FIFA Women’s Football and leadership conference – A New Hope

Home of FIFA, Zurich, Suisse. 8h00. Nous sommes un groupe d’hommes et de femmes à traverser la FIFA Strasse. A l’entrée, l’agent de sécurité nous demande s’il peut nous être utile. Il a l’air un peu surpris. Comme s’il n’était pas vraiment au courant que la seconde conférence sur le leadership féminin se déroulait ce jour-là dans les légendaires locaux de la FIFA. Et pourtant.

Venus des quatre coins du monde, les participants sont des athlètes. Légendes fondatrices, jeunes retraitées, coaches, cadres des différentes fédérations, journalistes, docteurs en sociologie, agents… Toute aide est bienvenue, qu’elle vienne des US, de Danemark, d’Ecosse, d’Australie ou du Rwanda. Un vrai tour du monde en 7h, top chrono. Le panel est vaste, le chantier complexe. “L’égalité à travers les réformes”, les mots d’ordre de ce second rassemblement, streamé en direct sur YouTube, qui fait suite à la première édition du Female Leadership Development Programme de la FIFA (FLDP) et s’inscrit dans les efforts de la maison mère du football pour développer le football féminin. A prendre ici au sens large : on ne parle pas uniquement du travail sur la visibilité des joueuses, ni même de l’amélioration des conditions, mais de la FIFA en tant qu’organisation. Ici, c’est la place des femmes sur le terrain et en-dehors du terrain, aux postes clés. Le chantier est vaste, la volonté grande. Cette seconde conférence est l’occasion de poser les bases pour un nouvel élan. L’heure des réformes a sonné.

Transition et ambitions

La FIFA subit bien évidemment une période de transition. En soi, la conférence participe à la petite Histoire de la FIFA : pour Gianni Infantino, c’est le premier événement auquel il participe publiquement en tant que nouveau président de la FIFA. La place des femmes et l’égalité des genres sont devenues, au sein de la FIFA comme de n’importe quel organisme jusqu’aux gouvernements, une promesse – bien souvent prétexte – électorale. Si Infantino assure que l’égalité des genres sera une des priorités de la FIFA sous son mandat, l’attente réside surtout dans les actes.

“Je ne pourrais pas tout supporter seul. J’ai besoin de l’aide de tous pour accéder à l’égalité des genres”

Gianni Infantino

C’est la légende du tennis Billie Jean King qui aura la lourde tâche d’ouvrir la conférence. C’est avec son panache caractéristique qu’elle s’acquitte de cette mission. Et si elle aborde le sujet avec légèreté, plaisantant avec Infantino, personne ne doute de la gravité des expectatives. Elle en profite pour introduire le concept de “Sheroes”, ces héros au féminin, auquel nous adhérons.

“Tout ceci commence par l’accès pour toutes au football (en tant que joueuse ou à n’importe quelle autre place) et par les réformes de la FIFA. Comme le disait Julie Foudy, le but n’est pas de réformer, mais de transformer.”

Billie Jean King

Billie Jean King a été une des pionnières dans la lutte pour l’égalité dans le sport. Non seulement pour les femmes, mais aussi pour les membres de la communauté LGBTQ. En rappelant son histoire, elle rappelle que les choses ont changé. Lentement. En bien. Mais elles ont changé. Pour autant, il est évident que ce n’est pas suffisant. Pour autant, on ne doit pas oublier que les préoccupations qui motivent les américaines dans leur combat, souvent très démonstratif, peuvent sonner comme des “first world soccer problems”, quand on a l’occasion d’entendre l’histoire de Felicite Rwemarika, qui se bat tous les jours au Rwanda pour faire changer les choses dans un pays encore meurtri par le génocide. Quand on entend l’histoire de Lydia Nsekere, de la fédération du Burundi, qui s’oppose aux freinages sociétales et gouvernementaux – les financements proviennent principalement des gouvernements. Il n’existe cependant pas de hiérarchie dans les problèmes de l’égalité des genres : chacun doit être traité et compris dans l’éminemment complexe situation actuelle.

