Adelaïde Gay – Une américaine en Suède

Vous ne la connaissez peut-être pas, mais notre première invitée est une goalkeeper de talent. Evoluant au sein du Kvarnsvedens IK, équipe suédoise ayant récemment gagné son droit d’entrée dans la plus haute division du championnat suédois, le Damallsvenskan, elle fait partie de ces joueuses américaines qui dédient une partie de leur carrière au football européen, comme Ali Krieger ou Ashlyn Harris. Et ça tombe bien, elle a également fait partie de l’équipe de réserve des Washington Spirit.

Adelaide-Gay-RainAdelaïde Gay nous répond quelques instants avant le dernier match de Shannon Boxx, contre le Brésil. Elle est encore un peu fatiguée et s’en excuse : après un vol retour Suède – US, il y a de quoi être jetlaguée. La goalkeeper de Kvarnsvedens est de retour dans le New Jersey pour quelques mois, le temps de l’offseason suédoise, pour se ressourcer, revoir sa famille et ses amis.

Son parcours, elle le partage avec beaucoup de joueuses américaines : elle joue au soccer dès son plus jeune âge, tombe amoureuse du goalkeeping grâce à son père, gardien à l’université tant et si bien qu’elle n’a jamais envisagé d’évoluer à un autre poste, puis développe ses talents à l’université. Membre des Yale Bulldogs pendant un an, elle part ensuite à l’University of North Carolina, pour qui elle remporte le championnat national en 2012, avec Ohai et Dunn comme équipières. Elle joue ensuite avec les Portland Thorns pour la saison inaugurale de la NWSL en 2013, en tant que doublure de gardienne. Pas une minute sur le terrain pour cette saison. C’est ce qui la décide à prendre de l’expérience : en 2014, elle signe pour la réserve des Washington Spirit, l’équipe amateur évoluant dans la W-League, (ex)second niveau féminin de la pyramide de l’United States Soccer Leagues, juste après la NWSL – une équipe de réserve compte dans ses rangs les joueuses potentielles pour remplacer les titulaires de l’équipe appelées par le devoir national au sein de l’USWNT. Ce sont des joueuses qui sont à l’université et qui viennent jouer entre deux années d’études. – Ce qui ne l’empêche pas de s’entraîner avec l’équipe pro : les Spirit, c’est d’abord et avant tout une grande famille.

Adelaide-Gay-GoalkickEn novembre 2014, un de ses agents lui propose de rejoindre Kvarsnvedens, à des milliers de kilomètres de sa patrie. La Suède, terre d’exil ? Pas pour Adelaïde, qui s’y sent comme chez elle aujourd’hui. “Au début, c’est un peu difficile, bien sûr : il y a le décalage horaire et les particularités géographiques de la Suède. Par exemple, en hiver, on est opérationnels vers 14h, ce qui laisse pas mal de temps pour boucler ce qu’on doit faire dans la matinée. Et puis c’est toujours un peu compliqué pour avoir des nouvelles de nos familles et de nos amis : on doit souvent couper court, parce qu’il est minuit et qu’on a un match le lendemain.” On connaît plutôt bien le problème dans la communauté. C’est d’ailleurs ce qui l’a empêchée de suivre avec assiduité la saison passée de la NWSL. “Au début, on se sent un peu seule, surtout quand on ne parle pas la langue du pays. Ca va mieux, maintenant, j’ai vite appris les termes du soccer suédois et je comprends la plupart des choses que l’on me dit.” Et de partir sur un rire lorsqu’elle explique qu’elle ne répond pas en suédois, de peur que ses interlocuteurs croient qu’elle est bilingue. “Mais les suédois sont des gens très accueillants qui parlent anglais sans souci”, sourit-elle.

Le club de Kvarnsvedens IK se trouve à Borlänge, une petite ville à 2h30 de train de Stockholm. Si les Washington Spirit sont une famille, Adelaïde en a trouvé une autre en Suède : “Aux Etats-Unis, on dispose de certains moyens : le staff est en uniforme, nos relations sont professionnelles, dans le bon sens. Borlänge est une petite ville, on apprend à vite se connaître. Par exemple, le coach nous aide à ranger le matériel et on s’entraide quand on doit faire des travaux dans les appartements des uns ou des autres. C’est quelque chose que je ne connaissais pas et c’est génial.” Il y a aussi une relation particulière avec les fans : “Il n’y en a pas beaucoup, surtout en hiver (rires). Mais au fil des mois, on reconnaît quelques figures familières et il y a de plus en plus de gens qui viennent nous soutenir, ça fait chaud au coeur. Après l’entraînement ou les matches, on va manger dans un restaurant tout près du stade. Les gens nous reconnaissent et nous félicitent. C’est un peu moins évident aux Etats-Unis.

