Choc au Grand Nord : John Herdman dit adieu à son équipe nationale

La nouvelle est tombée dans la nuit : John Herdman, l’homme par qui la reconquête canadienne a commencé, a été nommé par le Canada Soccer Association à la tête de l’équipe masculine. Il prend également en charge l’Excell program masculin. Sa prise de poste est effective immédiatement.

 

Le choc est très rude. A un an de la FIFA Women’s World Cup en France, le timing ne pouvait pas être plus mauvais pour les canadiennes. Les réactions des joueuses sur Twitter ne se font pas attendre et, à en juger par leur contenu, il semblerait bien qu’elles n’étaient pas au courant. Y compris l’emblématique capitaine, Christine Sinclair. L’anglais était aux commandes de l’équipe féminine après leur catastrophique campagne mondiale en 2011, où elles ne marquent qu’un but, un coup franc tiré par Christine Sinclair, et ne dépassent pas les phases de poule. Il avait coaché auparavant l’équipe nationale néo-zélandaise.

Herdman était un miracle à lui tout seul : non seulement les canadiennes renouent avec le succès et n’ont plus à rougir des résultats, s’affinant à la fois techniquement et physiquement, mais il était parvenu à réinjecter une réelle fierté canadienne, un amour du drapeau et de l’hymne national. Il utilise pour cela des images fortes pour souder son équipe autour de sa capitaine, Christine Sinclair, et les soumettre à un pacte : « plus jamais ça », pourrait-on le reformuler, alors que John Herdman réunit ses joueuses à Vancouver pour leur montrer l’image qui symbolise au mieux la honte canadienne suite à la défection en Allemagne : celle de Sinclair, encore elle, abattue suite au coup de sifflet final qui met fin aux rêves canadiens de la World Cup. Il construit aussi sa nouvelle équipe autour du cœur de l’hymne national, le « True North », la vraie raison pour laquelle on se bat, individuellement et par équipe.

Les résultats se ressentent sur le terrain, tant et si bien qu’Herdman explique sa méthode dans un TED à Vancouver – excellent talk, à conseiller à nos lecteurs anglophones. L’équipe évolue et, en 2017, même si les légendes se retirent ou si Sinclair ne court plus aussi vite qu’auparavant, Herdman peut se targuer d’avoir une équipe qui promet beaucoup. Deux médailles de bronze aux JO, en back to back : un exploit rare. Lorsque l’USWNT prend sa revanche sur les canadiennes et que tout est perdu, l’anglais fait entrer sur le terrain ses plus jeunes joueuses : quoi de mieux que de se capper contre une des équipes les plus agressives et la meilleure équipe de la CONCACAF ? Il propose également à ses joueuses de se rendre en Europe pour y apprendre la technicité à la française ou à l’européenne, en témoigne le passage remarqué d’Ashley Lawrence, Kadeisha Buchanan ou encore Sophie Schmidt. Herdman est un fin tacticien, un homme qui apprécie ses joueuses – quand on les entend parler de lui, ou quand on les voit simplement interagir avec lui, on se sent presque en famille – et quelqu’un de drôle et simple.

Alors quand la nouvelle tombe, ce 9 janvier 2018, elle fait l’effet d’une bombe. Nombreux sont ceux qui attaquent de front l’ancien coach et le critiquent ouvertement pour cette défection. Tentons ici de prendre du recul : il s’agit de prendre la place vacante du coach de l’équipe masculine, sur la sellette dès le premier jour, qui n’est pas parvenu à qualifier son équipe pour la coupe du Monde en / Russie. La prochaine échéance étant en 2022,  quiconque bénéficie de la confiance de la fédération voit son poste assuré jusque là-bas. Herdman prévoyait de laisser derrière lui l’équipe canadienne après 2020 et a fait part, dès le début 2017, à la fédération de son souhait de passer au stade supérieur, à savoir les hommes. Parce qu’en dépit du prestige acquis et de l’amour des canadiens pour lui, le football féminin n’est toujours pas ce qui permet la meilleure stabilité. John Herdman est marié et a deux enfants, qui vivent au Canada depuis sa prise de poste, en 2011. Il y a ici un enjeu personnel comme professionnel. Et malgré la 4e place sur le podium du classement FIFA pour les canadiennes, un rang historique, Herdman obtiendrait bien plus de popularité s’il parvenait à reprendre le programme masculin et faire gagner à la CANMNT des places et surtout une qualification en Coupe du Monde.

Ces qualifications sont d’autant plus importantes qu’elles ont un impact direct sur les salaires et le montant des bonus de l’équipe féminine. Ces dernières peuvent faire une croix sur l’augmentation salariale de 2017, puisque les canucks n’iront pas à Moscou. Ainsi, si Herdman gagne son pari – qui en est vraiment un -, il permettra aussi à ses anciennes joueuses de vivre plus décemment. C’est une question qui, même si elle se pose quand même avec le mouvement #EqualPlayEqualPay, est moins importante pour les américaines, avec une fédération qui alloue plus de fond que le budget canadien.

Nous sommes également dans une ère trouble du football féminin : Herdman s’est vu offrir le post de coach de l’Angleterre, côté femmes. Il aurait ainsi non seulement quitté une fédération qui lui est chère, mais aurait également pris le camp de l’ennemi. Imaginez le drama et l’impact sur les canadiennes.

Enfin, son successeur n’est autre que son assistant-coach depuis deux ans, le danois Kenneth Heiner-Møller, qui était à la tête de l’équipe danoise en 2007. Ce n’est pas non plus un inconnu pour les joueuses, ce qui est aussi une bonne nouvelle.

Avant que la news ne soit dévoilée, Herdman s’est entretenu avec Christine Sinclair et d’autres joueuses de l’équipe nationale. « C’est avec le cœur lourd que je quitte l’équipe nationale, parce que nous avons eu ensemble des putains d’incroyables moments. Nous avons fait face ensemble aux heures les plus sombres et elles m’ont vues dans les pires situations. Alors peut-être que je laisse ce groupe derrière moi, mais je suis toujours au Canada et elles n’ont qu’à me passer un coup de fil », convie Herdman à nos confrères de Sportsnet Canada. « Je ne me vois pas vraiment comme si je quittais le programme. J’y suis toujours dans l’esprit », conclut-il.

Reste que la nouvelle ne pouvait pas plus mal tomber. Herdman fait face ici à son plus grand défi, à savoir convaincre la fédération qu’il est aussi capable de mener les hommes à la victoire. Le groupe canadien, même s’il est bourré de talents, doit toujours faire ses preuves et apprendre à se souder, alors que l’échéance de la coupe du Monde est de plus en plus proche. Et la communication semblait à revoir, beaucoup de joueuses semblaient prises par surprise. L’avenir nous dira ce que les Canucks ont en réserve.

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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