Abby Wambach – Les légendes s’écrivent jusqu’à la dernière seconde

Pour la première fois de l’histoire de Women’s Soccer France – et je les espère rares, ces itérations -, je vais prendre la parole en mon nom propre et j’espère que vous saurez le pardonner. Première tribune pour le site, et non des moindres : cette nuit, je vais rendre hommage à Mary Abigail Wambach, la numéro 20 de l’USWNT. Qui, en sortant de la petite sauterie de l’USWNT à la Maison Blanche, fait – enfin, d’aucuns diront – tomber le couperet : le 16 décembre prochain, la légende aux 184 buts tirera sa révérence.

Dire que j’ai été surprise serait mentir. Je redoutais simplement l’échéance. Oui, objectivement, c’est logique, c’est même la meilleure décision : son départ permettra de libérer une place dans le roster pour Rio. Elle n’est plus capable de tenir 90 minutes. Et ses dernières performances ne sont que l’ombre de ce qu’elle a pu produire, encore quelques années auparavant. Mais si je m’étais arrêtée à ces considérations, légitimes quoique techniques, je n’aurais jamais découvert la légende derrière l’undercut peroxydé. Et à vrai dire, avant la finale de la FIFA Women’s World Cup 2015, je ne savais rien d’Abby Wambach. Il ne m’aura pas fallu des buts – de toute façon, j’avais raté mon unique chance, avec le but contre le Nigéria -, il m’aura fallu des gestes. Deux en particulier : à la 79e minute, lorsque Wambach entre sur le terrain et récupère le brassard de capitaine des mains insistantes de Carli Lloyd, dans un geste de respect absolu, et après le coup de sifflet final, lorsqu’elle se sépare de ses coéquipières pour retrouver sa femme dans les tribunes et l’embrasser, pour un cliché qui fera le tour du monde. Abby Wambach venait de rajouter le seul titre qui manquait à sa carrière florissante : celui de championne du monde.

L’USWNT a ça de particulier, c’est qu’on ne l’aime pas uniquement pour ses performances : on l’aime pour son visage humain. Pour cet esprit de famille qui unit toutes les joueuses entre elles – certaines plus que d’autres, certes -, que ce soit sur ou en dehors du terrain. Parce qu’elles sont capables de nous atteindre au plus profond de nous, dans des émotions pures et fortes. Parce qu’elles s’engagent pour des causes qui dépassent le sport. Dire d’Abby Wambach qu’elle est une joueuse d’exception, la meilleure buteuse de tous les temps, hommes et femmes confondus, dire que si sa tête pouvait être une joueuse, elle serait dans le top 10 mondial avec plus de 70 buts enregistrés par un header héroïque, sur les 184 de sa carrière, dire qu’elle a ridiculisé le record de Mia Hamm, ce ne serait que se concentrer sur ses actes sur le terrain. Wambach est bien plus que cela. Elle est un leader, de ceux que l’on suivrait jusqu’en enfer s’ils le demandaient. Une légende. Humble et engagée, elle a contribué à ouvrir la voie vers un meilleur football féminin, cette mission qu’elle a eu à coeur jusqu’à la dernière minute – et qu’elle aura à coeur toute sa vie, sans nul doute. De ses sorties provocantes à l’égard des sponsors ou encore de la FIFA pour le TurfGate, elle a, à sa manière, aidé aux changements dans le sport. De sa tête géniale sur le non moins génial cross de Pinoe, à la 122e minute du quart de final de la World Cup 2011, elle a inscrit sa légende en lettres de feu et a inspiré la nouvelle génération de l’USWNT.

Mais bien plus que cela, elle a inspiré tant de personnes, hommes, femmes, jeunes, vieux. Elle a appris à une gamine de 23 ans le véritable prix de l’échec, avec ses mots simples et son expérience extraordinaire. Comment peut-on se relever après avoir échoué, si près du but. Si près de remporter ce championnat régional, sa première grosse déception. Si près de ce titre de championne du monde, en 2011. Comment apprendre à s’humilier pour trouver la force de se battre et se remettre en selle, pour remporter de plus brillantes victoires. Comment ne pas craindre l’échec mais l’apprivoiser, ne jamais le perdre de vue, pour donner le meilleur de soi. Peu importe ce que l’on peut entendre, peu importe les obstacles : poursuivre son rêve, quel que soit le prix et ne jamais cesser d’y croire, même à la 122e minute, quand tout semble perdu. Et en ces mots simples mais précieux, elle a ému bien plus que les sportifs et les aspirants sportifs du monde entier : chacun peut y puiser son inspiration. Cette gamine, ça peut être moi, ça peut être vous. Ca peut être cette petite fille à qui l’on dit qu’elle ne pourra pas jouer au foot parce que c’est un sport de garçon. Ca peut être ce jeune homme qui a rendu les armes et qui s’est résigné, face à tout ce que la vie peut nous opposer.

