Heart of the True North – Canada vs. Costa Rica

Nous devrions sans doute vous parler de la performance. De cette grosse célébration qui confine à l’humiliation du Canada sur le Costa Rica de Shirley Cruz. A ce but punitif dès les deux premières minutes, à peine le temps de s’installer côté photographes, derrière les cages des adversaires des canucks, sur une passe merveilleuse de Kadeisha Buchanan qui vient trouver Sinclair. Sinclair qui centre sur Deanne Rose, qui ouvre le score et vient punir une gardienne qui sera souvent bien trop loin de ses lignes de but. Puis, le hat-trick de la perle Janine Beckie – d’aucuns diraient qu’elle n’est pourtant pas si performante avec le Dash – et le doublé de Huitema. Se prononce « Haï-té-ma », à toutes fins utiles, puisque nous avons clairement l’impression qu’elle va bientôt devenir une habituée des terrains, avec les enfants terribles Fleming, Lawrence, Buchanan, Beckie ou encore Quinn. Huitema donc, qui marque son premier but international, puis son deuxième. En moins d’une minute. Jordyn a 16 ans et son prochain but est de décrocher son diplôme au lycée.

Nous pourrions aussi vous parler de ce but, unique, de Beckie, servie par la non moins unique Christine Sinclair. Une reprise de volée magnifique sur un contrôle de poitrine. Propre. Une Sinclair que certains voient déjà à la retraite, alors qu’elle reste assassine dans la zone de penalty et qu’elle reste cette infatigable machine de guerre, consciente de ses propres faiblesses physiques et assez humble pour faire évoluer son rôle. Aujourd’hui, Sinclair est moins seule devant les buts. Elle distribue, passe le flambeau à la jeunesse. Elle pousse à la connexion entre ses équipières et elle. Sinclair donc, assez humble encore une fois pour balayer d’un geste l’idée même de battre le record d’Abby Wambach, meilleure goalscoreuse de tous les temps. Elle ne sait même plus son propre record. Et elle n’en a cure : la seule chose qui lui importe, c’est d’aider la team à atteindre ce foutu rang 1 dans le classement FIFA, peu importe les sacrifices.

Plus qu’un passage de flambeau déjà évoqué pendant la campagne olympique, il s’agit désormais d’une mécanique bien huilée. C’est une confirmation.

Oui, on pourrait vous parler de tout ça. Mais ce ne serait que répéter ce que les médias canadiens ont abordé. Avec un impérial 6-0, qu’ajouter de plus ?

Mais la victoire au BMO Field, c’est aussi celle des 20,628 supporters. C’est l’histoire des Voyageurs, les Canada Reds, les fans des équipes nationales canadiennes, tout de rouge vêtus, qui hurlent à tour de rôle “We love You” et “Canada is for the Brave”. Ces gosses dans les tribunes, le visage peinturluré des fières couleurs du grand nord. Des petites filles, des petits garçons, peu importe, ils sont tous venus pour supporter leur équipe féminine. Combien parmi ces jeunes nourrissent le rêve de rejoindre un jour les rangs des Canucks ? Comme le dit Huitema, « travaille dur jusqu’à ce que tes idoles deviennent tes équipières ». C’est aussi l’histoire d’une ambiance unique, la chaleur et la fierté canadiennes, chantées en anglais mais aussi en français. C’est aussi le respect, les applaudissements quand la malheureuse gardienne du Costa Rica finit par courageusement se relever après un mauvais choc.

C’est sentir ce stade taillé pour les confrontations du Toronto FC en MLS vibrer pour les femmes. C’est se joindre à la foule et à l’équipe pour chanter l’hymne national, cet hymne adoubé par John Herdman, un hymne absolument crucial à la réussite de l’entreprise canadienne. Le True North.

A chaque minute qui s’écoule, à chaque but infligé au Costa Rica, les sourires s’élargissent un peu plus. Les visages s’éclairent. Au quatrième but déjà, on n’en revient pas. C’est une vraie communion, les RED se lâchent. Herdman hurle sur sa partie du terrain et on l’entend de l’autre bout du corner. Comme d’habitude. Les canadiennes finissent par bombarder leurs tirs vers Ashley Lawrence, qui fêtait ce jour-là son 22e anniversaire, pour lui donner une chance de marquer un but. La parisienne sera finalement créditée sur un assist sur le but brouillon de Huitema. Mais ce n’est pas si grave. Ce n’est pas le plus important. Peu à peu, les vétérans s’effacent pour laisser place à la jeunesse : Sinclair sort. Et ce n’est pas Schmidt qui récupère le brassard de capitaine. C’est Jessie Fleming. Quand Huitema corrige son premier but plus que brouillon – les canadiennes et la gk du Costa Rica finissent dans les cages -, c’est toute la jeune garde qui se précipite et la célèbre. Et ça a quelque chose de beau. D’excitant. Le début d’une aventure prometteuse.

L’arbitre met fin à l’agonie costaricienne. Explosion de joie évidente chez les Canucks, qui ont fait de leur rendez-vous un show intense – il est vrai que le Costa Rica reste une nation mineure de la CONCACAF, en revanche, rendre le match intense même en écrasant l’adversaire n’est pas donné à tout le monde -. Les canadiennes font un tour d’honneur sous les hourras de la foule. Puis, pendant près d’une heure, elles restent avec leurs fans. Reconnaissent quelques visages et se lancent dans les tribunes, sous le regard bienveillant de la sécurité, pour retrouver familles, amis, fans. Sinclair prend un ballon du match et le fait circuler parmi les joueuses. Il sera à destination de Jordyn Huitema, l’héroïne du match avec Janine Beckie, pour son premier doublé avec l’équipe nationale. Entre elles, uniquement de la complicité et de la fierté. Les pancartes sont plus rares qu’aux US, mais distillent la même ferveur. Jusque dans le “Happy Birthday” chanté pour Ashley Lawrence par la foule.

Que leur nom soit déjà inscrit dans la légende ou non, elles prennent le même soin à échanger quelques mots avec les fans, à prendre des photos. C’est le plaisir du bain de foule, mais aussi la possibilité de faire la journée d’une future Jessie Fleming. Parce que ce qui compte au final c’est le souvenir qui reste dans les esprits, bien après que les dernières joueuses aient quitté BMO Field par le tunnel.

Canada is for the brave. And for the respectful.

Retrouvez notre album complet Canada v. Costa Rica ici.

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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