Si Hope Solo ou Ashlyn sont des superstars c’est parce qu’elles ont une vraie attitude, un vrai charisme.

Adelaïde Gay

Adelaide-Gay-KIKLa Suède, au-delà de ses particularités géographiques et de ses bonbons – “ils en ont une variété extraordinaire et il faut les planquer, sinon je risque de mettre mon nez dedans, et c’est mal parti” plaisante la gardienne, qui nous avoue bien volontiers que c’est son péché mignon suédois -, c’est aussi un football différent. Européen. “C’est d’autant plus évident quand on est goalkeeper : j’avais l’habitude d’avoir en face de moi des joueuses qui frappaient de toutes leurs forces dans la balle en espérant que ça rentre, alors qu’en Suède, c’est beaucoup plus technique. Ca s’approche de ce qu’on peut voir chez les hommes, au niveau de la tactique : les joueuses vont attendre la dernière passe, tirant souvent des ailes pour un dernier geste technique qu’il faut anticiper. Cette expérience en Europe m’apporte une dimension technique enrichissante : j’apprends à lire le jeu différemment et ne pas me laisser surprendre.” C’est aussi pour cette raison que les joueuses américaines, comme Krieger ou Horan, qui évolue actuellement au Paris-Saint-Germain, choisissent de parfaire leur technique en Europe. Quand on lui demande s’il y a une différence de traitement entre les gardiennes américaines et européennes – après tout, Hope Solo ou encore Ashlyn Harris sont élevées au rang de superstars là-bas -, elle secoue la tête : “Si Hope Solo ou Ashlyn sont des superstars, c’est parce qu’elles sont vraiment cools, sur le terrain et en dehors. Elles ont une véritable attitude, elles sont charismatiques et sont classes. C’est sans doute parce que les médias leur offrent la possibilité de faire briller cet aura. Je n’ai pas l’impression d’être traitée comme une citoyenne de seconde classe, même s’il existe des différences entre les hommes et les femmes, mais qu’on retrouve partout. La ligue suédoise féminine est solide, avec des joueuses de grande qualité, et est reconnue en tant que telle.” Et en effet, on retrouvera en quart de finale de l’UEFA Women’s Champions League le FC Rosengard. Le club d’Umeå a été le premier à conserver son titre, entre 2002 et 2004.

Le football européen est différent techniquement et tactiquement : il s’approche de ce qu’on peut voir chez les hommes.

Adelaïde Gay

Adelaide-Gay-Ashlyn-HarrisLe mentalité y est différente : “Aux Etats-Unis, il y a cette flamme qui fait s’accrocher les filles jusqu’à la dernière seconde même si elles sont en train de perdre – et qui ne s’applique pas à toutes les équipes. A Kvarnsvedens, nous avons connu un début de saison incertain et on se disait que l’enjeu de cette saison serait d’avoir le meilleur résultat possible sans espérer déplacer des montagnes. Et au fur et à mesure de la saison, on a pris de l’assurance” La suite, c’est l’élévation de l’équipe au niveau supérieur pour la prochaine saison.

Le match va bientôt commencer. L’occasion de glisser quelques mots à propos des retraitées, Boxxy, Holiday, Chups ou encore Buehler, qui a pris sa retraite un peu plus tôt : la fameuse question de l’héritage sportif. Adelaïde acquiesce. “Ce sont des joueuses exceptionnelles et elles ont contribué au changement du soccer féminin. J’ai joué avec Lauren Cheney au sein de Pali Blues et je l’admire en tant que personne. C’est quelqu’un de sincère, d’authentique. C’est pareil pour Rachel Buehler, avec qui j’ai joué à Portland. Elles font attention à tout le monde. Elles ont changé le jeu, mais elles ont aussi touché le coeur de nombreuses personnes. Peu importe le nombre de médailles accumulées, elles faisaient attention à tout le monde et te faisaient te sentir bien. C’est le genre de Role Models qui te poussent à être une meilleure personne, une bonne équipière, mais aussi quelqu’un sur lequel on peut compter, en dehors du terrain.” Elle marque un temps. “Quand on joue au soccer, on veut que les gens se souviennent de nous pour notre jeu, mais quand je prendrai ma retraite, je me souviendrai de mes teammates, celles qui m’auront permis de traverser les meilleurs comme les pires moments. Mes compagnes de batailles.