>> Vidéo (VOSTFR) : “Abby Wambach : Endosser les couleurs nationales est toujours une fierté pour moi “

Exemple de générosité et d’humilité, c’est avant tout l’équipe qui prime, dans sa philosophie. Si elle a déjà exprimé par le passé que le titre de championne du monde, elle voulait le gagner pour sa carrière, il n’y a pas eu un instant sur le sol canadien où elle n’a pas parlé d’à quel point chaque joueuse de l’équipe, qu’elle soit sur le terrain ou sur le banc, méritait cette récompense. Elle n’a pas perdu un instant la réalité de la compétition et le soutien indéfectible des supporters. Sa Coupe du Monde n’a pas son visage. Mais celui de cette grande famille d’American Outlaws, de joueuses et de membres du staff. Cette humilité, elle l’a reçue en même temps que la torche passée par Foudy, Hamm ou encore Chastain en 2004, quand Wambach faisait partie de la Jeune Garde de l’USWNT. Un héritage. Aujourd’hui, c’est à son tour de passer le flambeau. Et il y a tant de respect dans les hommages qu’il n’y a aucune crainte à avoir : la magie continuera d’opérer, tant que leur coeur bat avec la même flamme que celle de Wambach et de ses aînées avant elle.

De ces héros qu’on imagine, qu’on fantasme et qu’on recherche, parfois toute une vie, Abby Wambach appartient à cette catégorie si spéciale des role models réalistes et proches qui ouvrent le champ des possibles d’un sourire, qui rendent les plus merveilleuses victoires accessibles. “We just gotta believe“, dira-t-elle dans un souffle, dans cette extraordinaire interview donnée à Fox Soccer, peu de temps avant de revêtir les couleurs nationales pour la finale de la World Cup. Il suffit d’y croire. Jamais ces mots n’ont paru si vrais. Si simples.

Le coeur et la tête, sièges des émotions et de la raison, c’est ce que l’on retiendra d’Abby Wambach. Que ce soit sur ou en dehors du terrain, ils ont été – et continueront – ses guides. De l’extraordinaire coéquipière, au capitaine aux discours de pré-match fougueux, en passant par cette femme simple avec une auto-dérision rassurante – “Je me considérerais comme l’athlète la plus sexy du monde. Et pourquoi ? Enfin, regardez-moi !“, vite balayé par son sourire désarmant -, à son regard clair et sa passion sur le terrain qui aurait pu lui coûter bien plus cher que quelques agrafes sur le front, comme lors d’un match contre le Mexique où elle a exigé de se faire soigner sur le terrain, en déversant son sang sur la pelouse, pour repartir immédiatement au combat. Sa fidélité envers ses équipières. Et sa facilité déconcertante à produire des citations inspirantes. Cette retraite est amplement méritée – et on doute fortement qu’elle sera bien loin du soccer, de toute façon, l’ombre de Wambach planera toujours sur le soccer féminin, rejoignant le panthéon des 99ers qu’elle est parvenue à surpasser avec ses équipières –. C’est son heure, après celle de Boxxy, Holiday et Chalupny, qui ont annoncé leur retraite juste après la Coupe du Monde. Pour ne pas éclipser ses coéquipières. Nul doute que sa bannière flottera encore longtemps dans l’Histoire de l’USWNT.

Non, je n’ai pas été surprise par son annonce. J’ai été dévastée. Merci Abby, je salue aujourd’hui une championne mais surtout une légende. Merci pour tout ce que tu as fait pour le sport et pour l’USWNT. C’est grâce à toi que j’ai appris à aimer le soccer féminin et que j’ai appris à connaître l’USWNT jusqu’à ce que chaque numéro devienne un visage familier. Et quelques petites choses sur la vie. Si je n’avais qu’un seul regret, ce serait celui de ne pas t’avoir connue plus tôt. Et si je n’avais qu’un seul souhait, ce serait de savoir ton numéro à jamais inscrit dans l’Histoire. Enjoy, champ. Tu auras toujours une place particulière dans mon coeur.

Abby Wambach retraite

Abby Wambach jouera son dernier match contre la Chine, pour la grande dernière du Victory Tour. A suivre, bien entendu, avec nous.

O Captain! My Captain! rise up and hear the bells; Rise up — for you the flag is flung — for you the bugle trills;

Extrait de O Captain ! My Captain ! – Walt Whitman (in Leaves of Grass)

Lisa.

Rédac-chef de WoSo France, social media manager, jase en français et en anglais. Quand elle n’écrit pas pour le site, elle regarde la NWSL, tweete aux canadiennes et joue aux jeux vidéo. Ou elle dort. Ca arrive.

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