Sights and sound : France – USA : le renoncement au Havre

L’équipe de France de Corinne Diacre assène une claque cordiale à l’USWNT de Jill Ellis. Attendues au tournant, les Américaines se sont révélées impuissantes sur le terrain. Nous y étions. Récit, au bord du terrain, appareil photo au poing.

Il fait un froid glacial au Havre. Rien à voir avec la veille, où, bien au chaud dans les entrailles du stade Océane, où les Américaines se sont succédées aux micros des différents médias – dont le nôtre -, avec chaleur et assurance. Jill Ellis paraît confiante, déconne un peu avec les journalistes Français, dans un français apprécié. Tobin vient nous dire quelques mots, Carli Lloyd est dans un coin, Alex Morgan fait une apparence. La fourmilière est en marche et, à en juger par les couleurs revêtues par la ville du Havre, nous sommes en plein dispositif pré-Coupe du Monde. Tout va bien dans le meilleur des mondes, la machine est lancée, et les championnes du monde viennent affronter les Françaises sur leurs terres. Un joli scénario et une affiche titanesque en perspective.

France – USA : une affiche de rêve

Pour l’occasion, le stade Océane est plein à craquer. La FFF prévient les spectateurs concernant les difficultés à se garer. Parce qu’on loge assez loin du stade, on préfère s’y prendre en avance. On déambule dans les rues, sur les Docks Océane et Vauban, on va voir le match de gala des anciennes internationales, pour retrouver avec plaisir Camille Abily, Laure Boulleau ou encore Brigitte Henriques, rechausser les crampons, le temps de 40 minutes. On tombe sur le musée itinérant « Il était une fois les Bleues ». C’est marrant : on a presque l’impression qu’on est témoin d’une partie de l’Histoire du football féminin. Certes, il y a encore du travail, mais le LOC et la FFF s’activent de manière visible pour préparer correctement l’évènement football de l’année.

Le stade est blindé. Les tribunes sont pourtant clairsemées à quelques minutes du coup d’envoi. Sans doute par mesure de sécurité, mais de nombreux fans exprimeront leur mécontentement sur la façon dont les entrées ont été organisées. Pour une fois, il y a pas mal de journalistes avec du matos imposant sur la ligne de touche, mais quelques visages habitués nous rappellent qu’on est quand même en territoire connu. Les joueuses entrent sur le terrain. Julie Ertz, Megan Rapinoe, Tobin Heath ou encore Kelley O’Hara ne sont pas sur la feuille de match, blessées ou préservées. Mais bon, il est vrai que les USA disposent d’un banc de luxe avec assez d’options pour ridiculiser la plupart des nations avec uniquement l’équipe B. On ne se fait pas trop de soucis et il est vrai qu’au moment des hymnes, il y a un petit frisson. 

La marseillaise, que l’on aime ou pas les valeurs républicaines conquises dans le sang, c’est  quand même quelque chose quand elle est chantée à pleins poumons par 22 000 Français qui ont les crocs, bannières et drapeaux flottants fièrement dans les tribunes, malgré le froid de canard qui nous saisissait à la gorge – et aux bottes.  

Le coup de sifflet. L’ambiance est enflammée. On est en présence de championnes du monde, certaines ont même participé à la finale contre le Japon, bon sang. Et… Quelque chose ne va pas. 

Zéro communication, zéro envie.

Dire précisément ce qui ne va pas ? Difficile, à notre niveau du terrain. La Défense est inefficace, si ce n’est Becky Sauerbrunn et Tierna Davidson qui luttent pour empêcher la percée Française. Davidson commet d’ailleurs l’erreur majeure – jamais transformée cependant – de laisser le couloir libre pour l’incroyable Amel Majri. Le milieu est inexistant – et l’arrivée de Carli Lloyd et Sam Mewis ne servira à rien -. Crystal Dunn ne sait pas où se positionner efficacement. 

Contre des nations mineures, cela ne poserait pas de problème. Sauf que la France n’a rien d’une nation mineure. Et la France de Corinne Diacre n’est pas là pour enfiler des perles. Certes, nous sommes sur une phase de préparation, mais devant 23 000 personnes, il est hors de question de faire mauvais genre. Mais c’est vrai que depuis que l’ancienne sojaldicienne a pris les rênes de l’EDF, les Bleues montent en puissance. Certains egos ont peut-être égratignés pendant le processus, mais le résultat est là. 

Mais le pire ? C’est le silence. Naeher, celle qui a assuré sa place de gardienne partante devant Ashlyn Harris et les autres, est résolument muette. Et que dire de la backline ? Elles glissent certes, mais surtout ne se trouvent pas. La tension monte du côté de la pourtant olympienne Sauerbrunn. Et le manque de communication, voire d’assurance – et ça se voit bien sur la dernière grossière erreur de Naeher, qui ne parvient pas prendre une décision sur la sortie ou la couverture de sa box – est fatal pour les Stars and Stripes. 

Sans le dernier sursaut de Pugh, l’humiliation aurait été totale. 3-0 sur le sol Français, de quoi rappeler aux Yanks 2015, où les Bleues les avaient également tenues en échec à Brest. Les sourires se sont effacés sur le visage des Américaines, qui fuient rapidement dans les vestiaires, sans un salut pour les supporters qui ont parfois traversé tout le pays pour venir les voir. Nous, les pieds glacés, nous attendons en zone mixte quelques joueuses. La plupart sortent vite,  le visage fermé. Certains gestes trahissent des éléments inquiétants. 

Le silence de la colère ?

Press et Horan tiennent le coup et s’infligent le difficile exercice de la zone mixte. Horan ne s’estime pas particulièrement inquiète, même si évidemment, il y a des regrets : les Américaines ont fini leur saison quelques mois auparavant et ne reprendront pas le travail avant avril. Elles n’ont pas joué ensemble depuis Novembre. Donc elles sont en réalité en phase de pré-préparation de la Coupe du Monde. Press minore la défaite en rappelant qu’elles se concentrent sur chacun des matches : « Je me souviens très bien de ce match, le premier de 2015 également. C’était extrêmement intense. Notre rencontre avec l’Espagne aussi va nous permettre de prendre la température, puisque ce sera la première fois que nous jouons contre elles de toute l’Histoire de leur programme. Il y a énormément d’attente qui sont exprimées par rapport à nous et nos futurs résultats. On a de la chance d’avoir la NWSL et une ligue professionnelle domestique. Honnêtement, je ne sais pas où nous en serions sans cette ligue. Certes, nous sommes en break et ça s’est clairement ressenti, contre une équipe de France qui est en plein milieu de sa saison. Il y a encore du travail. L’entraînement individuel aura une répercussion sur le collectif. » 

En quittant le stade, la caméra sur l’épaule, on emporte avec nous quelques grains à moudre. Alors oui, la NWSL est une belle chose. En revanche, tout n’est pas tout rose au pays de l’Oncle Sam, puisque deux draftees de Sky Blue ont tout simplement refusé de venir jouer pour le club du New Jersey. Et si la ligue, après 6 ans d’existence, n’était toujours pas prête à survivre durablement ? Ce serait une énième catastrophe pour le programme Américain. Et l’orage menace encore.

Retrouvez nos images de France – USA sur notre Flickr ! 

Photos : Lisa Durel-W. Et Flora Dubois

Editing : Flora Dubois

ABOUT THE AUTHOR: Lisa Durel

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n'écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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