Born a 5th of July – FIFA Women’s World Cup 2015

La route a été longue jusqu’à la finale de la World Cup. La première étape avait été Londres. 2012. Les batailles avaient été rudes. Certaines se souviennent encore des crampons canadiens sur leurs talons. De la rage de Christine Sinclair tandis qu’elle ouvrait le score. Il aura fallu toute leur ferveur, leur talent. Un peu de chance aussi, sans doute. Un mix 100% USWNT avant de pouvoir récupérer la médaille d’or olympique. Jamais l’hymne américain n’avait été chanté avec autant de rires.

tumblr_m8crs1vapd1qiwz5do2_500Le billet pour la World Cup est en poche depuis octobre 2014. Les US seront aux côtés du Costa Rica, qu’elles ont écrasé 6-0 en finale du tournoi de qualifications de la CONCACAF, avec le Mexique et Trinité-et-Tobago. Le Canada, pays hôte, étant automatiquement qualifié. Wambach se paye même le luxe d’enrichir son tableau de 7 buts, s’offrant même le titre de meilleure buteuse du tournoi. Rien ne semble pouvoir ternir le blason américain, orné de deux étoiles depuis 1999.

La route pour le Canada – jusqu’à la terre promise de Vancouver – a mal commencé. Lorient. Les lointaines terres bretonnes n’ont pas été favorables aux américaines. Dans le froid de février, elles s’inclinent. 2-0. C’est là où on commence sérieusement à douter de Jill Ellis, qui expérimente. Jill Ellis qui se contente d’hausser les épaules, puisqu’au final, elle ne regarde pas ce qui se dit sur elle et reste à distance respectable de Twitter. Avec Tony Gustavsson, l’assistant coach, ils cherchent à apporter un renouveau dans la formation américaine. Ellis ne croit pas aux positions fixes et aux schémas tout tracés. Ca lui coûte peut-être sa crédibilité, mais bien souvent, cette non-stratégie s’avère gagnante. Le trophée de l’Algarve 2015 est là pour en témoigner. La revanche sur la France est prise. Le désormais célèbre « we need a bitch, get Kelley » en témoigne aussi.

Dunn aura attendu son heure - photo Patricia Giobetti
Dunn aura attendu son heure – photo Patricia Giobetti

10 avril 2015. Toutes les joueuses qui ont participé aux camps d’Ellis pour la préparation de la World Cup ont leur téléphone dans la main ou sur un coin du bureau ou à n’importe quel endroit où elles peuvent l’attraper en un clin d’oeil et répondre à un appel. Pas n’importe quel appel. Celui tant attendu de Jill Ellis. Parmi elles, Julie Johnston, qui n’y croit plus, et Crystal Dunn. L’une des deux fera partie du voyage, l’autre devra serrer les dents et en profitera pour devenir une joueuse de référence de la NWSL, sous le maillot sang et bleu du Washington Spirit. Beaucoup d’appelées. 23 élues.

3 goalkeepers. 8 defenders. 7 midfielders. 5 forwards. Des records et des « rookies », à commencer par celui de Christie « Captain America » Rampone, qui égale le score de Kristine Lilly dans la course aux plus nombreuses apparences pour la World Cup. 1999, 2003, 2007, 2011 et 2015. A 40 ans, Cap est la joueuse la plus âgée à arpenter la pelouse synthétique canadienne. Wambach et Boxx alignent leur quatrième apparence. Solo, HAO et Lloyd leur troisième. Harris et Naeher ne verront jamais la couleur des goals. Engen restera sur le banc. Les 20 autres joueuses auront leurs minutes. Mais comme le dit si bien Ellis, qu’elles soient restées sur le banc ou qu’elles aient joué, elles sont toutes championnes du monde.

