Hope Solo – Toujours sur le front

(AP Photo/The Canadian Press, Jonathan Hayward)

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu de nouvelles d’Hope Solo. Depuis son éviction de l’USWNT, la meilleure gardienne du monde, reléguée au troisième rang derrière Sarah Bouhaddi et Almuth Schult, n’est pourtant pas restée sans rien faire. Et ce n’est pas parce qu’elle a été remerciée de l’effectif de Jill Ellis qu’elle a lâché un des combats les plus importants qu’elle ait eus à mener. 

C’est chez Good Sports que celle que l’Amérique a aimé détester s’est fendue d’une tribune virulente. Exit les sketches aux côtés d’Ali Krieger et Becky Sauerbrunn chez Comedy Central – qui était très drôle -, exit les petits tweets et les articles de blog où elle met en avant les injustices que les joueuses subissent, que ce soit au niveau national comme en NWSL. L’ex-Husky sort les crocs et même si elle ne perd pas espoir de retrouver un jour l’uniforme national, elle ne mâche pas ses mots. Et est loin de lâcher l’affaire.

On connaît l’histoire : depuis la Coupe du Monde 2015, c’est le ras le bol général chez l’USWNT, que ce soit l’ancienne génération survivante et la nouvelle. Egalité dans les salaires, égalité de traitement lors des déplacements, égalité d’investissement, c’est ce mot qui est à la bouche de toutes les joueuses. C’est un combat inlassable mené par ces dernières et 5 figures de proue dont faisait partie Solo, ainsi que l’US WNT Union, qui protège les intérêts des joueuses. Dernièrement, alors que la convention collective de l’USWNT est à deux doigts d’expirer – le 31 décembre 2016, pour rappel -, l’USWNT s’est débarrassée d’un des directeurs exécutifs de l’Union et son avocat, Rich Nichols, jugé mauvais négociateur dans la bataille à venir. L’occasion aussi pour Hope Solo de s’exprimer. Traduction made in WoSo France : 

Cela fait longtemps que j’ai été un ardent soutien à la cause de l’equal play. Peu importe que je sois ou non dans l’équipe nationale, cela n’a rien changé. C’est quelque chose que j’ai soutenu pendant mes presque 20 années de service au sein de l’équipe, avant même que nous ne déposions plainte à l’Equal Employment Opportunity Commission – l’agence fédérale qui s’occupe des discriminations au travail, ndla -. Et je ne resterais pas sur le banc parce que j’ai été virée. Ma plainte est toujours à l’étude et c’est quelque chose pour laquelle j’ai bien l’intention de me battre de toutes mes forces.

1918965Pendant toutes ces années au sein de l’équipe nationale, je n’ai jamais perdu du regard les inégalités flagrantes entre les hommes et les femmes – et pas uniquement dans le monde du football – à propos du salaire, de la couverture médiatique, des revenus publicitaires et de la valeur marketing. L’égalité salariale n’est pas uniquement une question de droits des femmes, c’est une question de droits humains. 

Par le passé, de nombreuses joueuses ont tenté de se battre pour cette égalité, mais nous n’avions à cette époque pas assez de leadership pour mener le combat à bien, un leadership qui n’aurait pas craint de monter au créneau contre la fédération. L’US Soccer dispose d’excellents avocats ainsi que de grandes ressources financières, et ils étaient également nos employeurs. C’était logique d’avoir peur de mener ce combat jusqu’au bout. Les joueuses ont fini par accepter de se faire un salaire décent. Et quand je dis décent, j’entends vivre à un bon train de vie pour les Etats-Unis, certes, mais à des kilomètres de ce que peuvent gagner nos homologues masculins.

“Ca me rend dingue de penser qu’on en est encore là en 2016. Qu’on en soit encore à se battre bec et ongles juste pour l’égalité.” – Hope Solo

Qu’on s’entende bien. Ceci est une bataille. Ceci est un combat, et quand il s’agit de pouvoir, personne ne lâche de terrain aussi facilement. Il faut se battre pour le conquérir. Et à mes yeux, c’est ce qui a tué dans l’oeuf beaucoup de mouvements. Beaucoup de révolutions. Les gens craignent de perdre ce qu’ils ont déjà, que ça soit leurs jobs ou encore la vie relativement confortable qu’ils mènent – les gens ont peur de se jeter dans la bataille.