Les Startings XI sont annoncés. Il est bientôt l’heure de laisser notre invitée. Les USA. On plaisante sur le fait qu’Ashlyn Harris, avec qui elle est amie, jouerait sûrement à Orlando pour honorer sa prochaine équipe – à ce moment, rien n’avait été officiellement annoncé -. Elle sourit. Et revenir chez les Spirit ? Elle hésite : “Pour être honnête, ce n’est pas encore le moment pour moi de rentrer. La Suède est parfaite pour moi, physiquement comme mentalement. Alors, oui, je reviendrais sans doute aux Etats-Unis et ce serait un honneur de retrouver les couleurs des Spirit – Mark Parsons prend parfois des nouvelles, et je suis loin d’être une complète étrangère. Mais plus tard.” On aura peut-être l’occasion de voir évoluer Adelaïde la saison prochaine alors, mais pas dans la NWSL. D’ailleurs, elle a suivi la saison de loin, difficilement à cause du décalage horaire, avec le même plaisir que nous lors de la finale opposant le FC Kansas City au Seattle Reign. “En tant que joueuses, on connaît l’envers du décor, et ce match est aussi le résultat des efforts titanesques des joueuses et du staff. Elles ont beaucoup de mérite, même si je suis contente que le FC KC ait remporté la victoire.” Pour Lauren. “Mais objectivement, je trouve que les Spirit font un job extraordinaire, puisqu’ils ne bénéficient pas des retombées d’une équipe de MLS.” Et de conclure : “Le lancement de l’Orlando Pride est un bon signe pour la ligue. J’ai hâte de voir son évolution.

Quand je prendrai ma retraite, je me souviendrai de mes teammates, celles qui m’auront permis de traverser les meilleurs comme les pires moments.

Adelaïde Gay

Il est à présent l’heure de nous quitter. Son pronostic porte sur un clean sheet de Solo et une victoire. On a tenu le pari, mais le match nous donnera tort. Adelaïde Gay nous donne rendez-vous en mars, pour la reprise du championnat suédois. Et en attendant, on lui souhaite de bonnes vacances – studieuses, puisqu’Adelaïde mènera des formations de goalkeepers à l’intention des jeunes joueuses, aux Etats-Unis.

Adelaide-Gay-Ashley-Palmer

 

 

Dans la peau d’Adelaïde Gay :

A quoi ressemble une journée d’entraînement type ?Tout dépend du moment de la semaine : en matinée, les entraînements se font individuellement sur les performances des gardiennes, et en fin de semaine, les entraînements se font en équipe. Dans tous les cas, les séances sont intenses, avec des focus sur l’air.

La playlist : Little but Little (Ulf Nilsson)

Waiting for Love (Avicii) et Avicii en général

Are you with me and Reality (Lost Frequencies)

Fan va Bra (Jakob Karlberg)

Talking Body (Tove Lo)

Son livre préféré : la saga Harry Potter : “c’est vrai ce n’est peut-être pas très philosophique, mais à chaque fois que je me sens un peu triste, je les lis et je retrouve le sourire. C’est comme regarder Friends.” On serait nombreux à se rallier à ce plaisir coupable, n’est-ce pas ? Elle a également lu Les Jeux Sont Faits  de Sartre à la fac. Et en français dans le texte, s’il vous plaît !

Ses hobbies en dehors du terrain : la lecture et l’écriture. Elle a également été responsable communication pour les Washington Spirit

Rituel d’avant jeu : Adelaïde n’est pas particulièrement superstitieuse. Elle a sa routine dans les vestiaires et check ses défenseurs avant chaque début de match.

Son truc de gardien : Sortir de sa ligne. Un jeu plus physique et spectaculaire, que l’on peut rapprocher de celui d’Ashlyn Harris.

Pourquoi être gardien ? : En dehors de l’héritage transmis par son père, c’est aussi parce que le poste de gardien est tactique.

Son meilleur souvenir de football : Sa victoire en NCAA avec l’Université de Caroline du Nord

Son meilleur souvenir de World Cup : en dehors de la finale contre le Japon, le quart de finale France – Allemagne. Avec cette confession : “la France méritait de gagner, elles dominaient le jeu !

Photos : avec l’aimable autorisation d’Adelaïde Gay et d’Ashley Palmer

Suivez Adelaïde sur Twitter et sur son site

Site d’Ashley J. Palmer, qui vaut le détour !

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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