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Qu’on se souvienne. 23 noms. Par position. Ashlyn Harris, Alyssa Naeher, Hope Solo. Lori Chalupny, Whitney Engen, Julie Johnston, Meghan Klingenberg, Ali Krieger, Kelley O’Hara, Christie Rampone, Becky Sauerbrunn. Shannon Boxx, Morgan Brian, Tobin Heath, Lauren Holiday, Carli Lloyd, Heather O’Reilly, Megan Rapinoe. Sydney Leroux, Alex Morgan, Christen Press, Amy Rodriguez, Abby Wambach. 23 noms qui allaient se retrouver sur le toit du monde, un 5 juillet au soir.

Meghan Klingenberg sauve in extremis la face des USA contre la Suède
Meghan Klingenberg sauve in extremis la face des USA contre la Suède

Mais avant d’en arriver là, il faut sortir du groupe de la mort. L’Australie, le Nigéria et la Suède ne feront pas de cadeaux. Parfois, tout tient à peu de choses. Parfois, ça tient presque du miracle. Comme la tête salvatrice de Klingenberg qui permet au score contre la Suède de rester à l’équilibre – et quelle image, Pia Sundhage et Jill Ellis qui se saluent à la fin du match -. Ou comme le but pour une fois du pied d’Abby Wambach contre le Nigéria, qui permet à l’USWNT de s’envoler vers les quarts. Les phases suivantes ne sont pas plus brillantes tandis que l’étau se resserre. 1-0 contre la Chine. 2-0 contre l’Allemagne. Ce n’est pas fou. C’est un peu poussif. Il faut attendre le sub d’O’Hara pour que ça décolle. Le scénario semblait se dessiner d’avance, avec un sale goût de déjà vu, tandis que l’on apprend que les adversaires des stars and stripes seraient les japonaises.

Haters gonna hate (Photo by Kevin C. Cox/Getty Images)
Haters gonna hate (Photo by Kevin C. Cox/Getty Images)

On imagine la pression. Sur les épaules d’Ellis. Sur les épaules de chaque joueuse. Tout un pays est derrière elles. Certaines le savent. Ce sera leur dernier tournoi majeur avant de raccrocher les crampons. La veille, Abby Wambach s’assied devant les caméras de Fox Soccer, qui aura soutenu les américaines pendant toute leur campagne. Elle demande à l’équipe technique de la laisser seule. Abby Wambach, la légende aux 184 buts internationaux. Vivement critiquée pour avoir squatté une place dans le roster alors qu’elle a passé la saison à « ne rien faire », en tout cas loin des Western New York Flash, repliée à Rochester sur les terres qui l’ont dévoilée, à jouer au golf et à chiller.

Abby Wambach demande donc à l’équipe technique de la laisser seule. Et délivre un speech de 7 minutes. Pour elle, capitaine emblématique de l’USWNT, c’est presque une routine. Pour d’autre, ce discours changera la vie. Sur les 7 minutes, elle ne parle que très peu d’elle. Elle parle surtout de l’équipe. Ses teammates, passé et présent. Et les fans. Elle est comme ça, Wambach. Inspirante presque involontairement.

Elles ont tout à prouver, ce soir-là. Alors qu’elles sont dans les vestiaires, à enfiler leurs protège-tibias, elles savent qu’on les regarde et qu’elles doivent prouver que l’histoire ne se répète pas. Cheney, Boxx, Wambach, Rampone. Que se disent-elles alors qu’elles endossent pour la dernière fois les couleurs nationales pendant une Coupe du Monde ? Quel regard se jettent Wambach et Solo, qui ont traversé tant d’épreuves ensemble ? Quelle promesse silencieuse alors que le compte à rebours débute ?