Or, maintenant, nous avons dompté ces peurs. Nous avons déposé plainte auprès de l’EEOC. Et la moindre des choses que je puisse espérer – et je prie pour cela -, c’est que cette équipe reste fort et unie. Nous avons toujours su que ce serait vraiment effrayant et que la pression n’irait qu’en augmentant, en particulier maintenant. La convention collective expire le 31 décembre, et à l’heure actuelle, les gens flippent. A propos des revenus futurs, à propos de la couverture santé, du nouveau contrat, si oui ou non il faut se mettre en grève, le planning des matches. Mais c’est aussi à ce moment précis que l’équipe doit rester soudée, encore plus qu’auparavant, plus que jamais, et ne pas céder à l’US Soccer.

sunil-gulati-us-soccerjpg-e914b20238d9524d_largeLa fédération et son président, Sunil Gulati, sont en train de mettre la pression aux joueuses. Je sais que c’est ce qui se passe. J’ai vu de nombreuses négociations de conventions collectives pendant mon service au sein de l’équipe et l’approche de la fédération n’a jamais changé d’un iota. Leur stratégie est d’instiller la peur dans le coeur des joueuses, afin de nous diviser pour nous vaincre. J’ai eu une bonne relation avec Sunil, honnêtement, et il m’appelait souvent. Mais il est très bon à ce jeu : il tente de se rapprocher des joueuses pour endormir leur méfiance et les adoucir.

On ne peut éprouver des sentiments amicaux avec Sunil et espérer un changement. La véritable égalité ne nous sera pas donnée, elle ne sera pas régie par des contraintes. Nous devons la saisir et ne pas céder un seul centimètre de terrain sur ce qu’on a gagné.

J’ai déjà entendu à la fois le département de la communication de l’US Soccer et le CEO nous appeler “filles” au lieu de “femmes”. Peut-être que ce n’était pas fait exprès, mais je crois sincèrement que le chauvinisme masculin est une institution aux USA. L’US Soccer ne déroge pas à la règle. Je crois que produisons un meilleur résultat sur le terrain que ce que l’équipe masculine fait. Nous avons produit des revenus pour la fédération et personne ne peut nier le fait que nous valons la peine d’être suivies et que nous divertissons les gens, non seulement à domicile, mais aussi dans de nombreux endroits à travers le monde où nous avons des supporters.

Or, dans le passé, l’US Soccer nous a littéralement dit ceci : “Voici le budget que nous souhaitons dépenser pour l’USWNT pour les 4 prochaines années. Dans ce budget, dans cet argent qui est alloué à l’USWNT, nous vous laisserons nous dire comment vous voulez le dépenser.” Ce n’est pas une négociation. Ici, il s’agit de notre employeur qui nous donne des chiffres et c’est à nous de nous débrouiller pour faire en sorte que ça fonctionne.

Et ils vont continuer. Ils vont continuer de nous intimider, de tenter de garder le contrôle sur les négociations, et ils vont continuer de nous donner les chiffres qui seront alloués à l’USWNT, et ils vont continuer d’espérer que cela nous conviendra. C’est exactement ce qui s’est passé, à chaque fois, depuis 20 ans que je suis dans cette équipe.

“Cela ne signifie en aucun cas que nous sommes moins populaires, cela signifie que l’investissement marketing est moindre. C’est la base du marketing.” – Hope Solo

C’est difficile d’entendre l’argument de l’US Soccer sur la raison pour laquelle on ne mérite pas une égalité de traitement, en dehors du fait que nous ne sommes que des femmes et que les femmes gagnent 33% de moins que les hommes. Bien sûr que l’US Soccer n’a aucune envie de débourser des millions de dollars supplémentaires, mais je pense aussi que cela a quelque chose à voir avec le chauvinisme masculin institutionnalisé dans la tête des gens qui travaillent avec la fédération, les gens qui sont dans les boards, et même dans la tête de nombreux membres de staff engagés par l’US Soccer.

cover_art_800x450_2L’édition spéciale de  60 Minutes a ouvert les yeux à bien des gens – en particulier ceux qui ne regardent pas forcément le sport ou qui n’ont pas suivi cette histoire -, parce que l’audience est bien plus grande que les spectateurs d’ESPN. C’est difficile pour nous d’obtenir les chiffres exacts qui marquent les différences de revenus marketings entre l’USWNT et l’USMNT, mais elles sont flagrantes. Même si nous avons bénéficié d’une bonne couverture pendant la World Cup et les JO, je parle particulièrement de ce qui se passe en dehors de ces périodes. Admettons que nous ayons environ 22 matches durant une année sans JO. Regardez l’investissement marketing pour chacun de ces matches versus ce même investissement, mais pour les hommes.

Admettons que les hommes parviennent à remplir un stade avec 35 000 ou 40 000 places, et que nous n’en vendons que 20 000. Il y a une raison pour cela. Cela ne signifie en aucun cas que nous sommes moins populaires, cela signifie que l’investissement marketing est moindre. C’est la base du marketing. Plus vous mettez d’argent, plus la masse de gens qui vous voient augmente, et plus votre argent va les envoyer au stade. C’est logique.