Barbara S BBC FIFA
Barbara Slater – BBC -, Brigitte Henriques, Abby Wambach – premier panel

On le sait, il y a clairement un problème de distribution des ressources. L’éternel problème de ces joueuses, obligées d’assurer à la fois l’entraînement et les compétitions, et un travail à côté. On le voit dans la ligue française : hors clubs pro, difficile de se faire une place dans le classement. Et même si Brigitte Henriques (FFF) assure que le prochain but de la fédération française est de professionnaliser les clubs, Abby Wambach rappelle qu’on manque trop d’occasions par manque de ressources.

La première édition de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA a eu lieu en 1991 – la première étoile sur le jersey de l’USWNT -. Ce n’est que 20 ans plus tard, en 2011, que les premières vraies questions féminines sont soulevées par les médias français, rappelle Brigitte Henriques. Cette Coupe du Monde allemande rappelle au bon souvenir des médias que le football féminin existe bel et bien, et que les joueuses sont capables d’attirer les foules. Pourtant, dès l’édition de 1999, l’impact d’une telle compétition est déjà présent : “L’USWNT devait jouer dans des stades plus petits et les joueuses ont refusé”, explique Abby Wambach. La suite de l’histoire ? “Il y avait un trafic monstrueux. Elles ont été surprises d’apprendre que toutes ces personnes étaient là pour aller les voir“. La couverture médiatique. Encore un autre problème critique pour le football féminin, un des combats que Wambach a à coeur : “On devrait pouvoir allumer la télé et se retrouver devant un match, masculin comme féminin, et prendre son pied“, martèle Wambach, encore une fois. Quand on sait que la SheBelieves Cup n’a pas été retransmise dans son intégralité sur le territoire américain, il est clair que des efforts sont encore à fournir.

On devrait pouvoir allumer la télé et se retrouver devant un match, masculin comme féminin, et prendre son pied

Abby Wambach

Pourtant, les chiffres sont bons, comme le souligne Brigitte Henriques, chargée du développement du football féminin au sein de la FFF et ancienne internationale française. W9 a dégagé un bénéfice de 5 millions d’euros après avoir diffusé la Coupe du Monde en France. Les audiences générales de la Coupe du Monde ont été historiques et encourageantes : d’après Barbara Slater (BBC), qui rejoint les constatations d’Henriques, la moitié des spectateurs de la Coupe du Monde 2015 n’avait jamais vu un seul match de football féminin. Espérons que l’expérience les ait convaincu. Quel est le problème ? D’une part, les chaînes s’estiment chanceuses d’obtenir un tel résultat, alors que la démarche devrait être naturelle. D’autre part, la Coupe du Monde se déroulant au Canada, le décalage horaire permettait de diffuser les matches sans être trop inquiété par la concurrence d’autres programmes ou d’autres événements sportifs. Imaginez un instant la diffusion d’un match de l’équipe de France féminine en même temps qu’un PSG-OL masculin à heure de grande écoute. Les conclusions sont simples. Et accablantes. D’autant que comme le rappelle Wambach, il faut désormais parvenir à capitaliser sur le football féminin entre deux Coupe du Monde : tous les 4 ans, le vent de l’indifférence souffle sur la colline des vagues tentatives apportées. Comme le dit Samar Nassar : “Vous ignorez ce que vous ne voyez pas.

“La FIFA joue un rôle dans la distribution des ressources et dans la couverture médiatique du football féminin.”