Don't mess with the hurricane (image : Getty)
Don’t mess with the hurricane (image : Getty)

L’hymne de la FIFA. Ce rythme à la fois enfantin et entraînant. On se serre une dernière fois la main, on inspire profondément. La grande Histoire se mêle à la petite. Certaines ont des revanches à prendre. Ali Krieger repose le pied au BC Stadium de Vancouver, où elle avait fait une croix sur ses rêves olympiques en 2012, avec une rupture des ligaments croisés sévère. La vraie aventure commence maintenant. Elles doivent toutes prouver que le football féminin n’est pas une affaire de statistiques comme voudraient le prouver trop de médias – sinon on serait devant un match de FIFA 16 et ce serait pareil -. Mais de coeur. De passion. De fierté.

En entrant sur le terrain, dans le regard calme et déterminé de Carli Lloyd, la capitaine de ce soir, on comprend qu’elles se battent pour leurs couleurs. Pour leur drapeau. Pour la troisième étoile manquante sur leur blason. Pour leurs familles dans les tribunes. Pour leurs coéquipières qui s’apprêtent à faire leurs adieux. Elles se battent aussi contre le Japon, pour effacer l’amertume dans leur gorge. Elles se battent pour entrer dans l’Histoire. Elles se battent devant 53 341 supporters – largement acquis à la cause US -, mais aussi devant des millions de téléspectateurs – l’édition 2015 de la FIFA Women’s World Cup a battu tous les records d’audience -. L’USWNT a un message à faire passer. Un message d’espoir et de ténacité pour toutes les jeunes filles du monde entier. Un beau message à l’américaine. Pourtant si essentiel.

Il faut seulement quatre minutes pour que le monde comprenne que le bulldozer américain était en route, comme si elles s’étaient réservées pour cette apothéose. Carli Lloyd ouvre le score. Tout va très vite. All it takes is one, a pour coutume de dire Abby Wambach. 2 minutes plus tard, l’écart se creuse à nouveau, encore une fois Lloyd, surgie de nulle part, comme si les japonaises avaient simplement oublié son existence. La formation expérimentée la veille par Ellis et Gustavsson porte bien plus ses fruits que ce qu’ils avaient pu imaginer. A la 14e minute, c’est Lauren Holiday qui terrasse la défense des Nadeshiko avec une reprise de volée splendide. Peut-on rêver plus beau baroud d’honneur ? Son sourire n’a pas de prix tandis qu’elle frappe dans la main d’Alex Morgan. 3-0 à 14 minutes de jeu. Le BC Stadium est en feu. Est-ce possible ?

Celebrations time (image : Associated Press)
Celebrations time (image : Associated Press)

Et soudain, à la 16’, l’envolée sauvage. Carli Lloyd arme sa jambe. Au milieu du terrain. Personne n’y croit. Elle frappe. Et remporte instantanément le prix Puskas du coeur des spectateurs, incrédules. Le stade entier se soulève. Des coeurs ratent des battements. Hommes et femmes confondus, ce but doit être parmi les plus beaux jamais délivrés. Lloyd se précipite vers Solo, qui l’étreint et embrasse sa joue. Elles qui ont vécu les plus terribles épreuves aux heures sombres de l’USWNT viennent de prendre une terrible revanche. La frappe de Lloyd – et le but consécutif – est un peu la métaphore de l’équipe américaine : ne jamais cesser de croire, même contre tous les pronostics. Take. The. Shot.

Ca fait longtemps que Krieger a laissé tomber le chignon pour laisser sa crinière corbeau flotter au vent. Shit just got real. Et même si les japonaises reviennent au score, plus rien ne peut arrêter l’aigle américain. Heath achève les Nadeshiko à la 54’ minute sur un centre de Moe Brian, la petite rookie. 5-2. Ce sera le score final. A la 79’ minute, Abby Wambach s’avance sur le terrain, pour la dernière fois en Coupe du Monde, un sourire aux lèvres. Lloyd approche et insiste. Elle lui donne son brassard, parce qu’elle veut qu’elle le porte pour sa dernière finale. Aux yeux de Wambach, ce n’était rien. Aux yeux de l’équipe, c’était tout. Elle rendra elle-même hommage à sa capitaine, Rampone, au moment de soulever la coupe. C’est un beau moment. Une marque de respect exemplaire qui illustre encore une fois l’état d’esprit de l’USWNT : l’héritage est une clé majeure mais le respect envers les vétérans en est une autre qui n’est jamais négligée. Wambach ne fera rien de ces quelques minutes de jeu, mais déjà un chapitre s’achève.

