les condamner, personne pour être capable de détourner le focus des médias sur Solo, qui ont allègrement fait de la portière du Reign le visage de l’équipe. Et c’est en ça qu’elle est largement défaillante.

Toujours est-il que Solo, qui verrait d’ailleurs son salaire dramatiquement s’effondrer en cas de nouveau contrat – elle ne serait plus un allocated player-, semble déjà brûlée sur la place publique, pour des raisons qui sont bien plus complexes que ce que veut bien révéler l’US Soccer. Des raisons dont on peut douter de la légitimité et qui renvoient à bien des soucis antérieurs à la bourde de Solo. Il fallait qu’une tête tombe pour montrer un USSF fort. Il fallait que ça soit celle de Solo. A vous de tirer vos propres conclusions.

Au fond, cette sanction peut aussi avoir l’effet contraire : c’est exactement ce genre de choses qui ont fait de Solo la femme et la joueuse qu’elle est. C’est le charbon de sa flamme. Cette sanction pourrait aussi très bien être le bouleversement à son projet de retraite : faire ce qu’elle a à faire pendant ces six mois puis revenir, encore plus forte, dans le simple objectif de prouver à l’USSF et à ceux qui lui ont tourné le dos qu’ils ont tort. Ce serait du pur Solo. Et ce serait aussi à son honneur.

Ou elle peut tout aussi bien choisir de s’incliner et de s’avouer vaincue. Ca ne sonne pas très bien, non ?

NB : L’union des joueuses fera appel contre la décision de la révocation du contrat. Elle estime que Solo a été lésée et condamnée à une sanction trop disproportionnée et en désaccord avec le 1er amendement.

Photo : featured image : SIPANY

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Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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