Chère NWSL – lettre ouverte

Chère NWSL. Déjà 4 saisons, tu te rends compte ? 4 saisons que tu es là, à assister à la naissance de petites perles – enfin « naissance », c’est un peu présomptueux. « Eclosion » serait sans doute plus juste. Que tu vois aussi les géantes tirer leur révérence. Parfois revenir. Que tu vois des vétérans être au meilleur de leur forme et mener leur équipe vers des objectifs ambitieux. 4 saisons que tu vis, quoi.

N’empêche, ça fait de toi la plus durable des ligues professionnelles des US et de Nord-Amérique. Tu peux être fière de toi, parce que beaucoup ne donnait pas cher de ta peau. Je fais partie de ceux qui te défendent et rient au nez de ceux qui estiment que la D1 Française est la meilleure ligue du monde. Oui, je comprends que le Vieux Continent puisse faire rêver. Parce qu’historiquement, c’est le berceau du football, pas du soccer. Un football attrayant par sa technicité et son challenge. Je comprends, parce que quand on voit Lyon briller au niveau Européen, on ne peut qu’être admiratif, que l’on aime ou non les lyonnaises. Parce que c’est une belle et bonne école, qui a su te fournir tes meilleures joueuses. Qui a su enrichir l’USWNT d’une expérience unique. C’est pour ça qu’on ne te prend pas trop au sérieux, alors que tu es la petite bête qui monte. Enfin. Petite. Quand on voit l’envergure des joueuses qui évoluent en ton sein, c’est vite dit. Et puis, au fond, tu es bien lointaine. Entre 6 et 8h de décalage, pour certains, c’est beaucoup.

Chère NWSL, si tu savais. Si tu savais combien nous sommes à nous réveiller et ou à veiller tard. Très tard. Si tard qu’il en est tôt. Tout ça pour te voir. Pour suivre nos joueuses et nos équipes préférées. Peut-être que tu ne nous vois pas beaucoup, parce que vous êtes des milliers à remplir les stades, religieusement, chaque semaine en saison. Parfois pour trois matches à la suite. Souvent avec des enfants. Des enfants qu’il faut coucher tôt, parce que parfois, ils ont école le lendemain. Je me souviendrais longtemps de ce weather delay, au Maryland SoccerPlex, où des centaines de voitures ont fendu la nuit noire sans que leurs conducteurs n’aient vu la fin du match. Non parce qu’ils en avaient marre. Mais parce qu’ils avaient emmené leurs enfants. Et c’est beau. Nous, on a carrément traversé un océan pour venir te voir, savoir comment tu te portes, s’incruster, le temps de quelques jours, dans la grande famille de la NWSL. On espère qu’on a emporté un peu de l’Europe dans l’aventure. Et c’est avec la même passion qu’on retient notre souffle, qu’on crie, qu’on encourage nos équipes, c’est avec le même amour du Beau Jeu qu’on va fièrement porter tes couleurs, à des milliers de kilomètres de toi. Certains ont même appris tes chants. Et nous savons que nous sommes accueillis par tes supporters américains comme si nous étions des frères et des soeurs. Nous n’avons peut-être pas le même sang, mais nous avons le même coeur.

Chère NWSL, dans quelques jours, tu concluras ta saison, au BBVA Compass Stadium, home of the Houston Dash. Une saison palpitante, avec deux équipes qui reviennent de loin, qui vont se disputer le trophée. Et ça va être génial. Quelle que soit l’issue.

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Chère NWSL, une des raisons pour lesquelles je t’aime tant, c’est parce que tu nous comprends. C’est parce que tu maîtrises les codes de la communication. C’est parce que j’ai tant ri devant les batailles de gifs des CMs des clubs. C’est parce que tu sais faire en sorte que tes joueuses comptent et soient mises à l’honneur. Je t’aime aussi pour tes fans, toutes ces couleurs et cette ferveur dans les tribunes. Ce respect, aussi.

Chère NWSL, je t’aime de tout mon coeur, avec tes innombrables qualités, mais aussi tes défauts. Je t’embrasse toute entière, mais c’est aussi avec tout mon amour que je te conjure de faire attention. N’oublie jamais d’où tu viens. N’oublie pas que tes pieds tiennent sur les cendres de tes deux aînées.

Alors, chère NWSL, prends soin de toi. Prends soin de tes joueuses. De tes internationales. Et de tes infrastructures. Prends soins d’elles parce qu’elles sont ton ADN et tes espoirs, l’espoir d’envoyer tes joueuses en équipe nationale défier l’élite sur les plus prestigieuses pelouses. Prends soin d’elles parce qu’elles peuvent partir du jour au lendemain, raccrocher les crampons et laisser aux fans que le goût de l’inachevé. Parce qu’un contrat saute, parce que l’USSF décide de ne plus compter dans ses rangs une joueuse et qu’elle se retrouve avec moins de 30 000 dollars à l’année. Ce qui représente grosso modo le double d’un SMIC en France est vite mangé en cas de pépin, notamment de santé. Parce que certaines de tes joueuses évoluent sous le seuil de pauvreté. Et pourtant, elles te donnent tout, corps et âme, vie familiale inclue. Elles te donnent tout jusqu’à ce que ça ne soit plus possible. Jusqu’à ce que les sacrifices soient un déchirement. Alors, elles repartent. Comme Buehler. Comme Engen. Comme Winters. L’âge, peut-être – on te le doit, tu es compétitive, physique, et divertissante, on ne peut pas te le retirer -, des envies, sans doute, des besoins, certainement. Comme reprendre des études ou envisager une carrière moins précaire.

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Chère NWSL, prends soins d’elles, parce que pour des gosses, ce sont des héroïnes. Pour des mômes qui sont les légendes de demain, ce sont des autographes, des selfies, des moments passés avec elles magiques parce qu’on croit être spécial.e, pour une minute qui peut être le déclic d’une vie. Parce que les joueuses de demain se pressent déjà en masse près des barrières et respectent leurs idoles et les aiment inconditionnellement comme on aime quand on est gosse. Sans concession.

Chère NWSL, je t’en prie, fais en sorte que nous n’ayons jamais à gratter le vernis. Fais en sorte que ta jolie structure ne s’effondre pas. Laisse-nous la possibilité de rêver, de se dire que dans le monde, il y a une ligue avec des joueuses qui offrent leur coeur à leurs fans, où rien n’est acquis et où chaque saison a son lot de surprises et d’excitation, assez pour nous tenir en haleine pendant la trop longue off-season et nous faire frémir de désir à l’idée de t’accompagner pour une nouvelle. Fais en sorte de voir tes erreurs et les réparer. On est tous humains, chère NWSL. On fait des erreurs. On oublie de miser sur les femmes parce que justement, ce sont des femmes. Des statistiques. Des éventuels partenariats avec des grandes marques. On oublie que les stades se remplissent et que jusqu’en France, on entend le battement des tambours des passionnés, pour des joueuses qui sont plus proches et respectueuses de nous que n’importe quel autre athlète. Alors ne l’oublie jamais.

Chère NWSL, je suis contente de voir que Jill Ellis et l’USSF tiennent leurs promesses. Je te vois grandir depuis deux saisons, depuis que je suis tombée amoureuse. Je vois les hauts et les bas, je vois les légendes partir et d’autres émerger. Je vois que tes joueuses viennent nourrir le roster de l’équipe nationale. Je vois que des européennes viennent évoluer aux USA. Alors, pour finir, un grand merci. Parce que tu as un beau coeur. Et une dernière prière : que cette lettre ne soit pas un testament.

For club and country et jusqu’à ce que la mort nous sépare,

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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