The USA's Abby Wambach (R) receives the captains arm band from teammate Carli Lloyd during the 2015 FIFA Women's World Cup final between the USA and Japan at BC Place Stadium in Vancouver, British Columbia on July 5, 2015. AFP PHOTO/NICHOLAS KAMMNICHOLAS KAMM/AFP/Getty Images
The USA’s Abby Wambach (R) receives the captains arm band from teammate Carli Lloyd during the 2015 FIFA Women’s World Cup final between the USA and Japan at BC Place Stadium in Vancouver, British Columbia on July 5, 2015. AFP PHOTO/NICHOLAS KAMMNICHOLAS KAMM/AFP/Getty Images

5 minutes de temps additionnel sont accordées. 5 minutes c’est court. 5 minutes, c’est toute une vie. Sur la ligne, Dawn Scott compte à voix haute les dernières secondes qui les séparent du titre. Et soudain, c’est terminé. Ellis explose. Ali Krieger s’effondre à genoux sur la pelouse et fond en larmes. Les subs se précipitent sur le terrain. La joie de Rapinoe n’a aucune limite. Lloyd serre les poings et HAO se jette sur elle. Solo, Lloyd, Harris et Wambach s’étreignent. Wambach s’éloigne, un peu hagarde, pour célébrer avec ses partenaires. Mais une main s’abat sur son bras et la retient. C’est celle de Solo, encore gantée. Elle la regarde. « Putain Abby, on l’a fait », semble-t-elle lui dire. Est-ce que tu t’en rends compte ? Entre rire et larmes, Wambach vient la serrer contre sa poitrine. Si Hope est certaine qu’elle a encore des choses à prouver au monde entier, pour Wambach, c’est terminé. Elle peut partir sereine. Tout est parfait. Tout est réglé. Elle n’a plus rien à donner, plus rien à pardonner ou à regretter. Solo et Wambach s’étreignent comme en 2011, après l’haletant match USAvBrésil à la World Cup allemande. Et on comprend que leur histoire dépasse de loin celle de l’équipe nationale. Lauren Cheney et Solo envoient des baisers dans les tribunes. Pour leurs maris. Pinoe dance. Krieger se précipite vers les tribunes avec Ashlyn Harris et son frère, Kyle, la soulève pour l’embrasser. Sauerbrunn et Klingenberg partent caracoler avec la bannière étoilée. Johnston et Heath font les anges dans les confettis. Wambach aperçoit son épouse, Sarah Huffman, et traverse le terrain. Sarah lui hurle de l’embrasser, et l’image fera le tour du monde, quelques semaines après que le mariage homosexuel ait été reconnu dans tous les états américains.

C’est une fête. Une magnifique célébration. Sportive, certes, mais porteuse de tant de messages et de beauté. Autant de raison d’aimer cette équipe et ces joueuses. Un an aujourd’hui. Beaucoup manquent désormais à l’appel et ce souvenir semble presque surréaliste tant le visage de l’équipe a pu évoluer. C’est presque secondaire. Seule compte vraiment la légende.

Il y a un an, jour pour jour et presque heure par heure, à des milliers de kilomètres de là, une jeune inconnue reprenait son souffle et séchait ses larmes, entre joie et éternelle gratitude. Parce que sa vie venait de changer. WoSo France venait de naître dans son esprit. Et pour elle, ces 23 joueuses resteraient longtemps gravées dans sa mémoire, comme ces 90+5 minutes.

Crédits images : USSF/FIFA/GETTY

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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