Abby Wambach

Et puis, il y a les initiatives qui donnent espoir. L’organisation de la Coupe du Monde U17 en Jordanie est l’occasion de faire un point de situation sur le football féminin et qui rappelle à l’humilité : “Quand les filles jouent au football en Jordanie, elles ne le font pas uniquement pour le sport. Elles le font pour toutes les autres filles“, explique Samar Nassar, chargée de l’organisation de la Coupe du Monde U17 2016. “On doit créer et entretenir une communauté enthousiaste quant au football féminin. On a aussi besoin d’héroïnes, de role-models, pour attirer les foules et inspirer les jeunes“. Et Brigitte Henriques de renchérir : “On doit construire l’image du football féminin ensemble“. Abby Wambach aura le dernier mot : “Les réformes devaient arriver. Il faut regarder le tableau dans son ensemble. Ca va demander beaucoup d’efforts et le courage de notre président pour s’engager (dans ces réformes). Sunil Gulati (le président de l’US Soccer Federation, ndla), en injectant des fonds, nous a donné la possibilité d’être championnes du monde.  Et il a perdu beaucoup d’argent.” Croire, s’accrocher et allouer des ressources même si les résultats ne sont pas immédiats. Cette expérience n’est pas étrangère pour beaucoup d’entre nous. Bruno Bini, le coach de la sélection chinoise, a pour cela une phrase très simple et pourtant si importante : “on donne beaucoup aux garçons et on demande beaucoup aux filles“. La messe est dite.

Un problème de dénomination et de perception

Moya Dodd - AFC -
Moya Dodd – AFC –

Michael Kimmel – aucun lien avec Jimmy -, docteur en sociologie et spécialiste des genders studies américain, se paye la scène dans une démonstration à la fois drôle et juste sur l’importance de l’égalité des genres. D’abord un problème de dénomination et de perception. “Quand on entend “égalité des genres”, on pense immédiatement à une discussion sur les femmes. Quid des hommes dans cette discussion ?” Et il est important d’intégrer les hommes. Inclusion ne rime pas avec exclusion. Notre chance ? Le fait que les jeunes générations ont une vie très différentes de celle de leurs parents, notamment dans la construction de ses relations sociales. En réalité, ces jeunes générations sont confrontés très tôt et de manière naturelle aux relations avec le genre opposé. Et c’est une opportunité. Une opportunité de réaliser – et d’accepter – que chaque homme c’est aussi un fils, un frère, un cousin, un mari, un ami, autant de raisons d’avoir une femme – ou plusieurs évidemment – à laquelle on tient, ou que l’on peut admirer. Et le point crucial est bien là. Ne reste plus qu’à être plus démonstratif dans le soutien de cette égalité. Et là encore, il y a des efforts à fournir. Mais l’inclusion globale est une étape clée. “On doit apprendre à travailler avec les hommes, et vice-versa“, avait déjà bien annoncé Lydia Nsekere. “Si les hommes sont exclus, cela devient un problème exclusivement féminin, et ça ne fonctionne pas“, confirme Kimmel. Abby Wambach en profite pour raconter une anecdote sur FIFA 16 : “Quand j’ai été modélisée par EA à Vancouver, j’ai rencontré le producteur du jeu, qui m’a raconté que c’est sa fille qui lui a ouvert les yeux sur le foot féminin. Au début, j’ai trouvé ça cool. Puis je me suis dit que non, ça ne devrait pas être les filles qui ouvrent les yeux des pères sur le football féminin : les hommes devraient le faire naturellement“. Et que dire lorsque l’on peut être sujette à de multiples discriminations ? C’est l’histoire d’Annie Zaidi, la première coach britannique musulmane. C’est une femme. Elle est asiatique. Elle est musulmane. Il lui aura fallut se battre pour exercer sereinement son métier. Pour faire en sorte qu’on la voit comme une femme mais aussi une coach, et non une terroriste. Les mots sont violents. La réalité l’est encore plus. Comme celle de Felicite Rwemarika, dont nous avions couvert la belle initiative, qui parcourt le Rwanda afin de développer le football féminin. Et participer à la relance économique du pays, tout en garantissant aux femmes et aux jeunes filles une nouvelle vision du monde, où la violence domestique ne doit plus être acceptée. Où chaque femme a une importance, un rôle à jouer, autre que le traditionnel rôle familial auquel on la condamne parfois.