“Peu importe le jour, vous verrez du sport masculin à la télévision, mais la couverture féminine n’atteint pas plus de 4% de la diffusion.” – Hope Solo

Nous avons également dû demander aux sociétés qui disent supporter le sport féminin, et qui font ces excellentes publicités, qui visent à inspirer les femmes et les empowerer, pourquoi diable leur façon d’investir d’un point de vue marketing est si drastiquement différent avec le sport masculin versus le sport féminin. Je connais des compagnies de fringues, des diffuseurs et d’autres annonceurs qui soutiennent le sport, qui pourraient faire tant de choses en plus pour mettre les femmes sur un même pied d’égalité avec les hommes. Et ensuite, il y a ESPN. Peu importe le jour, vous verrez du sport masculin à la télévision, mais la couverture féminine n’atteint pas plus de 4% de la diffusion. Comment les masses peuvent se mettre à plus respecter le sport féminin, si elles ne peuvent pas les voir continuellement à la télévision ?

Ca me rend dingue de penser qu’on en est encore là en 2016. Qu’on en soit encore à se battre bec et ongles juste pour l’égalité.

Ces boîtes doivent faire mieux. Des compagnies à travers le monde doivent faire mieux et investir plus dans les femmes, parce qu’ils disposent de l’argent et de l’influence pour le faire. Peu importe le sport, nous devons investir plus dans les femmes afin d’atteindre la même progression que ce que les hommes ont pu gagner. Nous, aux USA, nous nous battons – en particulier dans l’équipe de soccer -, mais nous devons nous battre pour toutes les femmes dans le monde entier.

Les joueuses en Colombie sont à peine payées. Pendant les JO, nous avons eu un matche cauchemardesque contre la Colombie. J’ai personnellement sué sang et eau dans ce match contre la Colombie. Et vous savez quoi ? Elles se sont montrées, elles ont joué avec tant de coeur, avec tant de passion, pour la simple et unique raison que le monde entier regardait l’USWNT et elles ont arraché l’égalité ! C’était incroyable. Mais elles n’ont pas été payées à la mesure de leurs efforts et de leur passion. Elles ont à peine des nouvelles chaussures, elles ont à peine assez de ballons pour s’entraîner, elles ont à peine des terrains sur lesquels jouer. Comment diable peuvent-elles évoluer au même rythme que les hommes ?

“Voir toute cette haine, c’est voir ce qui ronge la société dans laquelle on vit.” – Hope Solo

Nous devons faire pression pour tous les sports féminins et pas seulement ici, aux US. Et c’est pourquoi les américaines doivent se battre en premier. Nous sommes la vitrine de ce sport et si nous pouvons bousculer les choses, alors il y aura un précédent qui impactera les autres fédérations pour qu’elles suivent.

gettyimages-501693430-0Nous avons les chiffres, nous engendrons des revenus, nous avons une fan base. Il y a de quoi devenir taré de penser qu’on en est encore là. Nous nous battons bec et ongles pour l’égalité. Pour être assez honnête, en regard de nos performances, nous devrions être payées plus que les hommes, mais nous n’avons même pas cette prétention, nous voulons juste l’égalité salariale.

Un peu plus tôt dans ce mois, j’ai sorti une ligne de t-shirt pour une campagne appelée “The Future I$ Equal”, et vous n’avez même pas idée de la masse de haine que j’ai ramassé. J’ai l’habitude que les gens pensent que je suis une grande gueule, mais ça ne m’a jamais atteinte. Mais voir cette haine pour les femmes qui souhaitent l’égalité, les femmes qui demandent d’être payées équitablement, voir toute cette haine m’a sidérée. Les gens disaient des trucs du genre “retourne dans la cuisine”, “les athlètes féminines sont nulles à chier”, “on déteste regarder le sport féminin”. Voir toute cette haine, c’est voir ce qui ronge la société dans laquelle on vit.

Si nous ne parvenons pas à une nouvelle convention collective et que les joueuses décident de se mettre en grève, elles subiront des pressions des deux côtés. La fédération devra mettre sur la table son propre accord, un qui serait, on l’espère, forgé par le principe d’égalité. Les joueuses subiront la pression de ne pas être payées, de perdre des matches et de perdre leur couverture santé. Nous sommes à un point crucial dans ce combat pour faire avancer les choses. Nous avons tant de soutien à travers le monde. Ce n’est pas le moment de baisser les bras.

C’est effrayant. J’ai déjà vu des instants, répétitifs, où notre équipe avait voté la grève parce que nous croyions en ce que nous faisions, et à la dernière minute, laissait tout tomber parce que l’US Soccer avait trouvé un moyen d’intimider et faire flipper les joueuses. J’espère vraiment que ce sera différent, cette fois.

Traduction complète de l’article sur Good Sports, par Hope Solo. Propos recueillis par Jon Baum.

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