Si les hommes sont exclus, cela devient un problème exclusivement féminin, et ça ne fonctionne pas

Michael Kimmel

Avoir plus de femmes, notamment au sein de la gouvernance de la FIFA, est une promesse. Sur les 37 membres qui siègent au conseil, un minimum de 6 seront des femmes. “Il ne faut absolument pas que ce minimum soit un maximum“, s’inquiète Kristin Hetle, directrice stratégique de l’ONU. “Avoir des femmes, ce n’est pas uniquement parce que c’est fair-play. Ou parce que c’est dans l’air du temps. Mais parce que c’est du bon sens.” Mais au-delà du bon sens, il y a encore et toujours un problème de dénomination. Hetle soulève une question judicieuse : “on parle de football. Et de football féminin. Quand on pense “Coupe du Monde”, on pense instantanément aux hommes. La Coupe du Monde féminine doit ajouter un qualificatif spécifique. Il ne devrait pas y avoir un football PUIS un football féminin, mais un football masculin et féminin.” De même, la sous-représentation féminine dans le staff est un problème : “Tous les coaches masculins ne sont pas bons. Si les hommes peuvent coacher des femmes, pourquoi l’inverse serait impossible ?“, souligne Massar. Et ce n’est pas comme si le football féminin n’intéressait qu’une part ridicule de la population mondiale : quand les pétitions circulent – on pense notamment à Athlete Ally et son #WomenInFIFA -, ce sont des milliers voire des millions de personnes qui les discutent sur les réseaux sociaux. A travers le monde.

Des paroles et des actes

Sunil Gulati (USSF), Sarai Bareman (OFC), Moya Dodd (AFC)
Sunil Gulati (USSF), Sarai Bareman (OFC), Moya Dodd (AFC)

Moya Dodd. Ce nom vous est inconnu ? Avant d’être vice-présidente de la région AFC, elle a évolué avec les Matildas, la sélection nationale australienne. C’est aussi elle qui a en partie porté le projet de réforme en faveur de l’égalité des genres à la FIFA, aboutissant à la promesse de réserver au moins 6 sièges au Conseil de la FIFA, qui remplace le comité exécutif – un siège par région -. Moya Dodd est une flamme fascinante au verbe sans fioriture, droit au but, et souvent – toujours ? – juste. Le football féminin n’est pas un problème. Il fait partie de la solution. Parmi toutes les choses atroces que vous entendez à la FIFA, il n’y en a pas une seule qui concerne le football féminin.” Ces mots sont si justes qu’Infantino les reprendra dans son discours de clôture. Tous les participants encouragent l’action. Faire des conférences est une chose, mais aller sur le terrain est la prochaine étape à sérieusement considérer. Pour autant, peu d’actions concrètes sont proposées à l’issue de cette conférence. Il faut des réformes, certes. Il faut plus de moyens, certes. Il faut une meilleure couverture médiatique, oui. Il faut des best practices qui régiront l’inclusion au sein de la FIFA. Des sièges réservés aux femmes. Mais est-ce que ce sera réellement suffisant ? Le foot féminin aura-t-il un jour autre chose qu’un spot aussi grand qu’un corner dans la zone réservée aux enfants dans le Musée du Football Mondial de Zürich ?

“Le football féminin n’est pas un problème. Il fait partie de la solution. Parmi toutes les choses atroces que vous entendez à la FIFA, il n’y en a pas une seule qui concerne le football féminin.”

Moya Dodd

En quittant Zürich enneigée ce matin, nous avions la tête remplie d’espoirs et d’envie de prendre part à ces changements qui se profilent. Si d’aucuns diront qu’il est grand temps, les bases sont posées et les ambitions sont là. Quant aux actions, il n’appartient qu’à la FIFA de les mettre en place. Et aussi un peu à nous, médias, agents, fans. Mais ce qu’on retiendra, c’est toute cette puissance, tout ce réseau d’hommes et de femmes prêts à apporter leurs pierres à l’édifice féminin du football. A nous de jouer.

Crédit images et vidéo : FIFA

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Session de la matinée

Session de l’après-midi

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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